Boudjellal : « Si Dominguez veut partir... »

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    Boudjellal : « Si Dominguez veut partir... »
Publié le , mis à jour

Mourad Boudjellal avait annoncé qu’il allait se taire pour travailler. Trois semaines après la finale de Top 14 perdue, il sort donc du silence et évoque tous les sujets.

Comment qualifieriez-vous la saison qui vient de s’écouler et qui s’est terminée par une défaite en finale du Top 14 ?

Décevante, très clairement. On n’a jamais lutté avec nos armes et nos forces. Cette saison, nous avons payé les dividendes des bonheurs que nous avions connus précédemment. Nous aurions pu repartir avec un titre mais on se retrouve « fanny »… Ceci dit, tout n’a pas été imparfait quand même… Loin de là.

Pensez-vous que le fait d’avoir un manager, Bernard Laporte, à mi-temps, ait pesé sur les joueurs ?

Je ne crois pas. Bernard n’était pas sur le terrain les jours de matchs. Ce n’est pas lui qui percute ou transforme les pénalités. Ce qui a le plus pesé, c’est notre cascade de blessures. Combien d’équipes sont capables de réaliser une bonne saison sans Giteau, Halfpenny, O’Connell ? C’était ainsi plus difficile de faire le parcours programmé. Et puis, nous avions beaucoup gagné dans un passé récent et des formations avaient plus envie que nous.

Le paradoxe, c’est que vous finissez meilleure attaque et que jamais le RCT n’avait marqué autant de points au classement en Top 14…

… (il coupe, N.D.L.R.) On fait dire ce que l’on veut aux chiffres. Et il y a même des spécialistes dans le rugby pour expliquer telle ou telle déconvenue, statistiques à l’appui… Oui, nous avons marqué beaucoup d’essais et de points mais face aux deux relégables nous avons engrangé 20 points en quatre matchs. Sans leur manquer de respect, Oyonnax et Agen se sont détachés en bas de classement, très vite, trop vite pour peser sur la saison. Et puis, pas mal de formations ont fait tourner leur effectif en venant à Mayol. Il y a des matchs où l’on a pris cinq points et on n’en méritait franchement que quatre…

Qu’est-ce qui vous reste en travers de la gorge ?

Le fait qu’après trois titres consécutifs remportés, le RCT n’était pas tête de série en Coupe d’Europe ! Et on l’a payé en se retrouvant dans la « poule de la mort. » Et pourtant, il y avait un représentant français (René Fontes, N.D.L.R.) au niveau de l’instance organisatrice, mais il n’a rien fait.

Vous attendiez-qu’il favorise les clubs français ?

Non. Mais il n’a pas pris la hauteur et le recul nécessaires. Il s’est laissé porter par ses émotions et notamment dans le conflit qui nous oppose. Mais bon…

Le quart de finale de Coupe d’Europe perdu contre le Racing 92 a été un véritable coup d’arrêt. Après, votre équipe n’affichait plus du tout la même sérénité…

Oui, nous n’aurions jamais dû perdre ce match. Nous sommes passés à côté de quelque chose ce jour-là. Paradoxalement, à 15 contre 15, nous les avions plus dominés qu’à Barcelone…

Comment analysez-vous ce terrible revers en finale du championnat alors que pendant plus d’une heure le Racing évoluait à 14 ?

Le Racing a remporté la bataille des bancs (de touche, N.D.L.R.). On peut dire ce que l’on veut sur cette rencontre, on peut apprécier ou pas les deux Laurent (Travers et Labit, N.D.L.R), mais durant ces phases finales de Top 14, et à Barcelone en particulier, ils ont démontré qu’ils maîtrisaient tous les éléments de leur fonction, le règlement, l’analyse tactique à chaud… Ils ont su anticiper les événements. Chapeau à eux. à l’inverse, sur le banc de Toulon, nous n’avons pas été capables de le faire. C’est donc la victoire du banc.

Est-ce pour cela que vous envisagez des modifications de votre staff technique ?

Oui. Les défaites nous parlent et on ne peut pas ignorer ce qu’elles nous disent. La finale du Top 14 nous a appris plein de choses. Qu’il fallait remettre de l’envie chez nous, mais aussi que nous avions perdu, au niveau du banc, de la capacité d’analyse, parce que Jacques Delmas est tout seul, contrairement aux autres années. Steve Meehaan a choisi de suivre les rencontres depuis les tribunes… très bien. Mais j’ai l’impression que si Pierre Mignoni avait toujours été là, le scénario du match aurait pu être différent.

