Moscato : « C’est bien mieux qu’avant »

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    Moscato : « C’est bien mieux qu’avant »
Publié le , mis à jour

Retour à quelques jours de son retour sur les ondes et en salle, Vincent Moscato évoque pour midi-olympique l’actualité rugbystique, des commotions cérébrales qui font tant réagir, aux futures élections présidentielles. Le sérieux n’est pas interdit entre deux traits d’humour…

Boris Cyrulnik puis Jamie Cudmore ont, à tour de rôle, dénoncé dans nos colonnes la violence du jeu conduisant aux commotions cérébrales et aux accidents neurologiques. Accidents qui pourraient expliquer les maladies de Charcot ou de Parkinson dont certains anciens rugbymen souffrent. Quel regard portes-tu sur cette violence croissante ?

Je la juge inévitable. Et due, bien sûr, à l’évolution du jeu. Les collisions ont toujours existé en rugby, mais là où elles se faisaient à 40km/h dans les années 1990, elles se font aujourd’hui à 90km/h. Et forcément ça fait des dégâts. Mais en même temps je trouve curieux et même un peu puéril qu’un joueur puisse s’étonner de ça. Je n’ai jamais vu un boxeur se plaindre du fait que la boxe pouvait supposer des K.-O. Les coureurs de Formule 1 savent pertinemment qu’ils peuvent finir sur un pylône. Dire que la guerre c’est dangereux, que le cancer c’est grave, c’est brasser des généralités. Oui le rugby est un sport physique, physiquement dur. Je vais chez le kiné depuis vingt ans pour me faire soigner les cervicales parce que j’ai pratiqué ce sport. C’est forcément emmerdant, mais cela pèse quoi à côté des joies que m’a procurées ce jeu ? Arrive un moment où il faut choisir. C’est le prix à payer d’un sport en pleine évolution.

Cette évolution doit-elle impérativement altérer la santé des joueurs ?

C’est leur métier. Je ne dis pas que c’est bien, mais c’est leur métier… On est passé d’un jeu universitaire, fait pour le développement personnel, à un job à plein temps assez proche de la guerre. La dureté du jeu s’est amplifiée et il y aura de plus en plus de commotions cérébrales. Prétendre le contraire c’est se moquer du monde. On ne fait pas de feu sans allumettes.

Ok, mais ne soyons pas cyniques. On parle encore une fois de la santé des hommes. Ne pourrait-on pas épurer le jeu, le rendre moins violent ?

Peut-être. Sûrement même. Il faudrait mieux réglementer les rucks qui sont la source de toutes les agressions. La commotion, c’est le plus souvent le coup de casque que tu prends dans les rucks. Mais le professionnalisme amènera une évolution. L’amateurisme, quoi qu’on en dise, est plus conservateur.

L’évolution du rugby ne te heurte donc pas ?

On n’est jamais satisfait. On vit dans l’insatisfaction permanente. On a tous la nostalgie de nos vingt ans. Mais le rugby actuel est fantastique. Il y a plus de passes, plus de collisions, plus de courses, qu’il n’y en a jamais eues. Et moi la collision ça me plaît. Elles existent comme dans le Foot US, comme dans le Hockey et ça n’empêche pas ces sports d’exister et de plaire.

Le rugby est un sport de combat et même de combat collectif. Il l’a toujours été et cela fait son charme. Nous sommes bien d’accord là-dessus. Mais c’était aussi un sport d’évitement, d’espaces. Or aujourd’hui l’équilibre du départ se solde par 95 % de collisions. Ne me dis pas que ce déséquilibre est satisfaisant.

Non, il ne l’est pas. Mais laissons du temps au temps. Le rugby professionnel n’a que 25 ans derrière lui. Il est à un virage. Il faut adapter les règles. Il faut même les révolutionner. Se poser la question de savoir comment les choses peuvent se rééquilibrer. Je suis d’accord là-dessus. Tout évoluera dans les dix prochaines années. J’en suis persuadé. C’est en cela que le professionnalisme avec sa part de recherche peut être intéressant.

Comme disait Marchais à un tout autre propos, « le bilan est donc globalement positif » ?

Je le crois. Sportivement, c’est mieux qu’avant j’en suis sûr. Souviens-toi du rugby des années 1990. Des finales à dormir debout auxquelles nous assistions. Des matchs à deux balles dans la boue et la pluie. On jouait à trois à l’heure… Aujourd’hui ça va dix fois plus vite, ça tape dix fois plus fort.

Comment peux-tu être si affirmatif toi qui ne regardes plus un match… (1)

Salaud ! (rires) C’est que je pressens ce jeu. Je suis le Gilbert Montagné de ce sport… Je sens les choses sans les voir. C’est un sixième sens…

Plus sérieusement, tu es le premier à te plaindre de l’uniformité du jeu.

