Médard: « Clément m’a passé le témoin »

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    Médard: « Clément m’a passé le témoin »
Publié le , mis à jour

Opéré d’une épaule derrière la tournée des Bleus en Argentine et une saison exemplaire sur le plan personnel, il a repris l’entraînement ces dernières semaines et participé à l’échauffement au Racing 92 dimanche. Il pourrait effectuer son retour face à Toulon. Confidences.

Vous étiez présent dans le groupe élargi à Colombes dimanche dernier. Quelle sensation cela vous a-t-il procuré ?

Je savais dans la semaine que je serais le 25e homme. Ça fait plaisir de revenir dans le groupe, d’être dans le bain même si j’étais conscient que je n’allais pas forcément être sollicité. Je me suis concentré, échauffé comme si j’étais amené à remplacer un blessé de dernière minute. Du coup, j’ai senti un peu cette pression du match. C’est agréable après l’opération et la rééducation… On m’avait dit entre deux et trois pour le retour. Cela fait un certain temps que je m’entraîne avec les autres, même si j’étais mis de côté au moment où il y avait des contacts. Petit à petit, les sensations reviennent. J’en suis satisfait mais rien ne remplace une rencontre.

Vous sentez-vous prêt à disputer une rencontre de Top 14 justement ?

Je me sens… (Il hésite) Je suis bien, en fin de rééducation, dans le protocole. Ce n’est pas moi qui choisis désormais. Je me tiens à disposition. Si le docteur, les kinés ou les préparateurs sentent que je suis capable de faire un match, alors j’ai envie de prétendre à jouer ce week-end.

Vous aviez anticipé cette opération l’an passé. Est-ce une décision dure à prendre ?

Non, je le savais. J’ai joué pendant six mois avec une épaule dans la boîte à gants comme on dit (sic). J’avais du mal à lever le bras dans la vie quotidienne. Sur le terrain, j’avais des difficultés à plaquer. Cette période fut franchement dure, avec beaucoup d’examens, de mésothérapie pour atténuer la douleur. J’avais compris depuis longtemps que je devais me faire opérer. Il était aussi prévu que je subisse une intervention pour le poignet mais, finalement, le chirurgien a trouvé que j’avais guéri pour l’instant. On verra. Peut-être que l’été prochain, je ferai le poignet (rires).

Vous avez quand même reculé la date de l’opération pour pouvoir partir en tournée avec les Bleus en Argentine, après le barrage perdu avec Toulouse en juin…

Quand on a l’opportunité de rejoindre l’équipe de France, c’est délicat de refuser. J’ai joué durant six mois avec une épaule en moins, je me suis dit que je n’avais que deux semaines supplémentaires à serrer les dents et à tenir. Puis, tout s’est bien passé, au niveau de la santé et sportivement. Bon, je ne vais pas cacher que dès qu’on m’a enlevé deux bouts cartilage et un bout d’os trois jours après mon retour, je me suis vite senti soulagé.

À titre personnel, derrière une saison convaincante, ce succès face aux Pumas vous a-t-il permis de terminer l’exercice sur une bonne note ?

Oui, c’est vrai. Nous avions de lourds regrets après ce quart perdu au Racing. On voulait tellement bien finir avec les départs d’historiques de ce club… Cela nous tenait à cœur mais ça n’a malheureusement pas été le cas. Alors partir deux semaines et réaliser un bon match avec les Bleus a fait du bien au moral.

Surtout qu’avec Spedding et Dulin, la concurrence est rude à l’arrière…

Tant mieux pour l’équipe de France, surtout que nous sommes assez polyvalents tous les trois. Cela nous permet, ainsi qu’à Gaëtan (Germain, N.D.L.R.) qui progresse chaque saison, de nous titiller (sic). C’est capital. J’espère que l’équipe nationale va profiter de ce genre de concurrence et grandir. En tout cas, elle nous oblige à être constamment en recherche du progrès.

Depuis quelques années, vous étiez souvent soupçonné de vous laisser aller ou de manquer de sérieux. La régularité de vos performances la saison dernière a-t-elle changé les regards sur vous ?

Sincèrement, je ne sais pas… On a souvent dit certaines choses à mon sujet. Mais les gens ne me connaissent pas. Ou pas tous. Car on m’a toujours inculqué le sens du travail et de l’effort pour réussir. Oui, cela a été plus dur à quelques périodes de ma carrière. C’est la vie… Je suis un humain et j’ai mes moments faibles. Mais, l’année dernière, je suis parvenu à m’installer à l’arrière en club, notamment avec les problèmes à la cheville de Clément (Poitrenaud) qui l’ont empêché de jouer. Cela m’a aidé même s’il n’y a aucune prétention dans ce que je dis. Je n’ai pas le numéro quinze accroché dans le dos et je suis capable d’évoluer à l’aile. Les choses peuvent vite bouger. Si, demain, je réalise un sale match, je peux aller faire un tour sur le côté.

Vous parliez de Poitrenaud, avec qui vous partagiez ce poste d’arrière à Toulouse depuis dix ans. Son absence est-elle déroutante pour vous ?

Ça fait bizarre même si je n’ai pas forcément envie d’être nostalgique… Je veux vivre le moment présent et penser à l’avenir. Mais les départs de la dernière intersaison nous ont touchés. On sait tous qu’à un moment, soit tu t’arrêtes, soit tu n’es pas reconduit par le club, soit tu dois aller voir ailleurs. C’est la loi du sport. (Il souffle) Mais, oui, ça fait bizarre pour Clément. Pendant dix ans, nous avons été en concurrence mais c’était sain. On s’appréciait, on était amis. Dans quelques années, ce sera à moi de passer le témoin comme Clément me l’a passé.

Venons-en à Toulon, que vous recevez alors que le club semble en crise. Comment appréhender la réception d’un RCT blessé ?

Il faut toujours se méfier d’une bête blessée. Toulon reste un sacré morceau, une grande équipe avec de grands joueurs, de grands entraîneurs, un grand président. Je me rappelle juste que la saison passée, le RCT a aussi commencé par des moments difficiles et a terminé en finale. Cette formation est dans le dur aujourd’hui mais cela ne veut rien dire. Je ne m’inquiète pas pour elle et nous sommes prévenus.

Individuellement, votre défi sera-t-il désormais de conserver votre constance des derniers mois ?

Cela douze ans que je suis professionnel. Toulouse, c’est ma famille et j’ai envie d’apporter toujours plus. Chaque fois, chaque match, chaque année. Je suis un éternel insatisfait et je veux tout le temps prouver que je peux faire mieux. C’est parfois rongeant pour moi… Car c’est bien de souffler un peu aussi Mais j’ai du mal à avoir cette démarche. Ce que je veux, c’est que les gros viennent me féliciter à la fin du match.

Quand on est un enfant du Stade, on a grandi avec la culture du succès. Vous devez avoir soif de titres…

Lorsque tu joues à Toulouse, tu es là pour aller chercher quelque chose. Cela fait un moment qu’on n’a pas ramené un bouclier ou une Coupe d’Europe (depuis 2012). Il y a eu un renouveau au sein du club. Gagner un titre redonnerait un élan au Stade qui, je trouve, en a bien besoin. On ne peut pas se reposer sur des années de gloire, avec l’image d’une équipe qui gagnait un titre par saison. Ce n’est plus vrai. à nous de montrer un visage blessé et conquérant. Mais ça doit se faire en famille et on a besoin de tout le monde.

Jérémy Fadat
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