Lorenzetti : « Nos supporters feront des petits »

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    Lorenzetti : « Nos supporters feront des petits »
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Champion de France avec son club du Racing, le président Jacky Lorenzetti espère que ce sacre en appellera d’autres.

Vous disiez être en « lévitation » vendredi soir. Avez-vous atterri ?

Oui. Mais c’est comme si nous n’arrivions plus à nous quitter. Ce matin, j’ai appelé le coach (Travers, N.D.L.R.) alors que je n’avais rien à lui dire. Juste pour refaire le match, la soirée, la saison… Mes deux Laurent, je les aime. Ils sont passés de champions du Tarn à champions de France (avec Castres en 2013). Aujourd’hui, ils sont presque champions du monde. Battre Toulon au Nou Camp en infériorité numérique et sans vrai numéro 9, il fallait avoir des couilles !

Quel est le témoignage le plus touchant que vous ayez reçu ?

J’ai reçu pas loin de cinq cents SMS après la finale. Mais le moment où mes enfants et mes petits-enfants m’ont sauté dans les bras restera à jamais gravé dans ma tête… En revanche, le bouclier pèse une tonne et j’ai eu du mal à le soulever. Ça n’a pas échappé aux joueurs. Ils m’ont demandé de les rejoindre à la muscu !

Quid du spectacle ?

Max (Guazzini), on aime ou aime pas. Mais le spectacle de Barcelone était assez sensationnel. J’ai d’ailleurs vu les yeux gourmands de Paul Goze et Pierre Camou posés sur la poitrine de l’une des danseuses du Camp Nou. Ca leur a fait du bien et, au moins, ils ne sont pas cardiaques ! Le président de la Ligue et celui de la Fédé ont toujours de l’appétit, c’est une bonne nouvelle pour notre rugby.

Qu’avez-vous ressenti lorsque Maxime Machenaud a été expulsé ?

Merde, c’est un coup des Clermontois ! Non, je plaisante. La règle a été suivie par l’arbitre. Je suis descendu, Maxime était effondré dans le vestiaire avec deux ou trois joueurs. Je les ai ramenés sur le terrain. Je leur ai fait comprendre que l’on pouvait gagner à quatorze. Nous avons tous conspiré pour la victoire. Peut-être s’est-on servi de la magie de ce lieu unique.

Mourad Boudjellal avait son Jonny Wilkinson. Vous avez votre Dan Carter. Ces deux joueurs se ressemblent-ils ?

Ce n’est pas le même schéma. Dan est un fêtard, un homme de partage, un bon vivant. Quand il est monté dans l’avion hier matin, sans se coucher et les yeux brillants, il n’arrêtait pas de répéter : « I’m french ! I’m french ! » Il a chargé lourd et sait être exubérant. Il me semble que Wilkinson avait une approche plus militaire du rugby. Le Néo-Zélandais sait lever le coude. Il est dans la culture de la troisième mi-temps française.

L’objectif atteint, pourquoi vous battrez-vous désormais ?

Ce sera difficile de faire mieux, c’est certain… Mais je ne veux pas que le Racing soit une équipe de coups. Je suis un stakhanoviste qui s’inscrit dans la durée et je ferai tout pour que l’on reste les pieds dans la glaise. Je ne partirai pas après avoir glané quelques lauriers et ne serai satisfait qu’au jour où le Racing jouera à l’Arena avec plusieurs trophées dans la vitrine. Le défi, c’est durer…

Comment rendre votre club populaire qu’il ne l’est actuellement ?

C’est un travail de longue haleine. Paris est moins imbibée de rugby que ne l’est le Sud de la France. En plus, on vient de très loin. Colombes est inaccessible pour les gens de Paris intra Muros. Malgré tout, nous avons réuni deux fois quinze mille personnes dans ce stade. Ça commence à prendre. Les supporters de juin 2016 feront des petits…

Comment surfer sur l’engouement ?

Le titre tombe à point nommé puisque nous commençons aujourd’hui la commercialisation des loges de l’Arena, dont l’inauguration est prévue en septembre 2017. Pour nous, tout converge.

Le Racing 92 s’entraîne au Plessis-Robinson, joue à Colombes et va déménager à Nanterre. Est-il difficile de ne pouvoir s’appuyer sur une ville ?

Colombes est notre lieu de vie depuis plus d’un siècle, ce n’est pas rien quand même ! Je vous rappelle aussi que 80 % de nos supporters sont originaires de cette ville et des agglomérations limitrophes. Le Racing est implanté dans un paysage. Nous garderons ce tissu de supporters et en glanerons d’autres à Nanterre, dans un territoire encore plus vaste. Le Racing va entrer dans un nouveau monde. Les Parisiens rejoindront l’Arena en vingt minutes. Nous prospecterons aussi sur ces terres-là…

Allez-vous jouer sur la rivalité avec le Stade français ?

Non. Après avoir mangé du pain noir pendant des années, on mène notre chemin. Sportivement, c’est bien qu’il y ait deux clubs dans la capitale. Je sais aussi que les Parisiens ont pris fait et cause pour le Racing, lors de ces phases finales. La saison dernière fut une année horribilis pour nous. J’avais mis des mois à digérer la défaite en barrages face au Stade français… Le rugby s’inscrit dans le Nord. Vannes monte en Pro D2, le Racing est champion de France…

Les joueurs vont-ils avoir droit à un cadeau présidentiel ?

Une prime ou des oranges ? Je ne suis pas sûr que les joueurs digèrent les oranges. Ils préféreront une bonne prime sonnante et trébuchante. C’était prévu. Je dois en discuter avec Dimitri (Szarzewski).

Mourad Boudjellal a longtemps dit que vous étiez son Poulidor. Les valeurs se sont-elles renversées ?

Je n’y ai jamais cru. Je ne veux pas enfermer la victoire dans une opposition Racing/Toulon. Ce serait réducteur et irrespectueux pour les douze autres équipes du Top 14. C’est bien de savoir gagner des matchs. C’est mieux de savoir les perdre. Je n’ai pas eu de contact avec Mourad depuis vendredi soir mais la grandeur de finale méritait peut-être un petit geste, un petit mot…

En quoi cette victoire est-elle différente de celles que vous avez connues dans le monde de l’entreprise ?

Je ne crois pas en la chance. Je crois au travail et à la sueur. J’aime l’ordre, je dois ça à mes racines suisses : au Racing, tout est donc nickel. Mais le sport est vraiment une activité à part. Même si nous ne sommes pas encore au niveau du foot, la part d’ego est immense. La semaine dernière, j’ai lu que le coach du PSG (Laurent Blanc) avait reçu 22 millions d’euros pour ne pas avoir réussi à gagner la Ligue des Champions. Ça me dépasse. J’espère que le rugby sera longtemps préservé de ce type d’excès.

Marc Duzan
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