Ebersohn : « Dans le Sud, il y a deux mois de physique pur et dur »

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    Ebersohn : « Dans le Sud, il y a deux mois de physique pur et dur »
Publié le , mis à jour

Robert Ebersohn, l’ancien joueur de Montpellier et des Cheetahs établit le comparatif entre les préparations des franchises de super rugby et celles des clubs de Top 14. Les différences sont nombreuses.

Vous qui avez connu cinq saisons en Super Rugby et trois en Top 14, quelles différences pouvez-vous établir entre les préparations physiques propres à chaque compétition ?

En Super Rugby, le temps accordé à la préparation physique pure et dure est beaucoup plus long. Disons que tout le travail en question se fait sur au moins deux mois. En France, ça n’excède pas deux ou trois semaines. Le problème vient de la longueur du Top 14 qui raccourcit considérablement le planning de l’intersaison. Le championnat est étalé sur dix mois quand le Super Rugby n’en compte que cinq. Dans l’hémisphère Sud, tu as davantage de temps pour te reposer et te préparer quand, en France, tu dois mettre à profit les quatre semaines de coupure pour vraiment te régénérer mentalement. Il ne faut rien faire d’autre que se reposer. Les saisons sont tellement éprouvantes et exigeantes, sur le plan psychologique. Il y a une telle pression du résultat.

Pouvez-vous nous décrire la préparation type suivie dans l’hémisphère Sud ?

Pour commencer, pendant quatre ou cinq semaines, tu ne te consacres qu’à de la musculation. Il n’y a pas de travail de fond. Un peu de footing si tu veux mais pas plus. Car ta seule mission, vis-à-vis de ton staff, est de gagner en poids et en masse musculaire. Chaque jour, il faut compter une heure à une heure et demie de musculation. Tu t’entraînes de ton côté, tu n’as pas à te soucier de l’équipe. L’encadrement te fixe des objectifs : tu as ton poids du jour et celui que tu dois atteindre. La plupart des joueurs doivent se densifier et enchaînent les ateliers de renforcement tandis que certains avants doivent surveiller leur poids et veiller à s’affiner. Après viennent progressivement s’ajouter la course, le foncier, le travail d’explosivité et ce, pendant encore un bon mois. C’est seulement après que tu bascules sur la partie rugby, le travail stratégique, les mises en place…

Peut-on considérer la préparation en France comme étant plus éreintante ?

Oui, c’est plus exigeant et intense, d’autant qu’il fait particulièrement chaud pendant l’été. Tu dois être prêt en peu de temps. Il n’y a donc pas le choix : tu es obligé de combiner travail musculaire, courses et entraînement rugby sur la même période. Tu dois donc penser à ton corps, à ta préparation individuelle, mais aussi à l’équipe car il te faut intégrer tout le projet et prendre les repères. En Afrique du Sud, pendant un bon mois, tu n’as qu’une chose à penser : faire de toi un meilleur athlète en te musclant, en soignant tous tes petits pépins… Ma première préparation en France a donc été dure à supporter. Mes trois saisons à Montpellier m’ont depuis permis de m’y habituer. Mais heureusement que je n’ai pas d’enfant. Il n’y a personne pour troubler mon sommeil et m’empêcher de me reposer la nuit. Et encore, le Racing 92 et Toulon ont moins de temps que nous… Je compatis avec leurs joueurs.

Les moyens humains consacrés à la préparation sont-ils comparables entre les deux hémisphères ?

Les staffs sont à peu près aussi fournis et composés de la même manière. A Castres, nous avons quatre préparateurs et trois kinés, cela permet un suivi complet et ciblé, proche de ce que je connaissais en Super Rugby. Mais à mes yeux, la préparation reste une question d’engagement personnel. Cela dépend principalement de ta volonté. Ce n’est pas le nombre de personnes qui sont derrière toi ou la taille de la salle de musculation qui vont rendre ta préparation meilleure mais ce que tu veux en faire. En trois semaines, si tu y mets du tien, tu peux en faire autant qu’en cinq. Dans le même ordre d’idées, si tu as dix préparateurs à tes côtés mais que tu décides d’en faire le minimum, tu ne pourras pas être dans une forme optimale…

Et quid de l’investissement des joueurs ? Les Sud-Africains et les Sudistes de manière générale sont réputés plus sérieux que les joueurs français… Est-ce fondé ?

Non, à Castres, je trouve que tout le monde est très professionnel. Je n’ai rien à redire sur l’investissement des gars. Les coachs, le staff et tous les joueurs sont très concentrés et conscients de l’importance de cette phase dans la saison.

Peut-on affirmer que les joueurs évoluant dans l’hémisphère Sud sont mieux préparés physiquement que leurs homologues du Nord ?

Pour être complètement honnête, la préparation pure et dure, sur le plan athlétique, est effectivement meilleure en Super Rugby. C’est logique tout compte fait quand on voit le rythme des saisons, le temps de préparation et l’âge moyen des joueurs qui est inférieur à celui du Top 14. Mais le rugby n’est pas qu’une question de conditions physiques et une somme d’athlètes ne fait pas une bonne équipe. Ce n’est qu’un aspect de notre sport. Dans la dimension mentale et dans l’approche du jeu, en revanche, je trouve que les Français sont mieux préparés. Ils sont plus intelligents et davantage sensibilisés sur le plan stratégique.

Quel regard portez-vous sur cette première intersaison au Castres olympique ?

Il y a une bonne compréhension et tout le monde est sur la même longueur d’ondes. Il n’y a pas un entraîneur qui dit blanc et un autre noir une fois que nous sommes sur le terrain, il n’y a pas de joueurs qui discutent ce qui est travaillé… Tout est clair. Du coup, il n’y a pas de temps de perdu. Et heureusement d’ailleurs car il n’y en a pas à perdre cet été. Tout le monde sait où il veut aller et ce qu’il doit consentir comme efforts pour y parvenir. C’est très important à mes yeux. De mon côté, c’est une période capitale. J’essaie de prendre mes repères, de connaître les noms de tout le monde, de trouver ma place sur le terrain lors des oppositions… Ça fait beaucoup de choses à gérer mais ça se passe bien.

Vincent Bissonnet
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