Rio 2016 : Guanabara rugby social club

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    Rio 2016 : Guanabara rugby social club
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Avec un président et deux entraîneurs français, le club de rugby de Guanabara espère accéder à la première division, même si sa plus grande victoire est la mise en place d’un projet social avec les jeunes des favelas.

L’entraînement du mardi vient de se terminer. Il est 23 heures et Olivier Fuzier, l’entraîneur français du club de Guanabara consulte son téléphone portable. La mauvaise nouvelle est arrivée par texto. Le match amical, pour préparer le premier tour du championnat national, prévu le samedi face à Belo Horizonte, est annulé. « Les gars, samedi ça sera entraînement », prévient le coentraîneur Simon Corbi. Pas le temps de vraiment s’apitoyer ou de fournir des explications que le terrain est envahi par deux équipes de football, comme c’est le cas de tous les terrains autour. Il faut quitter ce petit espace synthétique aux dimensions peu académiques pour pratiquer le rugby car dessiné pour le football de salon, comme ils disent au Brésil et se jouant à sept contre sept. « Avant, nous nous entraînions sur la plage mais ce n’était pas évident de récupérer derrière », explique le président Nicolas Folliet, un ancien joueur de Ramonville, installé à Rio depuis 1993 qui a décidé de relancer le club au début des années 2000.

Il faut dire que le club de Guanabara a l’ambition de monter en Super 8, la première division brésilienne. Les séances d’entraînement sur le sable n’étaient plus vraiment viables avec les nouvelles ambitions du club. « Mais nous allons toujours sur la plage avec les jeunes et pour faire des initiations », reprend ce président de 46 ans, car les résultats sportifs ne sont pas le moteur de ce club atypique. L’entraîneur Olivier Fuzier, arrivé de Saint-Priest il y a maintenant trois ans en est le premier conscient : « C’est bien sûr une aventure sportive avec la volonté d’aller jouer en Super 8, mais c’est surtout une aventure sociale. On s’aperçoit qu’il n’y a pas beaucoup de joueurs de rugby au Brésil et notre rôle n’est pas celui d’entraîneur mais celui d’éducateur en faisant de la formation, en allant dans les communautés, en proposer du rugby à des enfants et en leur faisant aimer. »

Un rugby d’entraide

Ces enfants, ce sont ceux des favelas du nord de la ville, ceux qui ne verront certainement jamais de leur vie le sable de Copacabana dans la zone sud. L’idée de leur proposer comme activité le rugby pour échapper à un quotidien violent (2 000 meurtres par balle à Rio depuis le début de l’année) était une évidence pour Nicolas Folliet : « Tout s’est fait petit à petit. Quand j’ai repris ce club qui a une tradition latine depuis sa création dans les années 1970, il n’existait qu’un autre club, le Rio Rugby qui avait été fondé par des Anglais. Donc, l’idée était de nous faire nos petits France - Angleterre à nous, ici au Brésil, sans aucune prétention. Mais des jeunes commencent à venir nous voir et veulent jouer. »

L’arrivée d’internet mais aussi une situation économique alors florissante et permettant de voyager expliquent cet intérêt naissant. Guanabara doit se structurer, trouver des entraîneurs, « certainement le plus dur car nous avions plus de jeunes qui voulaient jouer que de vieux qui avaient déjà joué et disposés à aider », poursuit le président. Et finalement, les quelques matchs par an face aux Anglais du coin ne suffisent plus, la compétition étant le moteur de tout sportif à n’importe quel niveau. « À partir de là, il faut être compétitifs et pour être compétitifs, il faut avoir une base forte. On se dit alors que ce n’est pas forcément dans la zone sud que nous trouverons les meilleurs jeunes. Ils sont déjà occupés à d’autres activités ou ils n’ont pas l’esprit très rugby. Il fallait aller chercher des jeunes plus loin. Dans la zone nord, celle qui va de l’aéroport international à très, très loin, car la ville fait soixante kilomètres. L’idée était de sortir des sentiers battus, des évidences pour chercher des joueurs plus méritants d’une certaine manière, qui seraient plus intéressés, plus combatifs. »

