Lorenzetti " Il n'y a plus de pauvre dans le rugby français "

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    Lorenzetti " Il n'y a plus de pauvre dans le rugby français "
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Mardi prochain, Jacky Lorenzetti fera sa rentrée officielle auprès de ses joueurs. Une occasion, pour le président du Racing 92, de les inviter au cœur de leur futur outil de travail : l’Arena 92. En attendant, il a accepté de revenir sur les dernières semaines qu’il a vécues dans la peau d’un champion de France. Ce qui ne l’a pas empêché, comme à son habitude, de se projeter vers l’avenir et d’envoyer quelques messages.   

Propos recueillis par Arnaud Beurdeley

 

Qu’est-ce que ça change pour vous d’avoir le Bouclier de Brennus tous les jours à la maison ?

On construit le Racing depuis des années pour être au plus haut niveau. La première étape est réussie, il reste le plus difficile à réaliser : durer. Mais, il faut être clair : ça apporte plus de sérénité. Et paradoxalement un peu d’appréhension aussi. Comment allons-nous gérer l’après-titre ? Comment les joueurs vont-ils digérer ça ? C’est donc un sentiment de sérénité mêlé à un peu d’inquiétude.

 

Êtes-vous de ceux qui pensent qu’il est plus difficile de conserver un titre que de le gagner ?

C’est plus difficile de durer que d’être, c’est une certitude. Quel que soit le secteur d’activité, que ce soit dans le monde de l’entreprise, dans la musique, l’art ou le sport, le plus important, c’est de durer. On construit le Racing avec cet objectif. On va vite savoir si nos fondations sont solides.

 

Ce titre de champion de France tombe-t-il à point nommé dans la perspective du développement du Racing 92 ?

Si on avait pu être sacré champion de France plus tôt, j’aurais été satisfait aussi. On n’a quand même pas fait exprès de gagner le championnat la saison dernière. Maintenant, c’est vrai qu’en septembre 2017, nous allons entrer dans l’Arena, avec un peu de retard. On a donc décalé un peu la vente des hospitalités, la vente des loges. Nous allons lancer tout une campagne commerciale autour du club avec l’étiquette de champion de France en titre. Ce n’est pas rien.

 

Sentez-vous un frémissement dans le développement du club ?

On sent un vrai frémissement. Nous avons beaucoup de demandes par exemple pour le maillot, notamment de grandes sociétés internationales. Malheureusement, nous n’avons plus de place. Nous allons essayer de les satisfaire sur d’autres objets de communication. Ensuite, nous avons renouvelé tous nos contrats de partenariat. Peut-être un peu trop tôt car nous n’avons pas pu les augmenter (rires). Mais ça, c’est déjà une satisfaction car beaucoup de nos partenaires sont des fidèles de la première heure. Et c’est bien qu’ils bénéficient aussi de cette « prime ».

 

À titre personnel, comment vous sentez-vous ?

Je l’ai déjà dit, j’ai longtemps été en lévitation. Je n’avais sans doute jamais ressenti ça auparavant. Dans le monde des affaires, il n’y a pas de Brennus, pas de Graal, pas de finale, pas d’explosion de joies. C’est du long terme. Là, dans les conditions dans lesquelles nous avons gagné, c’était homérique. J’ai bien profité des vacances pour continuer à planer. Les joueurs aussi peut-être. On a repris trop doucement puisqu’on s’est fait battre à Bordeaux. Le titre est aujourd’hui remis en jeu, il ne nous appartient plus. Tant mieux. On attaque un nouveau challenge et moi, personnellement, je vais continuer à faire ce que j’aime : entreprendre. Ouvrir les portes les unes après les autres et voir si derrière il y a toujours des bonnes choses.

 

Est-ce possible de faire mieux ?

Toulouse l’a montré en alignant neuf titres de champion de France et quatre Coupe d’Europe sous l’ère Bouscatel, qui est un homme remarquable. Le Stade français, avec Guazzini, a fait mieux que nous. Toulon aussi. Je ne suis pas encore en position de jouer les gros bras.