Je vais te dire la vérité. Je vais trois fois au stade par an, pour le Tournoi et la finale. Ce qui ne m’empêche pas de voir quelques matchs à la télé. Mais je me régale. Je ne dirais probablement pas la même chose si je devais me taper du rugby tous les week-ends, c’est vrai. Mais le rugby actuel, qui se veut sport spectacle, n’est-il justement pas fait pour ça ? Je suis très sérieux. On n’appréhende plus ce sport comme autrefois. C’était une culture, un fait social. C’est devenu pour beaucoup d’entre nous un spectacle. On ne va pas au concert toutes les semaines. L’approche est différente. Mais je persiste et signe, c’est mieux qu’avant…

Tu préconises souvent un championnat européen. Pour quelles raisons ?

Je l’ai toujours dit. J’en parlais déjà en 1995 avec Pierre Seillan le président de Pau-Orthez et Freddy Hufnagel qui était le meneur de l’équipe. Je crois profondément qu’il faut créer autre chose. Le rugby souffre d’être un sport confidentiel et je pense que le fait de mutualiser les télés et les partenaires de chaque pays, en créant une grande compétition européenne, ouvrirait des portes. La puissance médiatique permettrait de toucher des pays limitrophes, de les aider. Il est anormal que le rugby ne se développe pas plus en Espagne, en Allemagne.

Mais il y a déjà la Coupe d’Europe.

Elle est pauvre et ne casse pas la baraque. Elle se confond avec le championnat. L’audimat est ridicule. Son modèle me semble insuffisant. Je crois vraiment à la force d’un grand championnat européen, regroupant les meilleures équipes de chaque pays. Le rugby italien si menacé aujourd’hui s’y retrouverait aussi. Ce qui n’empêcherait pas le championnat de France de vivre par ailleurs. Le problème du rugby c’est que tu es champion du monde de cinq équipes. Il est anormal que l’Argentine n’ait pas un championnat professionnel. Il est anormal que l’on ne fasse pas tout pour aider la promotion de ce sport aux États-Unis, en Russie. L’avenir est là.

Que préconises-tu ?

Ce n’est pas à moi de trouver la formule. Le problème c’est que ce sport est soumis à un pouvoir encrassé, un conservatisme de fainéants… C’est toujours l’empire des gros cigares et du vin rouge à volonté… Le professionnalisme est venu du Sud. Jamais l’hémisphère Nord n’aurait franchi le cap. Le rugby ne se développe pas. Et il faut vraiment que ce sport soit génial pour avoir su résister à cette succession de bons à que dalle… Quel autre sport aurait résisté à autant d’incompétence ?

Que lui manque-t-il pour devenir le grand sport de demain ?

La conquête. C’est le défi du 21ème siècle. Le rugby c’est cinq équipes aujourd’hui. Et nous ne sommes même pas foutus d’être champions du monde… Il faut installer notre culture. Or on a cinquante ans de retard.

Tu prétends souvent qu’il manque aussi quelques stars pour favoriser la promotion.

Le rugby n’existe pas médiatiquement. Ne nous racontons pas des blagues. Il n’y a pas de partenaires ayant le fort désir d’investir durablement dans ce jeu. Parce que ce sont les sponsors qui fabriquent les stars, ne nous trompons pas. Mais à part Chabal, qui est reconnu par le grand public ? Jean-Pierre Rives le fut dans les années 1980. Et puis ? Personne. Mais peut-être ce sport ne se prête-t-il pas non plus à la starisation.

C’est tout le paradoxe.

C’est vrai et pourtant il faudrait que quelques gars sortent de l’ornière.

La solution à l’internationalisation du rugby, n’est-ce pas le VII ? Les JO ?

C’est une blague. Le VII est un sport merveilleux, mais c’est un sport éducatif. C’est un leurre de croire qu’il va permettre le développement massif du rugby. Je ne connais pas un mec qui souhaite mettre de l’argent sur un jeu qui dure quinze minutes. Le sport ne vit que de l’économie et il n’y a pas d’économie dans le rugby à VII. Pour la passe, la course, la technique individuelle, c’est génial, mais ce ne sera jamais la tête de gondole du rugby.

D’où vient qu’il ait autant de mal à prendre en France ?

Il ne prend nulle part. Personne ne sait en Espagne ou aux USA qu’il y a une équipe nationale de rugby à VII. Personne ! On fait une équipe avec trois athlètes et roule bouboule. Il y a zéro économie autour de ça. Et si l’on y joue beaucoup en Nouvelle-Zélande, c’est pour préparer les hommes au XV, point barre.

Changeons de sujet. Un mot sur les élections, à la Ligue, à la Fédé. Quelles réformes de fond attendrais-tu ?

Il faut que ça change. Le pouvoir est corrosif. J’aime beaucoup Pierre Camou qui est un homme de culture, intelligent et sincèrement très sympathique, mais le pouvoir finit par scléroser tous les hommes. Consciemment ou inconsciemment arrive un moment où l’on ne veut plus le quitter, où l’on s’accroche. Ce n’est même pas un problème d’idées. Ce n’est même pas un problème d’âge. Pierre n’est pas vieux. C’est un problème d’enthousiasme, de nouveauté, de fraîcheur, de créativité, de réactivité. Et ce qui est vrai pour Camou le sera pour Bernard Laporte dans dix ans s’il parvient au pouvoir. Il y a toujours des flatteurs pour te laisser croire au bout d’un certain temps que tu es indispensable, que ton absence laissera un grand vide. Mais il n’y a que Rocco Siffredi pour laisser un grand vide…

Tu crois aux chances de Bernard Laporte d’être élu ?

