Camou-Laporte : la guerre est déclarée

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    Camou-Laporte : la guerre est déclarée
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En cette année élective, le congrès annuel était très attendu. Derrière les problématiques de fond auxquelles est confronté le rugby français, se dessine l’affrontement entre Pierre Camou et Bernard Laporte. au grand dam d’une partie de la base, ce duel a fait des étincelles, samedi matin...

Si le congrès de la FFR s’est ouvert jeudi dans le cadre du château de Pau avant de migrer vers le Palais Beaumont le lendemain, c’est bien son Assemblée générale de samedi matin qui cristallisait les attentes et les tensions. Une fois la venue de Bernard Laporte confirmée, celles-ci étaient palpables dans l’atmosphère et l’ensemble des élus fédéraux présents partageait le même sentiment électrique. Sur fond d’élection en décembre, donc de combat acharné entre Pierre Camou et Bernard Laporte, voire du tandem Lucien Simon-Alain Doucet, jamais une Assemblée ne s’était annoncée aussi explosive... Jusqu’à faire craindre le pire. « Nous attendons tous que des choses se passent mais dans un débat d’idées et non pas à travers une querelle de personnes, nous confiait vendredi Daniel Gontier (trésorier, Alsace). La sérénité n’empêche pas la conviction. » Et Bernard Rebeyrol (président, Poitou-Charentes) de renchérir : « Le rugby doit en ressortir grandi et retrouver sa vraie âme. C’est ce que nous essayons de faire au quotidien. Il faut se mettre autour d’une table plutôt que se déchirer. Le rugby amateur souffre des séries territoriales jusqu’en Fédérale. Il a besoin d’aide.»

Paradoxalement, la lutte proclamée a scindé les camps durant tout le week-end mais a été porteuse d’espoirs chez les plus anonymes. Chacun se réjouissait par avance de la présentation de plusieurs listes à moins de six mois de l’échéance. « C’est une bonne chose, cela permet de piquer les gens, de les bouger et d’ouvrir le débat », arguait Pierre Pozzobon (Côte d’Argent).

La journée du vendredi a été consacrée aux groupes de travail et à l’annonce de la constitution des poules de Fédérales (toujours désirées et sujettes à polémiques) mais les participants se projetaient déjà sur les points d’achoppement à venir : la validation du budget, la nouvelle convention FFR-LNR actée en catimini... Puis, avant tout, le sujet du grand stade (qui n’était pas à l’ordre du jour de l’AG), lequel, par extension, touche le secteur amateur. « Notre vocation principale, c’est l’éducation des jeunes mais, en termes financiers, c’est dur, justifiait Claude Graniou (Midi-Pyrénées). Peut-être y a-t-il de l’argent pour autre chose ? L’argent pour ce stade me paraît énorme. Ces centaines de millions font peur. »


Six heures de débats et de heurts

Samedi, 9h, place à l’Assemblée. Les fantasmes ont laissé place à l’implacable réalité : Serge Simon (directeur de campagne de Laporte) lançait une première salve à l’encontre de Pierre Camou. Lequel, sorti de son mutisme lundi dans Midi Olympique, se montrait offensif avant même l’ouverture officielle des débats en exerçant un droit de réponse après l’interview accordée vendredi à notre journal par Laporte (dont Camou n’a jamais cité le nom) à propos de la Convention et du Grand Stade. Et de conclure : « De quelles manigances m’accuse-t-on ? Je n’ai rien à cacher. Je vois que, pour gagner l’élection, tous les moyens sont bons. » Le joyeux bordel était lancé. Là où, chaque année, l’AG ne dure pas plus de trois heures, elle s’est éternisée jusqu’à 15h15. Six heures d’échanges, de heurts, de sarcasmes, provoquant applaudissements, sifflets et même injures dans l’auditoire... Premier sujet à l’ordre du jour : le rapport moral présenté par le secrétaire général, Alain Doucet. Une formalité habituellement. Sauf que l’équipe de Bernard Laporte, qui demeura silencieux, réclamait un vote à bulletins secrets à l’étonnement général, même au sein de son propre clan. Même chose pour la validation du budget et, donc, la Convention. Les trois étaient pourtant largement adoptés avec 92, 87 et 82 % des suffrages.

Mais l’essentiel était ailleurs. Dans la vigueur du dialogue et ce début de clash surréaliste entre Serge Simon et Paul Goze (président de la LNR) venu défendre l’accord sur la Convention. « Je suis surpris. Elle ne devrait pas faire débat ici mais à l’Assemblée de la Ligue la semaine prochaine, clamait Goze. Vous devriez vous louer. » Et Simon de rétorquer : « Je ne sais donc pas ce que je peux penser, vous le faites à ma place. Magicien Goze, que Dieu soit loué.» Une idée de la teneur de la bagarre des prochains mois ? Nous sommes en tout cas bien loin de la gravité des problématiques du rugby français et de l’apaisement appelé par la base. C’est d’ailleurs dans une déclaration de campagne que Pierre Camou clôturait l’Assemblée : « Je me fiche éperdument de ma notoriété. Vous déciderez bientôt si je dois rester ou m’en aller mais je resterai toujours fidèle à mes valeurs et à mon identité. »

Jérémy Fadat
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