 

Donnez-vous priorité à la Coupe d’Europe cette saison ?

Non, je ne peux pas dire ça. Ce serait méprisant de dire que j’ai une préférence pour une compétition. Digérons d’abord le titre, qualifions-nous pour les phases finales dans les deux compétitions et on verra bien une fois qu’on y sera.

 

Quel regard portez-vous sur le Top 14 aujourd’hui ?

Je me réjouis de voir son homogénéité. Quand je regarde les budgets des clubs, il y a un événement extraordinaire à souligner. Il n’y a plus de club pauvre dans le rugby français. Il y a une dizaine de clubs entre 20 et 30 millions de budget, selon ce que les clubs mettent dedans, qui sont armés pour le titre. Et puis, il y a deux pseudo-pauvres, qui ne le sont pas vraiment, puisque Brive et Bayonne sont entre 16 et 18 millions d’euros, c’est-à-dire des budgets qui permettent de lutter. Le Salary Cap a eu une vertu, heureusement ou malheureusement, de plafonner les clubs et de créer une homogénéité. Ce qui n’est pas le cas dans le football. Le PSG est à 500 millions d’euros de budget quand le suivant Lyon est à 200 millions. Soit un écart de 250 %. À mon sens, la Ligue 1 est totalement inintéressante puisqu’à Noël, on connaît déjà le champion de France. C’est tout le paradoxe de ce sport, qui est attirant, mais qui est complètement fou.

 

Seriez-vous devenu un fervent supporter du Salary Cap ?

Non pas du tout. Je suis contre toute réglementation. Le Salary cap est injuste par le fait qu’il ne peut pas être contrôlé. Mais sur le fond, je suis pour la raison et une certaine moralité. Pour moi, l’argent doit être au service du sport. Et non pas l’inverse.

 

Vous avez souligné les qualités du président Bouscatel. Partagez-vous le constat qu’il dresse du mandat de Paul Goze à la tête de la LNR ?

Non, pour moi, le mandat de Paul Goze est un véritable succès. Sauf la trahison sur les indemnités perçues par les clubs fournisseurs de joueurs internationaux. Ces clubs-là avaient donné leur accord à la signature de la convention avec la FFR pour libérer les joueurs plus longtemps et offrir un plus grand confort au XV de France. Nous l’avons fait avec beaucoup de cœur, de franchise, d’enthousiasme. Avec une contrepartie financière qui devait être minimum de 2000 euros, voir 2 500 ou 3 000 euros, journaliers par joueur. Nous étions partis sur cette base-là et au final on s’est retrouvé cocu car le montant est resté à 1 300 euros.

 

Ça vous a mis en colère ?

Bien sûr car la Ligue Nationale de Rugby considère aujourd’hui qu’un international vaut 240 000 euros par an, ce qui est une imposture totale (rires). Qu’on me trouve un international français à 240 000 euros par an, même à 300 000 euros, je prends tout de suite. J’en prends même une douzaine (rires).

 

Plus globalement, comment avez-vous accueilli le projet de développement de la LNR avec une création d’une troisième division professionnelle ou la encore la création d’un circuit professionnel à 7 ?

 

Je l’ai vécu de l’intérieur en participant à certaines commissions notamment sur le développement géographique. C’est bien que la Ligue, comme toute bonne entreprise, se mette en perspective à cinq ou sept ans. Le développement géographique, il faut le transformer. Vannes en Pro D2, c’est bien. Il faut les aider. Il faut donner un coup de main à Lille, ou encore à Strasbourg. Quant au rugby à 7, s’imaginer qu’on peut être champion olympique avec une seule équipe professionnelle, je n’y crois pas beaucoup. L’équipe de France a besoin de choisir au cœur d’un vivier de 500 joueurs professionnels. n

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