La tournée qui dérange tant

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    La tournée qui dérange tant
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Le calendrier de la tournée néo-zélandaise des Lions britanniques et irlandais, en juin et juillet, n’en finit plus de faire grincer des dents. Outre-Manche, on déplore la programmation et les cadences de l’événement. En France, ses prestigieux prétendants ne savent même pas s’ils pourront postuler.

Sportivement, la tournée des Lions britanniques et irlandais sur les terres des All Blacks en juin et juillet prochains représente un sommet de rugby. Mais en termes d’organisation, elle constitue un casse-tête et une source de problèmes intarissable pour les dirigeants et pour les joueurs. Une fois encore, le souci vient du calendrier : la première rencontre de la sélection est programmée le 3 juin face à une équipe provinciale. Soit tout juste une semaine après les finales de Pro 12 et de Premiership, et en même temps que celle du Top 14. Or, les dirigeants des Lions entendent rassembler les troupes et les acheminer dans l’hémisphère Sud quinze jours à l’avance. Une situation inextricable. Conséquences directes : les sélectionnés vont arriver en ordre dispersé, avec un minimum de repos et de préparation pour la plupart. Cette première échéance des Lions étant prévue hors fenêtre internationale, rien n’oblige en plus les clubs à libérer leurs salariés. Pour résumer, les joueurs y sont perdants, la sélection aussi. Et ce même si le premier choc face aux doubles champions du monde aura lieu seulement le 24 juin, soit trois semaines après le premier test.

En fin de semaine dernière, une vague de critiques s’est abattue, outre-Manche, sur cette organisation préjudiciable et sur le calendrier infernal proposé aux joueurs. Mark McCafferty est monté au créneau : « C’est un programme très pénalisant et je ne comprends pas pourquoi il a été validé. Mais maintenant, c’est trop tard », a regretté le président de la Premiership. « C’est regrettable d’avoir choisi une telle date pour la première rencontre alors qu’on connaissait la programmation des finales », déplore, de concert, Dai Young, le manager des Wasps. Au-delà de l’incohérence des agendas, la longueur de la tournée, avec dix matchs au programme, le dernier étant fixé le 8 juillet, interpelle : « C’est ridicule d’en prévoir autant, s’insurge le boss des Saracens, Mark McCall, inquiet pour la santé de ses protégés Itoje, Farrell et autres. Personne n’en parle car les Lions sont à part mais tout de même. Pourquoi en organiser dix ? Et n’était-il pas possible de débuter une semaine plus tard ? » En 2013, les joueurs de Leicester et Northampton avaient pâti de leur arrivée tardive, aucun d’entre eux n’ayant été aligné en Australie par Warren Gatland…

« Une ambition suprême » mais…

Cette fois, les victimes collatérales devraient être encore plus nombreuses. Les acteurs les plus pénalisés par l’agenda des Lions version 2017 se trouvent peut-être en France. Richie Gray et Leigh Halfpenny, deux des hommes en forme du début de championnat, peuvent finir leur saison au soir du 3 juin si leur équipe va jusqu’au Stade de France. Soit le jour du premier galop de la prestigieuse sélection. Le deuxième ligne et l’arrière voient ainsi leur participation à la tournée des Lions mise entre parenthèses. Suspendue, en tout cas, aux résultats de leur formation et à la politique de Warren Gatland - qui devrait être reconduit à la tête de la sélection le 7 septembre - quant aux possibles retardataires. Seront-ils appelés ? Seront-ils défavorisés ? Interrogés récemment, le Toulousain et le Toulonnais ont abordé le sujet avec précaution, sans évoquer le fond du problème. À quoi bon de toute façon pour ces deux expatriés, otages du système. « Bien sûr que j’aimerais y être mais il y a énormément de très bons joueurs à mon poste… Je vais faire de mon mieux. On va voir », nous a indiqué le premier, samedi ; « C’est une ambition suprême d’intégrer les Lions. Avant tout, il me faut prouver que j’ai retrouvé mon niveau avec Toulon et ensuite regagner ma place au sein de la sélection galloise », a répondu le second, à peine moins évasif, dans nos colonnes, il y a deux semaines. Une certitude : les deux partagent la même ambition. Mais auront-ils la possibilité de la mener à bien ? Personne ne peut le savoir. Cette tournée 2017 n’a pas fini de faire parler.

Vincent Bissonnet
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