Qu’allez-vous faire alors ?

Ma peur, c’est que l’on veuille faire à nouveau du Laporte. J’ai engagé Diego Dominguez pour le suppléer. Il possède avec lui une certaine filiation. Or, si je conserve le même staff, on va forcément faire moins bien en l’état actuel des choses. Et les joueurs vont très vite le ressentir. Il faut donc apporter des choses nouvelles, des idées neuves. De plus, je souhaite que l’on soit à nouveau deux sur le banc, les jours de match. Or, Steve Meehan n’a pas le diplôme et ne peut pas y aller. Du coup, soit on continue à avoir un deuxième diplôme payé à l’année alors qu’il nous sert juste de couverture (ce qui a été le cas l’année dernière), soit j’amène un véritablement technicien, titulaire du fameux BE2… Quitte à le payer, autant s’en servir. C’est pour cela que j’ai choisi d’incorporer Marc Dal Maso.

Pourquoi lui, qui s’occupe des avants comme Jacques Delmas ?

Cela fait très longtemps que j’ai envie de travailler avec Marc. J’ai une vieille histoire avec lui… Quand le RCT est monté en Top 14, Dal Maso entraînait alors Mont-de-Marsan qui a accédé aussi à l’élite. Le RCT affichait 14 millions d’euros de budget, le Stade montois 3,5 millions. à l’époque, je me suis dit « c’est nos finances qui nous font monter, mais chez les Montois, l’entraîneur doit y être pour beaucoup. » J’ai suivi ce mec, lui ait proposé une première fois de venir mais il avait refusé, préférant rester dans les Landes. J’étais revenu à la charge au moment où il fallait remplacer Olivier Azam ; ce qui m’avait valu un bel accrochage avec Bernard Laporte qui voulait travailler avec Jacques Delmas.

Cette année, Bernard partant, j’ai voulu « verrouiller » Dal Maso tôt dans la saison. Nous avons convenu d’un accord. On a signé un protocole avec une porte de sortie si l’un de nous changeait d’avis contre un dédommagement à un tarif très raisonnable. Je l’empêchais de bouger et cela me laissait une porte de sortie. Il avait accepté le jeu. Mais, après la finale de Top 14, je n’avais plus aucun doute : il nous fallait Marc Dal Maso dans le staff. Nous avions besoin de sa plus-value.

Dans votre esprit, il doit collaborer avec Jacques Delmas ?

Bien sûr… Et pourquoi pas ? Dans l’hémisphère Sud ou même en Angleterre, les staffs techniques sont une accumulation de compétences. Pourquoi cela ne fonctionnerait pas chez nous ? Je suis certain que Dal Maso et Delmas sont compatibles. D’ailleurs, au niveau de leur nom, on peut presque faire une anagramme. C’est mon idée et c’est ce que je vais faire.

Mais, Diego Dominguez, votre futur manager, est opposé à cette association ?

Jusqu’à preuve du contraire, je suis encore et toujours le patron du RCT. Et j’entends le rester. Ce qui me pose problème, ce n’est pas tant que Diego Dominguez donne un avis défavorable, au contraire, j’aime que les gens avec qui je travaille défendent leurs positions, mais je ne peux abonder dans le sens de ses arguments : le fait de voir quelqu’un qui vient de l’extérieur comme un intrus, m’interpelle. Diego veut-il travailler dans son cocon, être tranquille ? Je ne sais pas. Moi j’ai besoin de mettre un peu de pression à mes entraîneurs, qu’ils soient aussi dans la compétition. Ce que j’attends avec la venue de Dal Maso, c’est que personne ne se sente dans le confort… parce qu’il va prendre de la place et que je suis persuadé que les autres, à son contact, vont hausser leur niveau de compétence. Je suis certain que Dominguez, compétiteur dans l’âme, va être « boosté » par cette venue.

Mais s’il persiste dans sa position ?

à partir du moment où j’ai fait un choix, les gens qui travaillent doivent l’accepter. Dominguez n’a donc que deux options : soit il travaille avec Dal Maso. Soit, comme il me l’a dit, il s’en va. Mais l’arrivée de Dal Maso ne remet pas du tout en cause la confiance que j’ai en Diego. Je veux simplement augmenter la valeur ajoutée du staff ! Alors je ne comprends pas ses réticences.

Pourtant, selon nos informations, vous avez quand même rencontré l’ancien sélectionneur du XV de la Rose, Stuart Lancaster ?

