Dan Carter : «C’était irréel»

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    Dan Carter : «C’était irréel»
Publié le , mis à jour

Très discret depuis la dernière finale de Champions Cup, l’ouvreur des all blacks est sorti de sa réserve pour décrypter la dernière finale de Top 14.

Comment la semaine s’est-elle passée ?

Elle fut un peu agitée, pour être honnête… Dimanche soir, mon corps a dit stop et j’ai beaucoup dormi…

Vous aimez la fête, n’est-ce pas ?

Ma saison a commencé il y a un an et demi, pour la préparation du Super Rugby. Il y a eu les Four-Nations, la Coupe du monde, le déménagement en France et six mois de compétition, dans la foulée. On a transpiré en salle de gym, souffert en finale de Coupe d’Europe… Il faut savoir respirer, parfois !

Quel était votre but, en signant au Racing ?

En 2015 je me demandais vraiment si j’étais assez bon pour continuer. Je ne jouais pas beaucoup à cause des blessures et mes concurrents au poste étaient très bons. Je manquais de confiance en moi. Mais je voulais juste aller au bout de mon rêve et disputer une dernière Coupe du monde avec les All Blacks.

Avez-vous vraiment pensé à mettre un terme à votre carrière ?

J’ai tout connu, en termes de blessures : une rupture du tendon d’Achille, une énorme déchirure des adducteurs ; je me suis cassé deux fois le péroné, démis les deux épaules et j’ai même été plusieurs fois opéré de la cheville. Quand je me retourne sur ma vie de sportif, j‘en conclus que le corps humain est une chose incroyable, capable de tout encaisser ou presque. Car le rugby international est une guerre de quatre-vingts minutes. Le mot n’est pas trop fort…

A quel âge avez-vous décidé de devenir rugbyman ?

J’avais 5 ans. En 1987, la première Coupe du monde de l’histoire du rugby avait lieu en Nouvelle-Zélande. Je regardais tous les matchs des All Blacks. Ils ont gagné à l’Eden Park. à cet instant, j’ai voulu être l’un d’eux. Ça ne m’a jamais quitté. Je courais dans le jardin et jouais à être John Kirwan ou Grant Fox.

Qu’avez-vous ressenti au coup de sifflet final, vendredi soir ?

C’était irréel. J’ai connu beaucoup de choses dans ma carrière, des finales de Super Rugby, des matchs tendus en Afrique du Sud, des finales de Coupe du monde… Mais ce qu’on a réalisé en infériorité numérique au Camp Nou, dans ce stade incroyable, fut gigantesque.

Logique, alors ?

Ces quatre dernières semaines, nous avons successivement battu Montpellier, Toulouse, Clermont et Toulon, soit les quatre meilleures équipes du championnat. Ce Bouclier de Brennus, on ne l’a pas volé.

Quelles images vous reviennent en mémoire ?

Des dizaines… Mais je revois la petite fille (Ayla) de Jerry Collins dans les bras de Chris (Masoe). C’est un geste magnifique de sa part. […] JC était un très bon ami. On a aussi eu une pensée pour lui.

Comment avez-vous accueilli le carton rouge de Maxime Machenaud, survenu à la 18e minute de cette finale ?

J’étais sous le choc. Perdre un joueur aussi tôt dans la rencontre, qui plus est à un poste aussi important, est particulièrement difficile à encaisser. Mais les coachs ont bien réagi en faisant glisser Juan Imhoff à la mêlée. On a aussi demandé à nos avants d’être deux fois plus vigilants autour des zones de ruck. Max est un gros défenseur et abat un gros travail dans cette zone-là…

Quid des passes de Juan Imhoff ?

Juan est meilleur à l’aile, soyons francs. J’ai parfois dû faire des acrobaties pour réceptionner ses passes. Mais bon… Il a rempli sa mission avec beaucoup de courage. Bravo à lui. Il faut des tripes pour réaliser ce qu’il a fait. (il s’arrête) Excusez-moi, il y a du bruit autour de moi !

Pas de souci…

(Wenceslas Lauret s’empare alors du téléphone et mime l’accent néo-zélandais) Bonjour ! Je m’appelle Dan Carter, il est 10 heures du mat’et je bois du rhum agricole ! (Carter reprend le combiné) Excusez-moi, il est intenable depuis vendredi soir… (Lauret reprend le téléphone) Ok, je vous laisse. Je pars comme un prince…

En grattant un ballon au sol, vous avez été à l’origine de l’essai de Joe Rokocoko au Camp Nou. Que vous reste-t-il de cette action ?

A Christchurch, j’ai joué des années aux côtés du maître en la matière, Richie McCaw. Il m’a tout appris ! (rires) Plus sérieusement, l’essai de Joe est magnifique. Le coup de pied à suivre est parfait.

Johan Goosen a réalisé une superbe fin de saison. Pourrait-il être votre successeur ?

Définitivement, oui. Johan a tout pour devenir un immense demi d’ouverture : la vision du jeu, une technique individuelle parfaite et un gros coup de pied… Pour avoir croisé sa route en Super Rugby, je savais avant d’arriver au Racing à quel point il était doué.

Avez-vous parlé avec Ma’a Nonu après la rencontre ?

Oui, un peu. Ma’a est un proche. J’étais triste pour lui. J’ai souffert pour lui. Vous savez, son absence fut un vrai coup dur pour le RCT. Cela nous a aussi ouvert des espaces sur les extérieurs.

Aviez-vous déjà visité le Camp Nou ?

Oui. à mon sens, c’est le plus beau stade du monde, le plus coloré, le plus bruyant et le plus vertigineux… à l’époque où je jouais à Perpignan, je me rendais souvent à Barcelone pour voir les matchs du Barça. Leo Messi fait partie de mes idoles. Je le trouve incroyable.

Vous avez le même sponsor, Adidas. L’avez-vous déjà rencontré ?

Non, pas encore. Mais j’en rêve. Faites passer le message ! Je dois rencontrer Leo Messi ! (rires)

Avez-vous des amis dans le monde du football ?

Des amis, pas vraiment. Mais il y a quelques années, j’ai croisé au Camp Nou la route de Thierry Henry, à l’époque où il jouait au Barça. Il m’avait très gentiment donné son maillot. Il est en bonne place, chez mes parents, à Southbridge. Juste à côté de mon dernier maillot des All Blacks…

En quoi le sentiment est-il différent de celui de 2009, à l’occasion du titre de l’Usap ?

Le titre de l’Usap ne m’appartient pas vraiment. Au soir de la finale, j’étais blessé et n’avais pu disputer la rencontre (contre Clermont, 19 à 6). Cette fois-ci, je sens que j’ai ma part de responsabilité dans ce succès.

Comment le groupe du Racing a-t-il pu se relever de la défaite en finale de Coupe d’Europe ?

Nous avons été battus par plus fort que nous, ce jour-là (21 à 9). Sur le terrain, nous avions failli dans la stratégie. Nous avions aussi eu du mal à gérer la pression entourant cette première finale de la saison. Mais nous reviendrons.

Qu’avez-vous prévu pour vos vacances ?

J’ai envie de profiter de ma famille, de rester un peu au calme. Nous allons partir quelques semaines dans le Sud de la France. Et puis, on verra…

Marc Duzan
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