Ledevedec, l’invité surprise

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    Ledevedec, l’invité surprise
Publié le , mis à jour

A 30 ans, dix ans après un titre de champion du monde des moins de 21 ans, Julien Ledevedec a fêté ses deux premières sélections avec le XV de France. Deux performances majuscules qui ont largement bluffé le staff des Bleus. Jusque-là, il n’était pas convié, il pourrait être désormais l’invité surprise.

Samedi 25 juin 2016, Estadio Monumental José Fierro de Tucumàn. Dans le hangar à tracteurs ouvert aux quatre vents, reconverti en salle de presse, Julien Ledevedec, sourire aux lèvres de la fierté d’une victoire en terre argentine (27-0), ne dégageait rien des monstres motorisés qui sommeillent habituellement en un tel lieu. Au contraire. Avec ses cannes de serin, son short trop grand et ses épaules de coureur de demi-fond, le deuxième ligne du XV de France donnait l’impression d’un joueur égaré au pays des « Golgoths ». Il avait même le bon goût d’en plaisanter à l’issue de la rencontre : « Avec la météo pourrie, c’était un match de Top 14. Un match pour moi avec des mêlées, des touches et des mauls. » « Julien Ledevedec si tu le sélectionnes sur les canons de la préparation physique, il n’est pas invité, confirme l’entraîneur des avants tricolores Yannick Bru. Mais sur les deux matchs, il n’est pas loin d’être l’homme de la tournée. Le disque dur tourne vite en touche, pour un entraîneur sur la stratégie, c’est bien. Il n’y a rien à jeter. » Et d’ajouter : « Il a montré qu’un joueur intelligent, c’est quand même important dans une équipe. »

Certes, quand il a croisé la route de Tomas Lavanini et ses 130 kg de barbaque, l’Argentin n’a même pas prêté attention à lui. Sauf que : en deux rencontres, Ledevedec a fait vivre un cauchemar à la touche des Pumas. En charge des combinaisons, il a toujours su commander les bonnes zones de saut pour lancer le jeu. En témoigne le 100 % de réussite sur le premier test. En témoignent aussi les cinq ballons volés lors du second rendez-vous. « Avec nous, il faisait partie du groupe « touche » avec Hugh Chalmers, Juandre Marais et Louis-Benoît Madaule, raconte l’ancien entraîneur des avants de l’Union Bordeaux-Bègles Régis Sonnes. Quand Madaule ne jouait pas, c’est lui qui prenait en charge les annonces. Mais surtout, c’est lui qui commandait toujours les touches défensives. Le contre, c’est un secteur dans lequel il se sent bien. C’est un secteur qui demande de la réflexion. Il est constamment attiré par la recherche, par l’analyse. Et ensuite, il a cette faculté à prendre la bonne décision au bon moment. »

Bru : « Il avait tendance à se laisser vivre »

Quasi « homme de la tournée », selon Yannick Bru, qui l’eût cru ? Rare sont ceux qui auraient misé quelques pesos sur « Lede ». « J’ai été agréablement surpris, confirme Regis Sonnes, son entraîneur ces deux dernières saisons. C’est quand même un niveau au-dessus. Je connais ses qualités et ses défauts. Mais il a su mettre en avant ses qualités. Il s’est vraiment mis au niveau. » Julien Ledevedec partait de loin. De très loin. D’abord, du haut de ses 30 piges, il ne correspond pas du tout au portrait-robot de l’international dessiné par Guy Novès lors de sa prise de fonctions. Depuis ses débuts, le sélectionneur a fait souffler un vent de jeunesse sur le XV de France. Ensuite, le deuxième ligne de l’UBB a toujours trimbalé l’étiquette du joueur dilettante. En juillet 2014, Yannick Bru, qui fût son entraîneur au Stade toulousain déclarait : « Il possède d’excellentes mains, beaucoup d’aisance, il sent le rugby, ce qui règle en grande partie les problèmes de ce jeu. L’inconvénient avec des garçons comme lui est qu’ils ne sont pas généralement les plus travailleurs. On lui demandait de hausser son niveau d’engagement physique et son investissement personnel à l’entraînement à la hauteur de sa technique. Mais il avait tendance à se laisser vivre. » Des propos exempts de toute ambiguïté. Le futur Briviste n’est pas un dingue de préparation physique. Les salles de musculation, moins il les fréquente, mieux il se porte. « C’est l’image qu’il dégage, reprend Régis Sonnes. Mais c’est un mec sérieux. Il a cette capacité à bien se connaître, à bien s’évaluer. Effectivement, il n’est pas attiré par de la préparation physique pure et dure, mais à Bordeaux, il était en contact permanent avec les préparateurs physiques, surtout sur du travail de prévention (Ledevedec a subi plusieurs opérations des genoux en 2006 et 2007 dont il garde des séquelles, N.D.L.R.). Ça, c’est de la maturité. »

De retour en novembre ?

Assurément, même s’il n’est toujours pas et qu’il ne sera jamais, le plus assidu à la salle sous les barres, Julien Ledevedec a convaincu que son profil pouvait coller au niveau international. « Lede » s’il ne se blesse pas jeune, il a aujourd’hui 40 sélections, souligne dans l’interview en page 3 de cette édition son ancien entraîneur à Brive Ugo Mola. Voilà pourquoi je ne suis pas surpris. » En 160 minutes, il a donc séduit, enthousiasmé. Du simple spectateur à l’entraîneur des avants Yannick Bru. Et ce dernier d’ajouter : « Il faut des équilibres dans une équipe. Des joueurs très aériens et des puissants à côté. Mais sur la répétition des duels et des impacts, pour créer des différences, il faut de la densité physique. Si vous avez, dans vos rangs, trop de joueurs qui perdent des duels, la rencontre se complique sérieusement. Il faut donc de tous les profils : des puissants et d’autres qui ont des mains, qui sont de beaux joueurs de rugby. Mettre quinze athlètes sur le terrain, ça ne sert à rien. »

À un poste hyperconcurrentiel (Flanquart, Maestri, Jedrasiak, Vahaamahina), force est de s’interroger sur l’avenir international de Julien Ledevedec. En choisissant de rejoindre Brive, il ne jouera pas la Champions Cup la saison prochaine. Rédhibitoire ? Pas sûr. Sans doute, le staff des Bleus, Yannick Bru en tête, aura dans l’idée de jauger son nouveau « cerveau » face des nations plus huppées. Ça tombe bien, en novembre prochain, les Bleus affrontent notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Si « Lede » est retenu, on en saura alors un peu plus sur sa capacité à s’inscrire dans la durée.

Arnaud Beurdeley
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