[Revue de l’élite/numéro 9] Paillaugue dauphin, Serin n°3

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    [Revue de l’élite/numéro 9] Paillaugue dauphin, Serin n°3
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En plus du numéro 1 Maxime Machenaud, il n’y a que des Français dans le classement de la revue élite. Il y a eu des déceptions, et des absents comme Will Genia.

Paillaugue, c’est costaud

La saison de Benoît Paillaugue s’annonçait saccadée, entrecoupée par la rotation qui lui était promise avec l’arrivée de Nic White, 22 sélections avec les Wallabies et valeur sûre à l’international. Finalement, Paillaugue a fait mieux que surnager. Derrière un paquet d’avants destructeur, qui n’a peut-être jamais eu d’équivalent dans l’histoire du Top 14, le Rochelais de naissance a trouvé beaucoup de confort pour compenser son physique modeste et mettre à profit ses qualités : beaucoup de dynamisme, une qualité technique au-dessus de la moyenne et un sens du jeu rare, même à ce niveau de compétition. Paillaugue sent les coups et pue le rugby.

Ce fut parfois une bulle de fraîcheur, dans un contexte montpélliérain qui a cruellement manqué de sex-appeal. Seule ombre à son tableau : c’est depuis le banc de touche qu’il a débuté la finale de Challenge européen, à Lyon. À la surprise générale, Jake White lui préféra Nic White. Une petite injustice que Paillaugue a réparée en étant décisif lors de son entrée en jeu. Il participa à marquer cette saison d’un titre pour le MHR, le premier du jeune club héraultais. L’an prochain, il briguera forcément mieux.

Serin séduit et s’installe

Pour les observateurs ponctuels du rugby français, les performances du jeune Baptiste Serin (22 ans) en Argentine, pour ses grands débuts avec le XV de France, furent une surprise. Pour ceux qui le suivent depuis son plus jeune âge, elles tenaient de l’évidence. « Je ne suis pas surpris de retrouver des garçons comme Baptiste à ce niveau. Ceux que nous avons aujourd’hui avec le XV de France, ce sont ceux qui apparaissaient déjà au-dessus de leur génération chez les moins de 20 ans et qui, quand on les voyait évoluer à l’international sur les Coupe du monde junior, étaient capables de rivaliser avec ce qui se fait de mieux au monde », se souvenait Gérald Bastide, désormais entraîneur de la défense des Bleus et anciens entraîneurs des moins de 20 ans français.

Doué, le demi de mêlée bordelais démontre aussi une forte propension au travail. Sa qualité technique et celle de sa passe, qu’il a longuement travaillée au contact d’Heini Adams, le démontrent. « Baptiste, on l’avait vu pendant le Tournoi, à Marcoussis. Il a bien bossé dans son club. Il est revenu avec un bagage technique supérieur », appréciait Novès dans nos colonnes. Jusqu’à s’imposer à l’UBB, sur un poste à forte concurrence, et désormais avec l’équipe de France. Pur un bail qu’on lui prédit long.

La surprise : Iribaren tout en spontanéité

Le parcours de Teddy Iribaren n’a pas été de tout repos : barré à au Stade toulousain, relancé à Tarbes puis snobé à Montpellier, cet enfant de la balle a trouvé, à Brive, le contexte qui sied enfin à son caractère. Dans une équipe qui revendique l’étiquette de dernier bastion du « rugby des copains » en Top 14, il a trouvé la confiance et la spontanéité qui lui manquaient jusque-là. Cela s’est immédiatement ressenti sur son jeu : électrique derrière un paquet d’avant souvent dominateur, il a pu laisser libre cours à ses inspirations du moment. Souvent bien senti.

La très bonne première moitié de championnat du CABCL n’est pas étrangère à ses prestations avant de baisser lentement de pieds, comme le reste de son équipe, en fin d’exercice. Autre joueur « surprise » parce que venu du Pro D2, le Palois Samuel Marques a séduit. À un poste où la concurrence semblait ouverte en début de saison, avec Thibault Daubagna et Thierry Lacrampe - trois Français ! - il a d’abord joué le jeu de la rotation avant de s’imposer clairement comme le taulier. Ses aptitudes dans le tir au but ont également pesé dans la balance, quand le Palois semble imperméable à la pression. À confirmer dès la saison prochaine, sous le maillot toulousain.

