Le bonheur retrouvé

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Interdit de jouer avec les Pumas, l’ailier du Racing 92, Juan Imhoff a reporté le maillot de son pays.

Il n’a jamais caché sa souffrance, celle de ne plus pouvoir porter le maillot des Pumas. La Fédération argentine ayant décidé qu’il fallait jouer pour la province des Jaguares pour pouvoir prétendre à la sélection nationale. Une nouvelle règle mise en place après la dernière Coupe du monde qui a plombé la saison de l’ailier du Racing 92 Juan Imhoff. Même à Barcelone, le 24 juin dernier, alors que tous ses partenaires fêtaient le Bouclier de Brennus remporté face à Toulon, le joueur argentin passait par tous les sentiments : « C’était une saison très difficile pour moi et ça va continuer à être difficile… Je ne vais pas vous mentir : ce que j’aimerais, c’est jouer pour mon équipe nationale. » Trois semaines après ce plaidoyer émouvant, l’Argentin apprenait qu’il était retenu dans le groupe pour préparer les jeux Olympiques. Une sélection à VII que les pessimistes peuvent voir comme un lot de consolation mais Juan Imhoff n’est pas de ce genre-là. Mardi dernier, il a de nouveau enfilé un maillot frappé du blason argentin pour le premier match de son pays aux jeux Olympiques. Une rencontre face aux États-Unis au scénario incroyable finalement remportée après la sirène sur un mouvement qu’il a initié. Après quelques précieuses minutes passées en famille à Deodoro, il acceptait de se confier : « Ça me fait vraiment plaisir. Toute ma vie, j’ai joué au rugby pour porter le maillot de mon pays. J’ai beaucoup travaillé pour pouvoir y prétendre et c’est un honneur immense de le porter. Quand la règle pour être sélectionné a changé, j’étais malheureux. Ne plus porter le maillot des Pumas a été une énorme déception. Aujourd’hui, c’est un plaisir immense. C’est bien sûr une responsabilité de défendre son pays mais je suis tellement heureux au fond de mon cœur. Tout ce que je fais, c’est pour me rapprocher des Pumas. »

« Profite bien de chaque instant »

Alors, dès qu’il a appris qu’il serait de l’aventure olympique, Juan Imhoff a travaillé dur, acceptant une formation accélérée des spécificités de la discipline. Avant Rio, il n’avait disputé jusque-là que six matchs de Seven lors du dernier tournoi de Londres et trouver sa place dans une équipe ayant terminé au cinquième rang mondial des World Series n’avait rien d’évident.

Une sélection inattendue qu’il a fallu annoncer aux dirigeants du Racing 92, alors que le nouveau champion de France a dû composer avec une intersaison extrêmement courte. « Quand je leur ai dit que je partais disputer les jeux Olympiques, c’était magnifique. Avant de partir, le président a eu des mots qui m’ont touché. Il m’a dit : « J’ai confiance en toi, profite bien de chaque instant. » Les coachs m’ont aussi laissé partir en étant heureux pour moi. Aujourd’hui, je me sens comme un enfant du Racing, même si je n’y ai pas grandi. C’est le seul club professionnel dans lequel j’ai joué et ça sera mon seul club professionnel dans toute ma carrière. Je suis tellement heureux d’avoir connu ce club, aujourd’hui c’est le club de ma vie, je l’aime. Je veux jouer au rugby pour deux choses : défendre les couleurs du Racing et être Puma. Sinon je ne jouerais pas. » Mais à Rio, il a profité de chaque instant, découvrant une compétition où il est rapidement devenu la seule star du dernier Mondial en lice après la blessure de Sonny Bill Williams dès les premières minutes de la compétition. À défaut de disputer le Rugby Championship avec les Pumas, il a découvert quelque chose qu’il ne soupçonnait pas : « Les JO, c’est beaucoup plus grand que tout ce que j’ai connu. C’est incomparable. C’est deux fois plus fort émotionnellement qu’une Coupe du monde de rugby, où il n’y a que les supporters des Pumas qui sont derrière toi. Là, on sent tout un pays derrière nous, tout un pays nous supporte, même les gens qui ne connaissent pas le rugby. » L’Argentin que nous avions quitté en pleine confusion des sentiments à Barcelone, affichait à Rio un sourire rayonnant, mais c’était avant l’élimination en prolongation en quart de finale.

Nicolas Augot
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