Je suis au volant d’une voiture qui s’appelle RCT. En plus, c’est un bolide. J’ai donc besoin d’une bonne roue de secours et pas simplement une galette, si je veux être serein dans ma conduite… même si je ne vais pas m’en servir obligatoirement. Mais si je suis victime d’une crevaison en cours de saison, je sais que je vais pouvoir prendre la manivelle et changer ma roue.

Cette saison, il a beaucoup été question de la venue de Fabien Galthié, que vous avez rencontré à plusieurs reprises. Partie remise ?

On verra. Des fois, les trains ne repassent pas toujours dans la même gare. Galthié est pourtant un entraîneur qui possède beaucoup de qualités. J’en avais parlé à Diego Dominguez, qui ne souhaitait pas collaborer avec lui, le dossier était clos. Mais, avec Fabien, nous avions envie de nous connaître un peu plus qu’au travers de l’histoire du scooter en 2011, quand il était à Montpellier. On s’est effectivement rencontré plusieurs fois mais ce n’est pas pour cela que je lui ai fait signer un contrat.

Quel staff sera présent à la reprise des joueurs programmée dans une semaine tout juste ?

Je ne peux pas affirmer que Dominguez sera présent. S’il l’est, il chapeautera le staff technique. Mais s’il est absent, ce sera par sa seule volonté. En revanche, je n’ai pas de doute sur les présences de Jacques Delmas, Steve Meehaan mais aussi Marc Dal Maso et Shaun Edwards qui s’occupera de la défense.

Attendiez-vous à vivre une intersaison aussi mouvementée ?

Nous nous étions donné les moyens de gagner et il nous a manqué un petit quelque chose. Je n’en veux à personne. Jouer une finale à 15 contre 14 et pourtant perdre à la fin, ça te marque à vie. Surtout quand tu manques le titre sur deux erreurs : le plaquage cathédrale dont est victime Fernandez Lobbe et le manque de discernement du staff technique en fin de rencontre avec l’histoire des chaussures de Chilachava (le deuxième ligne varois avait enlevé ses crampons et n’a pu rentrer en jeu lors de l’ultime mêlée, N.D.L.R.). Cela fait beaucoup. Attention, le Racing 92 n’a rien volé ! Quand tu bats Montpellier, Toulouse, Clermont et Toulon en suivant, tu es un beau champion de France.

Au niveau du recrutement, il manque cette année la star que vous engagiez habituellement…

Vous oubliez de préciser que nous avons prolongé dans l’année, Guirado, Chiocci, Chilachava, Taofifenua, Fernandez Lobbe, Smith, Bastareaud, Habana et Halfpenny… C’est pas mal, non ? Et puis, nous sommes sur une période post-Coupe du monde, les stars n’étaient pas libres. D’ailleurs, le marché a été assez calme pour tous les clubs.

Pourquoi avoir ouvert la porte à un départ de Maxime Mermoz pour finalement le conserver ?

Je l’avais ouverte pour Bordeaux et refermée pour Bath parce qu’entre-temps je n’ai pas réussi à récupérer Théo Belan (parti à Lyon) et je n’allais pas lâcher un joueur de la trempe de Maxime sans avoir son remplaçant. Belan, comme Bruni ou Mikautadze, sont des joueurs qui nous ont quittés à cause du départ de Bernard Laporte. Il voulait absolument partir sur un titre et n’a pas beaucoup fait tourner. Du coup, une partie de nos joueurs à forts potentiels est venue me voir, souhaitant partir pour obtenir du temps de jeu. J’ai réussi à conserver Charles Ollivon mais pas les autres. C’était trop tard.

Votre départ du Camp Nou en deuxième période, associé au fait que votre manager suive la rencontre dans le vestiaire a fait couler beaucoup d’encre.

J’ai compris assez vite que nous allions perdre après la pause, et j’ai quitté le stade pour évaluer les dégâts pour le club… Cela fait des années que je joue à la roulette russe. J’ai eu pas mal de chance, jusqu’à présent cela a toujours fait « clic », mais un jour cela peut faire « bang ». à Barcelone, je suis retourné dans mon hôtel pour vérifier que le pistolet n’allait pas faire feu… Je ne pense pas que les autres présidents prennent autant de risques que ceux que je prends.

Pourquoi n’êtes-vous pas venu à l’Assemblée générale de la LNR, dernièrement ?

Je ne me déplace plus pour ce genre de rendez-vous. à tort peut-être ! Mais des gens sont en place, ils prennent des décisions et ont simplement besoin d’un auditoire pour les écouter. Comme elles sont prises sans l’aval des principaux présidents de Top 14. Alors, je préfère les recevoir par courrier.

