Grisoli : « Pas à l’abri d’un accident grave »

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    Grisoli : « Pas à l’abri d’un accident grave »
Publié le , mis à jour

Le docteur Jean-Baptiste Grisoli, ancien médecin du RCT et du XV de France, s’inquiète des rencontres disputées en période de canicule. Et tire le signal d’alarme.

Est-il raisonnable de faire jouer une journée de Top 14 sous des températures caniculaires ?

Clairement non. Effectuer un match de haut niveau sous une température caniculaire, c’est même franchement dangereux. De telles températures, comme on a vu ce week-end, ça ajoute du stress, ça peut créer une déshydratation qui peut engendrer des troubles vasculaires, des troubles de confusions. Sans même évoquer les insolations. Ça ne viendrait à l’idée de personne de faire du sport ou d’envoyer son enfant faire du sport par 40 °C. Pour moi, c’est anormal et c’est un risque encouru pour les athlètes.

Avez-vous le sentiment qu’il faudrait un accident pour que des mesures plus importantes soient prises ?

Exactement. Une déshydratation peut très bien entraîner un problème cardiaque. Le rugby français n’est pas à l’abri d’un accident grave. Franchement, on n’est pas cohérent. Il y a des messages d’alerte partout à la télévision, à la radio pour dire qu’il ne faut pas sortir de chez soi, qu’il faut boire, qu’il faut se protéger. Et pendant ce temps, on fait jouer des matchs de rugby professionnels en plein soleil. Ce n’est pas parce que les joueurs ont 20 ans qu’ils ne sont pas exposés au risque. Les joueurs ne sont pas de la chair à canon. Les commissions médicales doivent reprendre la main.

Pourquoi les responsables du rugby français prennent-ils alors ce risque ?

Il faut leur poser la question (rires). Mais je pense qu’il y a des contrats qui sont signés avec les télévisions et qui doivent être respectés. Sans doute, le diffuseur n’a pas de marge de manœuvre pour adapter les horaires aux fortes chaleurs proposées dans l’après-midi. Surtout au dernier moment. Mais je m’interroge quand même sur le niveau de performance des joueurs. Les fortes chaleurs ont un impact non négligeable sur la qualité du spectacle. Rugbystiquement, ça n’a aucun intérêt de jouer dans ces conditions.

La précaution d’instaurer des pauses fraîcheur toutes les vingt minutes vous paraît-elle suffisante ?

C’est le strict minimum. Seulement, il faudrait, par exemple, plus de liberté pour les porteurs d’eau. Que ces derniers puissent entrer à tout moment sur le terrain. Je trouve regrettable qu’on interdise les porteurs d’eau dans l’en-but. Il faudrait également qu’à tout moment les joueurs puissent pouvoir absorber des solutions réhydratantes. Par ailleurs, une mi-temps d’un quart d’heure, dans ces conditions, est-elle suffisante pour refroidir le corps, se réhydrater et repartir ? La question se pose. Tout comme la question se pose aussi du danger pour les spectateurs dans les stades. Rester pendant une heure et demie pour certains en plein soleil, au milieu d’une foule, n’est-il pas dangereux ? Quand je vois qu’il y a des enfants dans les stades avec de telles températures, je m’inquiète pour eux.

Existe-t-il un risque a posteriori du match ?

Pas de risque majeur, seulement il y a un coût énergique bien plus grand à jouer sous de telles chaleurs et forcément il y a un degré de fatigue bien plus élevé pour les joueurs. Je suis sûr que les joueurs vont mettre plusieurs jours à récupérer cette semaine.

Arnaud Beurdeley
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