Raynal : «La vidéo est un confort pour nous»

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    Raynal : «La vidéo est un confort pour nous»
Publié le , mis à jour

En marge de la réunion entre les arbitres et les entraîneurs de Top et de Pro D2, l’arbitre international, Mathieu Raynal a accepté de faire un point sur les nouvelles règles pour la saison prochaine.

Ce type de réunions est-il important ?

Il est difficile de mesurer si ces réunions ont un réel impact sur le comportement des équipes. Leur format ne se prête pas tellement au dialogue. Nous sommes là pour exposer les changements à venir. Ce qui est sûr, c’est qu’elles sont nécessaires. Il faut se rencontrer pour que tout le monde soit au courant des nouvelles directives de World Rugby. Cela fait partie de notre travail, de ce que l’on doit aux clubs et aux entraîneurs. Par ailleurs, compte tenu de la mise en place d’arbitres référents des clubs, nous devons voir les coachs pour procéder aux ajustements.

Ce dispositif d’arbitres référents a été mis en place depuis deux saisons. Qu’en avez-vous tiré ?

C’est positif. Les clubs sont assez demandeurs et le rapport avec les joueurs est tout autre. Habituellement, on les voit sur le terrain dans un contexte de pression. Ça casse un peu la barrière entre le monde de l’arbitrage et celui des joueurs. Nous sommes à leur disposition. Les joueurs posent beaucoup de questions, c’est vraiment intéressant, même pour nous. Je m’entraîne avec Perpignan et je trouve cela très enrichissant.

Didier Méné parlait d’un changement de comportement des joueurs envers les arbitres. Le ressentez-vous ?

Pas forcément. Il y a eu deux cas problématiques (Silvère Tian avait insulté Romain Poite sur le terrain et Rory Grice jeté son protège-dents sur Alexandre Ruiz, N.D.L.R.), qui ont été très médiatisés. Mais globalement, nous avons de bons rapports avec les joueurs. Personnellement, je peux difficilement dire que les choses ont changé. J’ai toujours été très respectueux des joueurs et je dois dire qu’ils me l’ont toujours rendu. On sent qu’ils sont parfois un peu agressifs sur le terrain mais j’ai arbitré plus de cent matchs de Top 14, alors je les connais et ils me connaissent.

Et concernant les entraîneurs ?

Le monde du rugby est semblable à celui de l’entreprise : les entraîneurs sont sous pression, ils ont des obligations de résultat. Souvent, cela se répercute sur l’arbitrage parce que c’est facile de taper sur nous. Globalement, je dirais que les rapports sont plutôt bons. Ça reste assez constructif. Il faut rester vigilants à laisser notre sport dans l’état dans lequel nous l’avons trouvé, particulièrement concernant les rapports humains.

Vous n’êtes donc pas inquiet pour l’avenir, comme votre direction a avoué l’être au cours de cette réunion ?

Je suis d’accord avec le fait qu’il faille rester vigilant parce que ça peut aller très vite. J’accepte la critique quand elle est fondée et constructive. Après, quand elle intervient pour se défausser ou expliquer les causes d’une défaite, je trouve ça un peu trop simple. D’autant que nous n’avons pas de moyens de communication, pas de tribunes médiatiques, et sommes peu écoutés.

Vous en avez encore eu l’exemple à propos du carton rouge sorti en finale du Top 14…

Chacun est libre d’avoir un avis mais mon boulot, c’est d’appliquer les règles. Si je m’en écarte par manque de courage à un moment crucial, ça ne correspond pas à la conception que je me fais de mon métier. Je ne vais pas m’échapper parce que c’est une finale. J’ai sorti trois cartons rouges ces trois dernières années, tous les trois avant la vingtième minute. Et l’équipe à quatorze a gagné les trois fois. Cette décision n’aurait même pas été commentée en hémisphère Sud ou en Angleterre. Quand un joueur est retourné et tombe sur la tête, c’est carton rouge. Ça ne va pas plus loin. Tout ça est assez français. Mais ça me fait sourire. L’avantage, c’est qu’on va arrêter de me parler de ma jambe cassée, comme c’est le cas depuis trois ans (sourire).

Le fait que vous n’ayez pas sorti de carton lors du plaquage sur Fernandez Lobbe a fait parler également.

C’était différent. On avait vu le même plaquage lors de Toulon - Stade français : Tuisova avait plaqué Sinzelle de la même manière, en impactant avec l’épaule au niveau du buste puis en le faisant basculer et tomber sur la tête. Nous avions statué là-dessus et considéré qu’il s’agissait d’un plaquage offensif. C’est l’image que j’en ai eue sur le moment. J’ai demandé à mon arbitre vidéo, qui m’a confirmé que c’était aussi un plaquage offensif dans son esprit. Il ne s’agit absolument pas d’un manque de courage. Si j’avais dû mettre un carton, comme je l’avais fait lors d’Afrique du Sud - Irlande quelques jours plus tôt en donnant un jaune aux Irlandais cinq minutes après avoir sorti le rouge, je l’aurais fait. Cela ne m’aurait posé aucun problème. Mais nous l’avons jugé différemment, c’était notre perception.

