Lanta : « Une grande attente qui me motive »

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    Lanta : « Une grande attente qui me motive »
Publié le , mis à jour

Après deux saisons loin du rugby professionnel, Christian Lanta a dirigé sa première séance d’entraînement ce jeudi.

Après deux ans loin du rugby pro, débutez-vous cette saison avec Perpignan avec de l’appréhension ?

Non, je n’ai pas d’appréhension. Au contraire, beaucoup de motivation. Il est vrai que je n’avais absolument pas envisagé de revenir dans le monde du rugby. Franchement, je pensais y avoir fait ce que j’avais à faire. C’est le contact avec François Rivière qui, après de nombreuses discussions, m’a convaincu de revenir dans un rôle particulier, celui de directeur sportif et de mettre, peut-être mon expérience, peut-être mes compétences, ma motivation et mon envie au service de l’Usap.

Qu’avez-vous fait pendant deux ans ?

Les premiers mois quand on coupe après trente ans de rugby, on est assoiffé par d’autres activités. Entraîneur, c’est un métier passionnant, on y investit toute sa vie et le jour où on arrête, on a aussi envie de vivre tout ce que l’on n’a pas pu faire avant. J’avais une frénésie de moments en famille, de voyages, de culture, d’amitiés. J’en ai profité, non pas de rattraper le temps mais pour faire ce que je n’avais pas pu faire avant. Bien sûr, je regardais le rugby quand je pouvais. J’ai regardé la Coupe du monde car, forcément, ce fut une compétition exceptionnelle. Et depuis trois mois, j’ai commencé à suivre Perpignan.

À quel moment le rugby vous a-t-il manqué ?

À aucun moment. La passion reste, je l’avais en moi, mais je vivais sans aucun manque. J’avais toujours le plaisir de voir un match de rugby, de réfléchir, d’échanger avec des amis, d’analyser le jeu. Ce sont des choses dont je ne peux pas me passer. ça devait sommeiller en moi. Il a suffi d’une étincelle, d’une sollicitation pour que ça redémarre. Après, il faut bien comprendre que c’est l’Usap, c’est Perpignan et les grands clubs reviennent toujours vers le haut niveau.

Après votre expérience à Bayonne, vous sembliez déterminé à quitter définitivement le monde professionnel. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

C’est la relation humaine qui crée les choses. La personnalité de François Rivière, une personne très enthousiaste, y est pour beaucoup. C’est quelqu’un qui a vécu ce qu’aucun président n’a envie de vivre et pourtant, il reste ambitieux pour son club et il a envie de réussir à l’Usap. Le fait que ce soit un président qui ait envie de s’inscrire dans le temps a été un point positif. Il a envie de travailler et il a compris qu’il ne suffisait pas de recruter deux ou trois joueurs pour prétendre à la montée. Il a compris qu’une montée était le fruit d’une reconstruction et que ce sera la conséquence de tout ce qui va être entrepris à partir de maintenant. La deuxième chose, c’est parce que c’est Perpignan. Moi, je suis sensible à l’histoire, à la culture des clubs. C’est Perpignan et pas ailleurs parce que ce club a une vraie histoire, une vraie identité culturelle, départementale et régionale. C’est quelque chose qui m’a toujours attiré. Comme quand j’ai connu Agen qui est un club très identitaire, avec une marque qui compte dans le rugby français, comme l’est l’Usap. Après, il y a aussi une curiosité. C’est un club qui a été champion de France en 2009, finaliste en 2010. On se dit que ce n’est pas possible qu’il soit tombé aussi vite. Ce club a de réels atouts pour remonter. Enfin, la dernière chose qui m’a convaincu, c’est que ce club se soit engagé dans la voie de la formation et le poste qui m’a été proposé couvre aussi bien le centre de formation que l’équipe première. Bien sûr, un directeur du centre de formation et des entraîneurs sont en place. Ce sera donc une collaboration avec eux dans le but d’homogénéiser cette formation. Ce sera un des atouts du club.

Vous semblez séduit par François Rivière alors que vos deux dernières expériences ne se sont pas très bien terminées avec les présidents de vos clubs…

C’est peut-être une manière de conjurer le sort, d’exorciser les choses. C’est vrai que mes deux dernières expériences n’ont pas été des réussites, même si à Agen il y a eu une véritable réussite sportive avec une montée et deux saisons où nous nous sommes maintenus en Top 14. Il y a aussi eu l’émergence de joueurs talentueux. On peut parler de Dulin, Machenaud, Monribot et bien d’autres. Après, tous les présidents ne se ressemblent pas et je reconnais à François Rivière des valeurs qui nous sont communes. J’y vais donc avec sérénité.

Directeur sportif, c’est une nouvelle fonction pour vous. Est-ce que cela a été déterminant dans votre choix ?

C’est le poste qui m’intéresse. À terme, j’avais envie de ça car il y a de fortes responsabilités. Et j’aime ça, je ne me suis jamais échappé devant mes responsabilités. Elles sont d’autant plus importantes à Perpignan. L’Usap touche autant le côté sportif que social. Je sens aussi une très grande attente. Je l’ai bien compris et ça me motive. J’ai envie que l’équipe soit meilleure, que les entraîneurs le soient aussi ainsi que le staff. Aujourd’hui, j’ai toute l’expérience et les compétences pour rendre meilleurs les gens qui vont travailler avec moi.

Allez-vous donc être moins proche du terrain que dans vos expériences passées ?

