Beauden Barrett au septième ciel

L’homme du match Le demi d’ouverture des Hurricanes a plané sur cette finale, même sous la pluie. Va-t-il enfin trouver la place de titulaire chez les All Blacks que son talent mérite ?

Au poste le plus délicat, dans le pays le plus concurrentiel du monde en termes de rugby, Beauden Barrett a ajouté une ligne à son palmarès déjà épais comme le bottin de la ville de Paris. À 25 ans, il est déjà champion du Monde après 39 sélections avec les All Blacks (et 93 pour cent de victoires). Samedi sous la pluie, il a décroché sa première victoire en Super Rugby avec un essai personnel, sans doute le plus moche de toute sa carrière, un simple plongeon dans l’en-but après un cafouillage adverse. Les esthètes se repasseront plutôt ses deux interventions géniales créatrices de deux essais lors de la demi-finale face aux Chiefs, mais c’est justement la marque des grands ouvreurs que de savoir s’adapter aux caprices de la météo et de réduire leurs ambitions à des initiatives parfois très sobres mais pas moins profitables. Le petit coup de pied millimétré qui offrit un essai à Cory Jane dès la septième minute en fut une éclatante démonstration, mais M. Jackson le refusa pour un minuscule en-avant du troisième ligne Shields sur le regroupement précédent.

Les suiveurs du rugby néo-zélandais sont formels, Beauden Barrett a repoussé les limites de son talent en 2016 à mesure que son visage perdait ses traits juvéniles et après que les « tauliers » des Hurricanes (Conrad Smith et Ma’a Nonu) lui ont laissé la responsabilité de la désormais jeune ligne d’attaque des Hurricanes. Jamais on ne l’a senti aussi décisif et autant capable de porter tout le poids d’une rencontre sur ses épaules. Samedi, il a aussi effacé le souvenir de la finale 2015, l’un des rares rendez-vous manqué de sa jeune carrière. Sur un plan plus subjectif, il a gagné haut la main le duel qui l’opposait à Elton Jantjes, son vis-à-vis des Lions qu’il pourrait retrouver durant le Tournoi des Quatre Nations estival.

Pour Barrett, le défi sera désormais de s’imposer en équipe nationale car ce surdoué n’a débuté qu’un seul de ses sept derniers matchs avec les All Blacks et seulement deux sur les onze derniers. Durant le Mondial, il y avait Dan Carter, mais pour les deux premiers test-matches de 2016 contre le pays de Galles, Steve Hansen lui a préféré Aaron Cruden (défait en demi-finale, mais sans être spécialement médiocre). On ne saurait le critiquer pour ça. On verra bien ce qu’il fera le 20 août lorsqu’il s’agira d’affronter les Wallabies.