Est-il réellement plus difficile d’arbitrer un match de Top 14 qu’un match international ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette affirmation (sourire). Le niveau international possède cet avantage d’être beaucoup plus clair, parce que beaucoup plus propre. Les joueurs ont toujours ce souci de montrer une image positive à l’arbitre pour ne pas être pénalisés. Ils sont allergiques à la faute. Mais la difficulté, c’est que tout va beaucoup plus vite qu’en Top 14. Pour un arbitre, c’est vraiment plus difficile. Après, arbitrer en France permet d’être confronté à un large panel de formes de jeu. C’est une excellente préparation pour le niveau international.

Les arbitres sont-ils là pour favoriser le jeu ?

On arbitre ce que les joueurs nous proposent. Par exemple, j’ai officié lors du match aller entre Clermont et Toulon la saison passée. Il me semble que j’avais sifflé trente pénalités alors que j’en avais sifflé douze le week-end d’après en Coupe d’Europe, lors de Leinster-Wasps. Ce n’est pas moi qui avais décidé d’en donner dix-huit de moins, mais simplement que les joueurs m’ont proposé une forme de jeu qui m’a permis de moins sanctionner.

Quel est le changement majeur qui interviendra la saison prochaine à vos yeux ?

C’est le maul, évidemment. On va voir comment les équipes vont s’adapter mais le changement est, à mon sens, très positif. Autant pour l’arbitrage que pour le jeu. Les nouvelles dispositions permettent de retrouver une équité qu’il n’y avait plus sur cette phase. On devrait voir moins de mauls l’an prochain et ceux qui seront effectués devraient être plus propres. Ces règles ont été mises en place cette saison en Super Rugby et on voit beaucoup moins de touches qui se transforment directement en maul.

Était-il nécessaire de légiférer sur cette phase de jeu ?

C’est évident. Depuis un moment, on voyait beaucoup de constructions illégales de mauls. Quand un sauteur en l’air (qui n’a donc pas le droit d’être touché par la défense) transmet le ballon au fond de la structure alors qu’il n’est pas encore au sol, la défense n’a jamais accès au porteur de balle. On ne peut pas être très strict envers le lifteur qui va à peine tourner son sauteur et faire écran avec son cœur tout en fermant les yeux là-dessus. Il était vraiment essentiel de prendre des mesures.

La vidéo est l’autre grand sujet du moment. Fallait-il réagir, là aussi ?

La vidéo a résolu certains problèmes et en a créé d’autres. Demander la vidéo met souvent en lumière des faits qui seraient passés inaperçus. À partir de là, il faut se positionner. Sauf que tout le monde devient arbitre - le spectateur, le téléspectateur - et que tout le monde l’exprime. C’est ça qui nous met en difficulté. Je dis cela en reconnaissant que nous commettons des erreurs sur des arbitrages vidéos qui nous font du mal. Personnellement, j’en ai fait une belle lors de Montpellier-Bordeaux et je l’ai encore en travers de la gorge. On avait sanctionné les Bordelais alors qu’on aurait dû retourner la pénalité pour un plongeon de Paillaugue. C’était très visible à l’écran et je ne sais pas pourquoi nous n’avons pas réussi à le voir, alors que nous étions quatre arbitres sur le cas. Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu rater ça. C’est difficile à accepter.

Êtes-vous partisan d’un retour à l’appel vidéo dans l’en-but et dans la zone des cinq mètres uniquement ?

J’ai connu les deux et j’arrive à m’adapter. Je ne pense pas qu’on utilise plus la vidéo qu’avant : il y a, en moyenne, 2,1 appels à la vidéo par match de Top 14. Ce n’est pas énorme. Il y en avait 2,8 pendant la Coupe du monde. Quand on n’avait pas recours à la vidéo, les gens râlaient en disant que l’arbitre était parfois le seul à ne pas voir certaines fautes que tout le monde avait notées, au stade ou devant la télévision. Maintenant, ils critiquent l’utilisation qui est faite des images. Bon…

Il n’empêche que vous avez moins le droit à l’erreur maintenant. N’est-ce pas plus inconfortable ?

Vidéo ou pas, l’arbitre n’a jamais droit à l’erreur. La vidéo est un confort pour nous, c’est rassurant. On sait qu’on travaille avec un filet. C’est important sur la zone de marque notamment. Après, concernant le jeu déloyal par exemple, j’avoue que je n’utiliserais pas ce procédé. Si les trois arbitres sur le terrain ne sont pas capables de le voir, tant mieux pour le fautif…

Comprenez-vous les clubs qui demandent que tous les arbitres soient professionnels ?

Il y a deux choses. Tout d’abord, certains disent que nous devrions être mieux payés. Si on me donnait plus d’argent, je serais plus riche mais pas forcément meilleur. Sincèrement. Si on me donnait 12 000 € par mois pour arbitrer des matchs, je trouverais ça démesuré. Ne serait-ce que par rapport à ma famille, ou à mon grand-père qui se levait à 2 heures du matin pour aller empiler des caisses de fruits et légumes. Je préférerais qu’on mette cet argent dans les structures pour former les arbitres de demain. Mais pour répondre à la question, je pense que le semi-professionnalisme est quelque chose qui convient bien aux arbitres de Top 14. Les internationaux doivent être pros parce qu’ils n’ont pas d’autre choix mais le semi-profesionnalisme donne aux autres les bonnes conditions pour se préparer.

Emilie Dudon
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