Je serai très proche du terrain. Je ne serai pas un directeur sportif en tribune. Impossible. Les entraîneurs ont leurs responsabilités et devront les assumer. On ne peut pas avoir un staff performant si on ne sait pas déléguer et responsabiliser les gens que l’on a autour de soi. Un manager n’est pas là pour faire à leur place mais il est là pour qu’ils puissent faire le mieux possible et qu’ils soient le plus investis possible. C’est ça, un manager.

Vous retrouvez au sein de votre staff Philippe Benetton et François Gelez, que vous avez entraîné. était-ce important pour vous ?

J’ai entendu, ou on m’a rapporté, les mots de « mafia agenaise » donc je veux casser ce mythe. Mon choix n’a rien à voir avec François ou Philippe et ils le savent. Je leur ai dit que je serai venu à Perpignan même s’ils n’avaient pas été là. Je les retrouve… Tant mieux car ce sont des garçons de valeurs, avec une vraie éthique, une honnêteté dans leur engagement, comme ils étaient sur le terrain et tels que je les ai connus. C’est vrai que c’est mieux de travailler avec des entraîneurs que je connais que de partir à l’aventure. Après, je connais très bien les hommes et les joueurs. Les entraîneurs, je vais les découvrir, mais nous avons suffisamment échangé pour savoir tous les trois que nous avons des idées et des valeurs communes avec l’ambition de réussir.

Quels sont vos objectifs ?

L’Usap a besoin de se reconstruire. Ce qui est arrivé à Perpignan, je ne le souhaite à personne. C’est une descente lors d’une année exceptionnelle. Même en cours de saison, les joueurs devaient être convaincus que jamais ils ne descendraient. Quand un club descend de cette manière-là, à l’inverse de ceux qui jouent le maintien et se préparent à descendre, c’est un séisme qui entraîne la fuite des joueurs, une baisse conséquente du budget. Malheureusement, c’est dans ces moments-là que l’on fait aussi des mauvais choix, que l’on fait des erreurs de casting. Toutes les descentes s’accompagnent d’erreurs et ce n’est pas propre à l’Usap. Ce n’est pas une critique car c’est tout à fait logique. Je crois qu’il a fallu deux années pour digérer cette descente et repartir sur des bases saines. Le président m’a bien expliqué les choses et je pense que c’est un redémarrage avec l’envie de reconstruire, de se doter d’un vrai outil à la performance. Des travaux sont effectués car ce club avait pris du retard sur les infrastructures. Ces chantiers vont se développer dans les prochaines années de manière à faire de l’Usap un club qui peut prétendre à monter en Top 14 mais surtout à s’y maintenir. Parce que, en aucun cas, l’enjeu ou l’objectif ne peut être la montée. Un vrai objectif, c’est monter et se maintenir en Top 14. Monter n’est que la moitié de l’objectif. Et quand on voit l’évolution du Top 14, il faut déjà avoir une équipe qui a le profil pour y jouer avant même d’y accéder.

Depuis la descente du club, le président Rivière doit effacer des ardoises. Le club a-t-il les finances pour parvenir à vos objectifs ?

Je laisse le président parler de ça. Mais sans trahir des secrets, je crois qu’il était aussi important de stabiliser le club financièrement et de redémarrer progressivement pour ensuite monter en puissance. L’objectif, c’est de se donner les moyens avec un projet fort pour offrir à Perpignan une vraie solidité qui puisse lui permettre de prétendre au très haut niveau.

La solidité, c’est aussi une marque de fabrique de vos équipes. À quoi va ressembler votre Usap qui doit aussi reconquérir le cœur du public ?

Je suis assez convaincu que chaque club à une identité et une culture, même si le rugby tant à s’uniformiser. En tout cas, l’Usap doit coller à une réalité sportive, locale et culturelle. J’y crois beaucoup. Le public a envie de venir voir une équipe qui ressemble à ses propres valeurs. Je crois que l’Usap s’est toujours construite avec des équipes qui mettaient beaucoup d’engagement, dotées d’une grande solidarité, d’une grosse défense et de beaucoup de courage. Ce sont des choses auxquelles le public de Perpignan est très attaché. Il faut reconquérir le public. Bien sûr, il faudra gagner des matchs pour y parvenir mais, malheureusement la défaite peut arriver car c’est la loi du sport. Mais l’équipe devra tout donner sur le terrain. Ça me semble fondamental et on va s’y attacher.

Clin d’œil de l’histoire, vous retrouvez le rugby professionnel quelques jours après le premier titre du Racing depuis celui que vous aviez conquis en 1990…

J’étais à Barcelone et j’étais très heureux. C’est un club avec qui j’ai gagné un titre donc on garde toujours un lien avec un club où l’on a connu une joie comme ça. J’ai aussi un très bon relationnel avec les entraîneurs du Racing et je suis heureux car je crois qu’ils n’ont pas volé ce titre. Bien sûr, ils ont eu ce petit brin de réussite en demi-finale mais la réussite n’est jamais due au hasard. Après, en finale, il n’y a pas eu photo. Et je ne crois pas que l’expulsion de Machenaud ait changé quelque chose. L’addition aurait seulement été plus salée. Après, c’était un Toulon en transition et, à l’inverse, le Racing arrivait à maturité avec un Dan Carter qui a été décisif depuis six mois. Il a amené de la confiance et une intelligence tactique au-delà des pépins physiques qu’il a eus. On voit l’impact d’un grand joueur sur une équipe. On l’avait aussi vu avec Wilkinson à Toulon.

Nicolas Augot
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