Cyrulnik : « Notre culture de l'excès nous amène à aller trop loin »

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    Cyrulnik : « Notre culture de l'excès nous amène à aller trop loin »
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Le neuropsychiatre et psychanalyste, Boris Cyrulnik, s'est confié dans les colonnes du Midi Olympique sur les différents dangers de la violence du rugby moderne. Le médecin tire la sonnette d'alarme.  

Ce qu'il pense de la violence dans le jeu :

« On est dans la culture de l’excès. Et le rugby n’échappe pas à cette règle de la société. Quand je jouais au rugby, à un tout petit niveau, les accidents étaient extrêmement rares. Les K.-O. existaient, bien sûr, mais on pouvait les compter sur les doigts d’une main tout au long d’une carrière. Aujourd’hui, le règlement et l’évolution de ce sport que nous aimons, imposent que des hommes de plus de cent kilos, courant le 100 mètres en 11 secondes, se rentrent dedans à pleine vitesse et accélèrent même au moment de la confrontation. L’impact cérébral est à chaque fois très intense et conduit naturellement à des maladies que l’on ne soupçonne même pas. »

Ce qu'il dit sur les maladies contractées, notamment celles de Parkinson et de Charcot :

« Les études sont encore insuffisantes à ce sujet mais les soupçons sont possibles. Il ne faut pas limiter en effet les dangers aux seules commotions cérébrales. Sur chaque impact, on perçoit assez clairement la nuque de l’attaquant ou du défenseur flotter. Cela ne se traduit pas toujours par une perte de conscience, mais quand la tête fouette en arrière, le tronc cérébral cogne la lame plate et provoque ce que l’on appelle des pétéchies. Les pétéchies sont des petites taches consécutives à une microhémorragie. Il s’agit donc de petites hémorragies que l’on ne perçoit pas mais qui s’accumulent et provoquent à terme des accidents neurologiques »

Ce qu'il dit sur le rugby d'antan :

« J’ai beaucoup aimé ce rugby-là, mais il ne sert à rien d’être nostalgique. Parce que tout le paradoxe vient de là : je me régale d’aller voir jouer Toulon aujourd’hui encore. On peut s’inquiéter pour la survie de ce jeu, pour le dépassement des limites physiologiques, pour la santé des joueurs et prendre du plaisir à cette petite guerre à laquelle nous convoque chaque rencontre. Mais si l’on est sérieux deux secondes, on ne peut pas rester les bras croisés et ne rien dire. »

L'interview est à retrouver dans son intégralité dans le Midi Olympique du 1er Août 2016, actuellement disponible en kiosque

 

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