Serin : « Heini est mon autre père »

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    Serin : « Heini est mon autre père »
Publié le , mis à jour

Baptiste Serin - Demi de mêlée de Bordeaux-Bègles Révélation de la saison dernière, le joueur de l’UBB doit désormais confirmer. Avec son club, tout d’abord, pour intégrer le Top 6 après lequel il court depuis plusieurs saisons. En équipe de France, ensuite pour s’inscrire dans la durée. Il se confie sur son évolution et l’apport de sa collaboration avec son ancien partenaire, Heini Adams.

L’UBB a bien négocié son entame de championnat face au champion en titre. Y avait-il des craintes après la fin de saison dernière ?

Forcément, on se pose des questions. En début de saison, pour un premier match, tout le monde se pose d’ailleurs des questions. Et ce qu’importe le club. Nous avions en plus l’honneur de recevoir un gros morceau, le Racing fait peur à tout le monde. Mais nous avons attaqué ce match par le bon bout. On s’est envoyé comme rarement et, au final, on ne vole pas la victoire. Même si nous n’avons pas été assez réalistes mais livré tout de même un bon match.

Personnellement, vous avez rejoué pour la première fois depuis la tournée en Argentine. Le Baptiste Serin d’aujourd’hui est-il le même qu’en mai dernier ?

(il hésite) Non, je ne pense pas. J’ai accumulé pas mal de matchs la saison dernière. J’ai engrangé de la confiance, de l’expérience avec deux sélections au bout. Alors, forcément, j’ai changé. Il me reste beaucoup de points à travailler mais je sais que j’évolue. Est-ce que la personne change aussi ? Non, je ne crois pas. Je n’ai pas envie de ça et j’y suis très attentif. Ma personnalité reste la même. Je garde les pieds sur terre.

Vous prolongez l’aventure puisque Guy Novès vous a retenu dans sa liste de joueurs « Élite ». Quel est son discours à votre égard ?

Les détails, je les garderai pour moi. Dans les grandes lignes, il me demande de rester dans mon cadre de travail et de continuer à bosser, parce que je ne suis pas arrivé. ça tombe bien, je suis d’accord avec lui ! (sourire) Je suis conscient qu’il me reste beaucoup de travail.

Un statut d’international change-t-il aussi le regard des autres à votre égard ?

Oui, évidemment. Surtout les sollicitations extérieures. Je crois que c’est le cas de tous les internationaux. L’attente des coachs aussi. Les internationaux, nous avons dû faire avec une préparation plus courte que nos coéquipiers mais les coachs nous ont demandé d’être prêts dès la reprise. Clairement, comme les autres internationaux, je serai attendu. Raphaël (Ibanez, N.D.L.R.) ne s’en est pas caché, d’après ce que j’ai lu dans la presse. J’ai aussi eu une discussion avec Emile Ntamack (entraîneur des trois-quarts, N.D.L.R.) en ce sens. Mais c’est normal.

Est-ce une crainte de devoir assumer ce statut ?

(il hésite) J’essaie de ne pas trop y penser. Je me remets en question sur mon travail. Je bosse vraiment dur. J’ai réalisé une saison correcte mais il me faut désormais enchaîner. J’ai aussi une grosse concurrence à Bordeaux, à mon poste. Je me concentre donc sur mon travail au quotidien, c’est le plus important.

Vous parlez d’une saison « correcte ». Pas bonne ?

Si, je suis satisfait. J’ai enchaîné les matchs, j’ai engrangé de l’expérience et j’ai la confiance des coachs. Sur le plan individuel, ce fut une saison riche pour moi. Mais elle n’est pas mieux que « correcte » parce qu’au bout, il n’y a pas la qualification avec mon club. C’est le gros point noir. J’ai eu du mal à le digérer.

Qu’est-ce qui bloque pour que l’UBB n’arrive pas à franchir cette étape du Top 6 ?

C’est difficile à dire. Il y a deux ans, ça se joue à une pénalité. L’an dernier, c’est un détail sur le match à Montpellier qui nous plombe, alors qu’il aurait pu nous faire basculer du bon côté. À domicile, on perd aussi deux matchs décisifs, Clermont et le Racing, sur des défauts de lucidité. De la justesse technique, des mauvais choix. J’espère que ces échecs vont nous faire grandir, qu’on va gagner en maturité.

Un an après, les joueurs ont-ils totalement digéré le départ de Vincent Etcheto ?

Ce ne sont pas vraiment mes histoires. C’est un problème entre le président et lui.

