[Saga Top 14] Pilaud : "Persuadé que notre modèle est viable"

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    [Saga Top 14] Pilaud : "Persuadé que notre modèle est viable"
Publié le , mis à jour

Le deuxième actionnaire du FCG et président du conseil de surveillance, Eric Pilaud, fait figure de favori à la succession de Marc Chérèque et s’impliquera davantage cette saison, dans le respect du modèle économique voulu par Serge Kampf.

Le grand public vous a découvert lors d’une conférence de presse, voilà quelques mois. Pouvez-vous brièvement vous présenter?

J’ai 59 ans et j’habite en Californie où j’exerce la profession de chef d’entreprise (président d’Innovista Sensors, N.D.L.R.). Lorsque le club est tombé en Fédérale en 2005, j’étais alors vice-président chez Schneider et Serge Kampf m’a appelé pour me demander d’investir en tant que partenaire et moi-même à titre particulier. Je suis ainsi devenu actionnaire du club. Aujourd’hui, je suis le deuxième actionnaire du FCG derrière la famille de Serge et je suis devenu président du conseil de surveillance voilà quelques années. Et j’aime bien…

Exercer votre rôle depuis les États-Unis ne rend-il pas la tâche plus difficile?

Comme mon groupe est international et même implanté à plusieurs endroits aux États-Unis, je suis rodé à la gestion à distance, cela ne me pose pas de problème. Avec Marc Chérèque et Michel Martinez, nous travaillons beaucoup par visioconférence… Le principal problème, c’est pour voir les matchs! Comme il existe certaines règles en matière de droits télés, je ne peux pas m’abonner à Canal + aux États-Unis, alors je me débrouille sur Internet pour les voir en direct une première fois. Puis je les regarde à nouveau, plus calmement, dans de meilleures conditions.

On sent de votre part une volonté de vous impliquer de plus en plus au sein du club…

Si mes actionnaires lisent ça, ils vont être fous de colère (rires). Mais comme j’ai vendu les deux tiers de mon entreprise voilà quelques mois, j’aurai plus de temps pour m’impliquer dans le club. Mais je ne me vois pas comme un garde-fou, simplement le garant du projet d’un club ancré dans la région. Ce qui me plaît au FCG, c’est qu’il n’est pas le joujou d’une personne, qui se fait plaisir en achetant des joueurs. C’est d’ailleurs quelque chose auquel Serge Kampf était très attaché: ce club existe depuis le XIXe siècle et doit rester celui des Grenoblois. Au sein de l’équipe dirigeante, il n’y a pas d’ego, chacun est au service du club. L’unique conseil que m’a donné Serge Kampf lorsque je suis devenu président du conseil de surveillance a été : «Ton rôle est de protéger le club et le directoire en les laissant bosser, sans se laisser aveugler par le court terme. » Je le suis toujours.

Qui n’avance pas recule… Ne craignez-vous pas une saison difficile, au vu de la stagnation des résultats du FCG en Top 14 ?

C’est une frustration, mais pas une crainte. Il y a de la continuité, peu de bouleversements à l’intersaison. On voit qu’au niveau de la formation et de la progression des joueurs, le travail paie, tout comme pour le staff qui arrive à maturité, dont le projet de jeu est assimilé… Ce sont des voyants positifs.

Cette saison, le club ne s’est pas fixéd’objectif comme l’an dernier. À quoi sera mesurée la réussite de la saison ?

C’est une bonne question. La première ambition sportive sera de cesser de prendre des br… au stade des Alpes. Mais ce qui me rassure, c’est que notre public, qui est constitué de connaisseurs, se reconnaît dans le jeu que nous avons produit cette saison. Durant nos premières saisons en Top 14, on marquait davantage d’essais à zéro passe. Nous avons envie de maintenir un certain degré d’ambition. Tout en restant modeste, ce jeu aurait très bien pu nous permettre de battre le Racing, futur champion de France, qui était venu avec sa meilleure équipe et ne s’en est sorti que grâce à un coup de filou de Dan Carter.

Fabrice Landreau va prendre du recul avant de partir. S’agit-il d’une continuité ou d’une transition ?

Les deux! Comme dans une entreprise, le rôle d’un patron, c’est de préparer son successeur. Cette saison, Bernard aura les clés du camion, dans la continuité. Andrew Farley prendra un peu plus de responsabilités et je suis heureux que Fabrice mais aussi Sylvain Bégon et Franck Corrihons s’investissent dans la formation. Cela fait partie intégrante de notre projet et j’espère que nos jeunes mesurent la chance qui est la leur de disposer de pareil encadrement. L’alignement entre notre association et notre secteur pro constitue une force que l’on sous-estime, lorsque l’on sait les guéguerres qui existent ailleurs. Ici, à Grenoble, j’ai Daniel Jennepin aussi régulièrement au téléphone que Marc Chérèque.

Adhérez-vous à la politique globale du club de ne pas se reposer sur un mécène, quand bien même celle-ci semble pénalisanteà court terme ?

Si je n’adhérais pas, je n’investirais pas, et je serais encore moins président du conseil de surveillance. Peut-être que le fait de dépendre d’un mécène peut assurer des résultats à court terme, mais après? Je suis persuadé que notre modèle est viable. Parce que notre réseau de partenaires et notre tissu économique sont forts, mais aussi parce qu’il existe autour de nous un réseau de clubs susceptible de nous fournir à la fois en joueurs mais aussi en un public de connaisseurs. Ce modèle économique a ses forces et ses faiblesses, mais j’y crois ! Nous faisons partie de l’élite hexagonale et notre prochain objectif consiste à faire partie de l’élite européenne. Il nous reste ce cap à franchir.

Cela peut-il se faire sans que le club perde son âme? La saison dernière, les cas de Sylvain Bégon, et surtout de Jonathan Best, ont fait beaucoup parler…

Dans tous les clubs ou toutes les entreprises, les fins de carrière sont compliquées. Chacun a son caractère, son style, on ne peut pas tout contrôler. Une des grosses qualités de joueur de « John », c’est d’être une teigne. On ne peut pas le lui reprocher en dehors, ce n’est pas si grave que ça. Je n’ai aucun doute sur son attachement au club mais il n’est pas le seul. D’autres le sont aussi depuis la Fédérale, des dirigeants, des actionnaires, qui ont d’ailleurs mis de l’argent sur la table plutôt qu’en prendre. Je pense être aussi légitime pour parler de valeurs du club. Quand Romain David, qui jouait au FCG depuis ses premières années, n’a pas été prolongé, j’en ai eu des larmes. D’autant que c’est une personne extraordinaire. Seulement, pour le bien du club, valait-il mieux conserver une personne extraordinaire ou prendre un joueur capable de mieux tenir la mêlée? Concernant Jonathan, est-ce que l’on peut dire que Mahamadou Diaby ne mérite pas de jouer? Je suis persuadé qu’une fois les émotions diluées, nous saurons trouver la meilleure solution avec lui.

Nicolas Zanardi
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