Les valeurs sûres : Parra fidèle au poste

Depuis sa première saison pleine à Bourgoin-Jallieu, en 2007 et alors qu’il n’avait que 18 ans, Morgan Parra n’a plus quitté cette revue de l’élite. On le retrouve encore une fois, cette année, en bonne position, porté par ses statistiques dans le tir au but (meilleur taux de réussite du Top 14) et sa grinta retrouvée. Pourquoi pas plus haut ? Parce que Parra, comme trop souvent ses dernières années, n’a pas réussi à se montrer décisif pour son club en phases finales.

S’il est l’auteur d’une saison en dessous de ses standards depuis son arrivée à Castres, Rory Kockott demeure un joueur à part. Souvent pointé du doigt pour son individualisme, il récolte aussi les fruits du revers plus brillant de cette médaille : à plusieurs reprises, cette saison, il a fait basculer à lui seul le sort de rencontres du Top 14. Une performance qu’il n’a pas rééditée en barrages, sur la pelouse de Montpellier où il a totalement raté son match. Ce qui explique, aussi, de ne le retrouver qu’en huitième position. Pour Julien Dupuy, il paye largement la mauvaise saison de son équipe. « La Grolle » a pourtant été l’un des rares Parisiens à maintenir le cap cette saison. Il s’immisce donc dans ce classement.

Les absents : Pour Genia, on attend de voir

Will Genia devait être la recrue phare du Stade français et, à moyenne portée, l’une des attractions de ce Top 14 2015-2016. Dans l’inconscient collectif, il persiste ces images du demi de mêlée australien insaisissable, en 2011 sous le maillot des Reds de Brisbane (Queensland), avec lesquels il remporta le Super XV 2011. Genia avait été alors élu meilleur joueur de la compétition et prenait, sans que cela fasse débat, le costume de meilleur demi de mêlée de la planète. Au Stade français ? Rien. Une ombre. D’abord à côté de ses pompes, durant quatre rencontres. Puis blessé toute la saison (genou).

De quoi décevoir les Parisiens, qui ont longuement bataillé pour l’arracher des griffes de Bath. Dans un autre registre, ils sont nombreux à briller par leur absence dans ce classement, notamment en raison d’un manque de temps de jeu. Au premier rang desquels on trouve Sébastien Tillous-Bordes, titulaire avec l’équipe de France lors de la dernière Coupe du monde mais opéré du genou cet hiver et qui a payé son incapacité à buter. Au Racing 92, Mike Phillips a lui payer cher la grande forme de Maxime Machenaud. Une concurrence qu’il n’a jamais su surmonter.

Les déceptions : Pélissié trop tendre pour le RCT

Ce devait être l’année de Sébastien Bézy. Désormais installé à la poupe du pack toulousain, après une saison 2014-2015 prometteuse, le demi de mêlée de 24 ans semblait à même de répondre à tous les attendus du poste. Cette saison 2015-2016, si elle l’a effectivement consacré comme numéro neuf du Stade toulousain et qu’elle lui a offert ses premières sélections en équipe de France, aura aussi fait apparaître quelques-unes de ses limites. Dans les matchs de Coupe d’Europe, tout d’abord, quand son paquet d’avants s’est révélé moins dominateur, Bézy a parfois semblé en difficulté. Sous le maillot bleu également, d’autant que le Toulousain n’y a pas retrouvé sa réussite dans les tirs au but. Il faudra faire mieux pour s’installer en équipe de France.

Autre déception, autrement plus conséquente : Jonathan Pélissié avait un boulevard devant lui pour s’imposer à Toulon, en l’absence de Tillous-bordes en raison de la Coupe du monde puis d’une blessure. Raté. Les débuts étaient pourtant prometteurs. Mais ses défaillances régulières dans les tirs au but, jamais réellement compensées par ses performances sur le terrain, auront eu raison de la patience de Bernard Laporte qui a « chargé » son demi de mêlée après la finale perdue au Camp Nou.

Léo Faure
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