Je le souhaite. Je ne vais pas te mentir : c’est mon ami, c’est mon frère. On était gosses ensemble. Il n’a pas que des qualités peut-être mais c’est un passionné, qui fourmille d’idées, d’enthousiasme. Il a fait une campagne comme jamais le rugby français n’en avait connue. Reste qu’il fait peur. Je ne sais pas pourquoi. La FFR est une vieille dame qui n’aime plus se faire prendre en levrette et qui redoute la jeunesse, le dynamisme… Mais je crois à sa réussite. Parce que c’est un combattant qui a loupé peu de choses dans sa vie. La difficulté est immense. La vieille dame griffe encore. Mais Bernard possède cette qualité rare qui consiste justement à renverser des montagnes.

Et donc ?

Je crois en ses chances. Je voudrais qu’il gagne pour lui, pour Serge (Simon). J’ai vécu tellement de choses avec eux.

Un mot sur Guy Novès, l’équipe de France ?

C’est normal qu’on récompense le meilleur. Guy est le meilleur manager, avec Bernard sans doute et c’est juste qu’il ait hérité de ce poste. Contrairement à ce qu’il montre, je crois en plus que c’est un grand sensible qui personnellement me touche. Si c’était un connard je le dirais. Je t’assure. Je m’en fous. Je ne fais pas partie du milieu. Mais c’est un mec, Guy ! Avec ses défauts bien sûr, ce besoin d’être en conflit avec la terre entière, de se la jouer parfois. Il ne fait pas l’unanimité, comme tous les gens de pouvoir et de caractère. Mais j’aime ce mec, sincèrement.

Brigitte Lahaie a été remerciée de RMC. Tu te sens en danger ?

Tu fais référence au grand vide… (rires) C’est le lot de tous. On connaît les règles du jeu. On n’est pas dans un univers socialo-communiste où tu continues d’être payé quand tu ne rapportes rien… Pour l’heure, je ne m’en sors pas trop mal, mais bon… Je me garderai de faire le malin.

Le « Moscato show » regroupe un million d’auditeurs en moyenne sur les deux heures d’émission, c’est ça ?

Oui, c’est ça ? Parfois moins, parfois plus. Je touche du bois, mais j’aime cette radio de passionnés qui progresse chaque année et dans laquelle je me sens vraiment bien. J’aime aussi beaucoup notre équipe : Adrien (Egoin), Pierre (Dorian), Maryse (Ewanje Epee), Éric (Di Mecco)… Comme j’aime François Pesenti, notre patron, sans flagornerie particulière. Simplement si tu l’écris je devrais gagner quelques années supplémentaires…

Qu’est-ce qui est le plus dur : faire des émissions quotidiennes de deux heures ou monter seul sur scène ?

C’est le rapport entre le rugby et la boxe. Entre un sport collectif où tu sais pouvoir t’appuyer sur les autres et le combat solitaire. Les deux me plaisent, comme me plaisent le théâtre, le cinéma. Tout va ensemble. Je regrette que l’on enferme les gens dans des catégories, qu’on leur colle des étiquettes. J’ai envie de tout. Parfois je manque peut-être de recul. J’ai heureusement Krystel, ma femme, pour m’aider. Là encore aucune démagogie : on sait bien que la femme est l’avenir de l’homme…

Je me souviens qu’il y a trente ans déjà tu voulais faire du cinéma et tout le monde croyait à une chimère. Trente ans après le bilan est plutôt merveilleux, non ?

On veut toujours plus. Le meilleur spectacle reste à écrire. La meilleure émission reste à faire. Je voudrais être davantage impliqué dans le cinéma, même si, cet hiver, passera une série « Léo Matéi » où j’ai enfin un rôle un peu différent des précédents. Le rôle d’un type qui a perdu sa fille et qui ne fait plus rire. Mais oui, je me souviens très bien de cette conversation qu’on avait eue en voiture, à Bordeaux, en 1988, où l’on allait chez moi et où je te parlais de cette envie. J’ai eu des boulots dans ma vie, même si je reste un piètre gestionnaire, mais ce métier-là, c’est autre chose. La passion, l’envie, la démesure. J’ai arrêté depuis un mois et il ne me tarde qu’une chose : repartir ! Alors être fier de mon parcours serait très prétentieux. Mais j’aime ce que je fais, ça oui.

Reprise sur RMC le 29 août et reprise de ton « One Man Show » au Grau-du-Roi le 23, c’est ça ?

C’est ça. Et tant qu’à faire la promo, tu peux rajouter que je serai à Sète, au théâtre de la mer, le 24 août…

(1) C’est une private joke entre Vincent et moi. Il prétend toujours à la radio que je ne vois plus de matchs, que le dernier remonte à 1997 et je lui renvoie gentiment la balle. Sauf que lui, c’est vrai, il ne regarde plus un match, ce qui relativise d’autant sa passion pour le jeu actuel…

Jacques Verdier
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