Que voulez-vous dire ?

à la Ligue, on est dans le directif ! Je ne suis pas contre mais ce que je demande à ceux qui sont censés nous diriger, c’est d’être des véritables élites de par leurs résultats et non par leur connaissance. Or, nous avons beaucoup de gens, très bons à l’oral mais pas à l’écrit. Quand on regarde leur CV, on voit qu’ils profitent du travail de quelques présidents qui font monter le Top 14…

Pourquoi ne pas faire remonter vos doléances au président de la LNR, Paul Goze ?

Nous avons un président qui possède une qualité primordiale selon moi : l’humour. D’ailleurs, quand nous discutons tous les deux, il me fait très souvent marrer et je le dis sans ironie. Mais l’économie du sport, n’est pas sa spécialité. Il suffit de se retourner. Il semble dépassé par le nécessaire besoin de développement du rugby, comme il le fut lors de sa dernière année de présidence à l’Usap. Paul Goze veut se présenter et il s’est sécurisé avec les voix de la FFR en signant la nouvelle convention.

Sauf que sous son mandat, les droits télévisuels sont passés de 32 à 97 millions ?

Oui, mais est-ce dû à son seul talent ? Ou avec l’aide des clubs qui battent des records d’audience ? Si quelques présidents n’avaient pas investi pour que le Top 14 soit la meilleure compétition de clubs au monde, vous pensez qu’il aurait pu vendre les droits à l’international aussi ? S’il s’était montré un peu plus patient cette année, je sais qu’on aurait pu vendre le Top 14 près de 150 millions.

Un opérateur nous avait en effet demandé de repousser d’une année l’appel d’offres pour être en mesure d’offrir ce tarif-là. Pourquoi s’est-on ainsi précipité dans les bras de Canal + ? Toulon est de loin, c’est la chaîne cryptée qui le dit, le club qui fait les meilleures audiences et pourtant j’ai été complètement écarté des négociations. Est-ce normal ? J’ai appris par un mail que les droits étaient attribués de nouveau à Canal…

Je ne suis pas sûr que Bolloré a acheté les droits des présidents des équipes qui étaient à la table des discussions.

Que pensez-vous de la nouvelle convention FFR-LNR ?

Je rejoins totalement la position de René Bouscatel exprimée vendredi dans vos colonnes. Je ne suis pas contre les Bleus. Il faut utiliser l’argent du Top 14 comme un avantage et pas comme un handicap. Il faut créer une économie libérale autour de la formation, dont découlera un marché qui permettra aussi aux petits clubs de se développer. Tout le monde sera alors gagnant. Je ne dis pas que c’est facile à mettre en place mais les instances doivent faire de la place aux acteurs du quotidien rugbystique. Et qu’ils fassent aussi la différence entre les clubs portés par une économie réelle et ceux qui dépendent d’un mécène. On met tout le monde dans le même panier, et on les fait payer !

Des clubs comme Toulouse, Bordeaux ou Toulon fonctionnent de la même manière : ils doivent tenir un budget et ne peuvent pas dépenser 200 000 ou 400 000 euros pour remplacer les internationaux protégés par la convention, simplement parce qu’on a rajouté 400 000 euros de Salary Cap. Ce n’est pas possible. Quand j’entends quelqu’un de la Ligue me dire qu’un international coûte 280 000 euros bruts, cela me fait peur. Il confond les charges salariales et patronales et ne connaît pas le prix du marché. Et il est pourtant censé être notre porte-parole !

Comment vous faire entendre ?

Il faudrait que nous parlions d’une seule voix. Mais comme nous sommes concurrents sur le marché des transferts, et aussi pour une qualification en phase finale, certains de nos adversaires en jouent. C’est vrai que nous avons du mal à nous parler alors qu’il faudrait le faire… On doit pouvoir se retrouver sur pas mal de sujets communs.

C’est-à-dire ?

A-t-on besoin de « Jiff » ou de valoriser la formation ? Le règlement sur les « Jiff » a fait plus de mal que de bien pour les joueurs français. Personne ne s’y retrouve… On met des rustines un peu partout… Le rugby est devenu un sport professionnel capable de payer jusqu’à 50 000 euros par mois ses joueurs et si les clubs souhaitent les former, c’est bien pour créer de la richesse. Il n’y a pas d’idolâtrie derrière. Pour Clermont, Toulouse, le Racing ou Toulon, le premier but recherché est de payer moins cher un joueur qui vaudra très cher.