Ce n’est pas un secret que les joueurs étaient proches de lui…

C’est vrai et c’est un départ qui m’a affecté, effectivement. Vincent, c’est l’entraîneur qui m’a lancé en équipe première, celui qui le premier m’a fait confiance. Il était toujours là pour moi, au quotidien. Il était exigeant, ne me faisait pas de cadeaux mais il était toujours bienveillant. Et puis, c’était un entraîneur qui fonctionnait à l’affect. ça me plaisait, je fonctionne aussi comme ça. ça me ressemblait. J’ai été déçu quand il est parti, cela a été assez dur à digérer. Mais nous avons avancé. Nous avons rencontré un nouvel entraîneur avec Emile Ntamack qui a, lui aussi, beaucoup de qualités.

Malgré son départ, avez-vous gardé contact ?

Je l’ai eu pour le féliciter de sa montée avec Bayonne. On a échangé quelques messages. On s’est aussi appelés pour la dernière journée de championnat. Il y a trois semaines, l’UBB jouait à Biarritz, en amical. J’ai fait le déplacement et nous devions nous retrouver pour manger ensemble avec « Juju » Rey, Manu Saubusse, Félix Le Bourhis, Adam Jaulhac et Bertrand Guiry. Malheureusement, il a dû décommander. Mais je sais qu’il va venir bientôt à Bordeaux, avec Bayonne pour la quatrième journée. ça va faire bizarre de le voir à Chaban-Delmas avec un autre club. Mais c’est le rugby professionnel. Ce sera un match très important pour nous. Il faudra faire abstraction de tout cela.

Récemment, un intérêt de Montpellier à votre égard a été évoqué. Qu’en est-il ?

C’est flatteur, c’est un grand club mais franchement, il n’y a pas de contact direct. Peut-être que les agents en ont discuté avec le club, je ne sais pas. Moi, je suis en contrat avec Bordeaux jusqu’en 2019. La question ne se pose donc pas aujourd’hui.

En Argentine, il a beaucoup été question de la qualité de votre passe, à la fois précise et dynamique. Quel est le secret ?

Depuis tout petit, j’ai un ballon dans les mains. Dès l’école de rugby, j’ai beaucoup axé mon rugby sur la technique. C’est ce qui m’a toujours préoccupé, beaucoup plus que la dimension physique. Ensuite, pour ce qui est de la passe, je la bosse avec Heini Adams. Il m’aide beaucoup, il est vraiment de bon conseil.

Votre proximité avec Adams n’est pas un secret. Quel rôle joue-t-il dans votre évolution ?

Heini, c’est mon autre père. J’ai senti en lui l’envie de me transmettre, de me faire travailler et de me transmettre tout ce qu’il avait appris. Je l’ai pris comme ça. Je l’ai toujours suivi, depuis que je suis arrivé avec le groupe professionnel, et il a toujours été super avec moi. Il me conseille, il me fait des retours vidéo.

Qui est à l’initiative de cette relation ?

Au départ, des amis proches et qui connaissaient aussi très bien Heini m’avaient conseillé d’aller le voir, de lui demander de travailler avec lui. Au début, j’avais un peu peur d’aller vers lui. J’étais jeune et Heini, c’était la star du club. Je ne voulais pas le saouler avec mes problèmes et qu’il me dise: « j’ai ma carrière à gérer, j’ai mes objectifs personnels ». En fait, cela a été tout le contraire. Je crois qu’il attendait ça, qu’il était content que je le sollicite. Depuis ce jour, nous travaillons ensemble et nous sommes très proches. L’an dernier, quand il commençait une rencontre, j’étais aussi content à l’annonce de l’équipe que si c’était moi qui débutait. J’ai eu une chance énorme de l’avoir à mes côtés. Sans lui, je n’en serais pas là aujourd’hui.

Que vous a-t-il fait changer sur votre passe ?

Beaucoup de choses. La prise d’information, déjà, avant d’arriver sur la zone de ruck. Ensuite, la position des pieds, l’importance d’être bas sur les appuis, le réflexe de suivre sa passe. J’avais tendance à être trop haut et à trop porter le ballon.

Votre éclosion est précoce. Vous incarnez un contre-exemple, en plein débat sur la qualité de la formation française…

Nos instances travaillent pour améliorer les choses et c’est tant mieux. Mais ce n’est pas vraiment de mon ressort, je n’ai pas envie de me mêler à ce débat, sur ce qu’il faudrait faire. Ou pas. Simplement, je trouve personnellement que la situation s’améliore. Le cœur du problème, c’est le temps de jeu. Pour avoir côtoyé les équipes de France de jeunes, notre génération était riche en potentiels et en joueurs. Camara, Mignot, Fickou étaient avec moi chez les moins de 20 ans. On les retrouve aujourd’hui parce que, quand un club lance un jeune Français, il est rarement déçu. Il faudrait que tout le monde, que tous les clubs soient dans cette dynamique. Je vois mon parcours et j’aimerais que d’autres jeunes connaissent ma chance de jouer, de trouver un club qui n’hésite pas à le lancer.

Léo Faure
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