Le projet prend forme dans la tête de Nicolas Folliet, voulant faire partager un rugby d’entraide, celui pratiqué dans sa jeunesse en France quand « le professionnalisme n’existait pas, mais celui d’une époque où pratiquer ce sport permettait d’ouvrir des portes. » Il croit alors que le rugby peut ouvrir des possibles à ces enfants oubliés des favelas. Il contacte des ONG, frappe à de nombreuses portes pour tenter de pénétrer dans ces zones de non droit, prend ses marques pour apprendre à fonctionner avec un environnement hostile : « Au début, nous avons voulu organiser un match dans une favela. Tout était calé et les caïds nous avaient promis qu’il n’y aurait pas de problème. Le bus de l’équipe adverse est arrivé sur le terrain au moment même où deux gangs ont commencé à se canarder tout autour. Ce sont des endroits où vous ne pouvez pas savoir ce qui va se passer dans l’heure suivante. »

« C’est la première fois qu’ils voient la mer »

C’est finalement une signature de partenariat avec un programme du gouvernement fédéral qui va lancer le projet, permettant au club de Guanabara d’utiliser des terrains militaires ou des espaces protégés à proximité des banlieues à moindre coût. « Nous devons seulement amener des ballons et les éducateurs pour former les jeunes. » Faut-il encore trouver des candidats pour s’essayer à un ballon ovale qu’ils n’ont jamais vu : « Les jeunes sont ouverts à toute forme d’activité nouvelle. Ils n’ont rien, aucune activité, donc quand vous proposez quelque chose, ils sont intéressés. » Six ans après le début de ce projet social, le club de Guanabara compte quatre pôles de détection dans les quartiers défavorisés : « Nous allons dans la zone nord, tous les mardis, jeudis et vendredis soirs. Les jeunes qui sont intéressés sont ensuite regroupés le samedi pour un entraînement collectif à Urca. » Un quartier résidentiel de la zone sud, au pied du Pain de Sucre, un des symboles de Rio. « On leur offre la possibilité de voir un sport, des gens et un milieu différent. La zone sud est un endroit relativement privilégié pour eux, donc participer au club, c’est déjà un enrichissement culturel et social. Pour certains, quand ils viennent à Urca, c’est la première fois qu’ils voient la mer alors qu’ils habitent à Rio. »

Ils sont entre vingt et trente tous les samedis à découvrir le rugby sur un véritable terrain en herbe. Un travail de fourmis, sans véritablement savoir combien seront au rendez-vous la semaine suivante à venir s’entraîner avec les enfants des expatriés français et argentins pour un mélange social étonnant dépeint par Tristan Dicop, professeur au lycée français en charge des moins de 18 ans du club : « C’est intéressant de voir les jeunes des beaux quartiers et les brésiliens des banlieues jouer ensemble. Au début, les fils d’expatriés français se la jouaient facile. Maintenant, ils doivent quand même mouiller le maillot pour rester compétitif avec les Brésiliens. » D’ailleurs, lors de la finale du championnat d’État remporté par les jeunes de Guanabara la saison dernière, aucun étranger n’était présent sur la feuille de match. Une première grande victoire pour Olivier Fuzier, l’entraîneur d’un club qui compte aujourd’hui plus de deux cents licenciés : « Les premiers enfants repérés grâce à ce projet social vont jouer avec les adultes la saison prochaine. Deux d’entre eux ont même été présélectionnés pour faire partie de l’équipe nationale des moins de 19 ans. Et si on leur permet d’accéder à l’équipe du Brésil d’ici quelques années, ça sera vraiment génial. » Le Guanabara rugby aura alors réussi sa mission : celle d’ouvrir des portes inconnues pour les jeunes de la zone nord de Rio.

Nicolas Augot
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