Autre exemple, il faudrait qu’il n’y ait que cinq points à distribuer par rencontre et supprimer les bonus offensif ou défensif avec deux cas de figure. Cinq points pour l’équipe qui gagne avec plus de trois essais d’écart, mais si l’adversaire l’en empêche, il empoche un point et le vainqueur que quatre. Il n’y aurait plus ou presque d’impasse.

Qu’attendez-vous des élections fédérales et de la candidature de Bernard Laporte ?

Bernard a fait une erreur dans sa campagne : il a essayé d’établir un débat d’idées. C’est tout à son honneur mais il n’a pas compris que les trois-quarts des présidents des comités s’en moquent. Il y a juste un débat d’intérêts, ils veulent conserver leurs avantages. Le reste est accessoire. Je pense que les dés sont pipés même si Bernard réalise une belle campagne.

Pourquoi n’allez-vous délocaliser qu’une rencontre la saison prochaine et laquelle ?

Ce sera le Stade toulousain à Marseille ; l’affiche ultime du championnat. Les délocalisations nous ont coûté sportivement pas mal de points cette saison, alors on va réinvestir le stade Mayol. On s’est un peu trop éparpillé.

Est-ce aussi parce que cela devient dur de remplir plusieurs fois des très grands stades ?

Même si la Ligue a maquillé les chiffres, la baisse des affluences se fait ressentir depuis deux ou trois ans. On donne toujours les affluences mais pas les chiffres d’affaires. Ce n’est pas pareil de vendre 50 000 billets à 5 euros que 30 000 à 50 euros ! On nous vend un championnat avec une visibilité très compliquée, le grand public a l’impression qu’il commence avec les phases finales, sans les internationaux, et qu’il fait perdre l’équipe de France… Chaque fois que les Bleus perdent, le coupable c’est le Top 14 ! C’est à cause du championnat des étrangers. Mais à force de tirer sur le Top 14, on attire moins les foules.

N’attendez-vous pas du diffuseur, Canal +, qu’il valorise mieux le Top 14 ?

Si Bolloré veut acheter les droits de l’équipe de France, qu’il le fasse. Pour le moment, Bolloré finance indirectement les Bleus pour qu’ils soient diffusés sur France 2. S’il veut payer 100 millions des matchs de second choix, qu’il continue…

Que faire ?

Je souhaite que René Bouscatel se présente à la présidence de la LNR face à Paul Goze. Il peut faire changer les choses. Sa candidature aura le mérite d’instaurer un débat d’idées. Et si aucun candidat n’ose affronter Paul Goze, moi j’irai, même si je sais que je n’ai aucune chance. En revanche, René peut être le porte-parole des présidents de clubs.

Quel est l’objectif du RCT ?

De rester en vie ! Il y a certaines personnes à la LNR qui ne m’aiment pas et qui me harcèlent. Je ne compte plus les courriers que je reçois de leur part. On est l’un des rares clubs à présenter un bilan bénéficiaire et on est traité comme une formation de Pro D2 en déficit chronique. C’est dommage. Et je ne parle pas du Salary Cap, où l’on ne fait pas la différence entre économie réelle et assistée. Je suis convoqué ce mardi, en plein mois de juillet, pour un pseudo dépassement de 100 000 euros sur un salaire alors que d’autres clubs ne sont jamais contrôlés.

De quoi s’agit-il ?

C’est un salaire fictif créé par cette même commission. Je finis par être parano… On me demande aussi d’ouvrir les comptes de toutes mes SCI familiales quand on ne demande rien à Michelin ou aux holdings financières des autres clubs. Ai-je la tête d’un voyou ? Originaire d’une ville de voyous ? Quand Clermont perd contre le Racing de Carter -le joueur le plus cher de l’histoire du Top 14- on n’a entendu personne dire que les Ciel et Blanc ne respectaient pas le Salary Cap.

A l’inverse, chaque fois qu’on bat les Auvergnats, c’est à cause de ça. C’est amusant… Quand l’ASM vient me battre à Marseille, je dis simplement bravo Clermont ! Croyez-moi, on respecte tous de la même façon le Salary Cap !

On vous sent agacé ?

Oui, car cette saison, j’ai vécu de véritables trahisons en interne. Des gens pour qui j’avais pas mal d’estime et qui ont profité de leur statut au club pour se faire de l’argent dessus. D’ailleurs, il y a pas mal de gens à Toulon qui aiment le RCT quand cela leur ramène de l’argent. Cela serait bien qu’ils l’aiment moins et qu’ils payent au moins leur place au stade.

Pierre-Laurent Gou
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