Godignon : " Méla le racontera à ses petits-enfants "

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    Godignon : " Méla le racontera à ses petits-enfants "
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Le manager de Brive Nicolas Godignon a accepté de revenir sur les coulisses de cette victoire historique à Mayol. Au-delà, il se confie sur l’évolution constante de son équipe et de son club, plus petit budget du top 14.

Avez-vous conservé la photo de votre première place au classement ?

(Sourires) Franchement, je n’en tiens pas compte. Nous sommes premiers, tant mieux, mais la seule chose qui m’intéresse est d’avancer. On va aller à Grenoble, recevoir La Rochelle, aller à Montpellier et recevoir le Racing. Si on commence à s’emballer… On n’a rien gagné. Si on ne remporte plus un match, Brive va avoir l’air coquin avec ses dix points au compteur.

 

 

Mais vingt heures après le coup de sifflet final, que reste-t-il de l’exploit à Mayol pour vous ?

La victoire avant tout. J’ai eu le temps de revoir la rencontre, de faire l’analyse vidéo. Une fois ces séquences décortiquées, je ne suis plus dans l’émotion mais dans l’aspect technique et stratégique. Cela permet de dédramatiser parfois quand ça ne se passe pas bien, mais aussi de relativiser d’autres fois. Là, c’est le cas.

 

 

Mais à la fin du match, qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup de joie et de fierté. Dans la carrière d’un joueur ou d’un entraîneur, ce n’est pas donné à tout le monde de l’emporter à Mayol. Je crois que Brive y avait gagné à seulement deux reprises lors des trente dernières années. Nous avons écrit une page de l’histoire du club. J’ai vécu d’autres moments, presque anodins, qui ont été plus intenses comme entraîneur de Brive mais je retiens la solidarité des joueurs. Après, je sais que Toulon a l’habitude de perdre une fois par saison sur son terrain contre une équipe surprise. Dans vingt-deux journées, je vous dirai si ce qu’on a fait était grand.

 

 

Vous nous confiez en début de semaine passée être persuadé que l’exploit était possible…

On a toujours l’impression qu’on peut le faire. Reste à s’en donner les moyens. Notre rôle, en tant qu’entraîneur, est d’être des facilitateurs, d’amener nos joueurs à être persuadés qu’ils peuvent y arriver. Mais, effectivement, on connaissait la situation des Toulonnais, on savait qu’ils revenaient officiellement à Mayol, qu’ils restaient sur deux sorties difficiles, qu’ils n’avaient pas mis en place leur rugby… On a d’ailleurs vu toutes leurs approximations samedi soir, ce qui a nourri notre confiance au fil du match. Le contexte était positif pour nous. Même si, qu’il le soit et qu’il le reste, est parfois différent.

 

 

Quel plan aviez-vous mis en place alors ?

On s’est surtout dit que, quand on voit la qualité de ce genre d’équipes, jouer à l’extérieur n’est pas plus dur qu’à domicile. Clermont gagne neuf fois hors de ses bases par saison. Je suis certain que si on est en mesure de battre le RCT ou l’ASMCA à la maison, on peut le faire chez eux aussi. C’est typique de notre culture française de la défense du clocher… Mais, sincèrement, il n’y a pas eu de plan ou de préparation spécifique pour ce match. Je vous assure qu’on l’a préparé comme la réception du Stade français ou le déplacement à Lyon. Puis j’ai revu les images et je me rends compte que cette victoire a surtout été possible du fait de la contre-performance de Toulon. Plus que de la performance de Brive.

 

 

Ceci alors que vous aviez effectué dix changements par rapport au succès face à Paris…

C’est super pour le groupe. Cela apporte du crédit et valide nos choix d’entraîneurs. Nous nous retrouvons dans une situation où les joueurs te donnent raison. Puis cela permet d’impliquer tout le monde dans le projet. Les mecs se sont offert ce confort. C’est notre force. Bien sûr, cela peut nous donner quelques mots de tête pour les futures compositions mais, avec des maux de tête comme ça, on s’en sort toujours (sourires).

 

 

Ce genre de victoire offre une autre exposition sur vous, et des attentes. Que pensez-vous de l’évolution constante de votre équipe et du club en général depuis trois ans ?

On essaye d’avancer avec humilité et avec nos moyens. Le plus petit budget du Top 14 ramène six points en deux déplacements. C’est dur de faire mieux mais ce championnat est si difficile que personne ne peut affirmer qu’il possède la recette miracle. Certains font avec des gros budgets, d’autres avec de l’affectif. C’est notre cas. Mais, à l’arrivée, cela reste du rugby et je vous assure qu’on n’a pas de potion magique. On cherche juste à nous améliorer au quotidien. Les joueurs à l’entraînement, les coachs dans leur boulot, et les dirigeants pour assurer l’avenir financier du club. Mais je n’ai pas l’impression que Brive ait une solution miracle ou des leçons à donner.

 

 

Mais gagner à Toulon ne peut-il pas donner l’ambition de venir concurrencer les poids lourds ?

Pas du tout. Il suffit d’une série moins bonne, d’une victoire bonifiée de certains de nos concurrents et tout le monde nous repasse devant. Nous n’avons disputé que trois journées. Et quand je vois les Rochelais gagner à Grenoble et Castres avec un si gros volume de jeu, je suis quand même plus impressionné par ce qu’ils font que par ce que fait Brive. Non, notre ambition demeure d’assurer un maintien serein. Moi, aujourd’hui, je suis juste content d’avoir gagné à Toulon et je peux vous dire que, dans le vestiaire, il n’y avait pas un mec qui s’imaginait quoi que ce soit… Bon, c’est quand même un clin d’œil sympa pour Péjoine et Mela (qui vont mettre un terme à leur carrière en fin de saison et qui célébrait leur première titularisation de l’exercice, N.D.L.R.). Péjoine avait déjà gagné à Mayol, pas Mela. Je suis content pour lui. Il pourra le raconter à ses petits enfants autour du feu. 

 

 

Jérémy Fadat
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