Coll , l’anti-Star Academy

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    Coll , l’anti-Star Academy
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À la fin du mois de septembre, il sortira un album contenant une douzaine de chansons écrites par ses soins. L’aboutissement d’un long parcours pour le catalan, qui vit sa passion pour la musique en parallèle de sa carrière rugbystique.

Son profil n’intéresse pas seulement les recruteurs du Pro D2. Ceux de M6, aussi, lui font les yeux doux. Il y a quelques mois, le trois-quarts columérin Cédric Coll a été contacté par le directeur de casting de l’émission « La France a un incroyable talent » pour participer à la nouvelle saison de l’émission. Refus catégorique du joueur : « Parce que je n’estime pas avoir un incroyable talent ! se marre-t-il. Ils m’ont relancé à plusieurs reprises mais je n’ai jamais envisagé d’accepter. Je ne suis pas du genre à faire de la téléréalité. Et puis, je ne suis pas magicien ou contorsionniste. Je suis juste quelqu’un qui chante. » Et qui, en plus d’être beau gosse, joue dans un club de rugby professionnel. Tu parles que ça intéresse la télé !

S’il va sortir un album dans les prochains jours, ce n’est pas la lumière que cherche Cédric Coll. Ce qu’il veut, c’est faire sa musique. Et chanter ses compositions. Il avait déjà refusé d’être l’interprète du tube de l’été proposé par le boss d’Universal, Pascal Nègre, il y a quelques années. Rien que ça ! « Je n’avais absolument pas envie de courir torse nu sur la plage en criant le titre de la chanson. » à ce moment-là, le Catalan d’origine était en contrat avec un certain Max Guazzini. L’ancien président du Stade français, cofondateur d’NRJ, avait été convaincu par son talent lors d’une séance photo pour le calendrier des Dieux du Stade 2012. « C’était en plein shooting. Il était à poil et il chantait. J’ai trouvé sa chanson pas mal et j’ai décidé de lui donner un coup de main. » Les deux hommes signaient un contrat portant sur trois albums, dont les chansons étaient écrites par des compositeurs de renom. Plusieurs morceaux ont été enregistrés mais l’accueil dans les maisons de disques fut décevant. « Ce n’était pas mon univers musical et cela ne me correspondait pas alors nous avons décidé, d’un commun accord, de rompre le contrat, explique le joueur. Max s’est investi, cette histoire lui a coûté de l’argent et je n’avais pas envie de le décevoir. Mais je ne voulais pas être un artiste mouchoir. Je fais de la musique parce que j’ai des choses à raconter et que ça me passionne. »

Un groupe avec des joueurs de Colomiers

Alors il n’a pas lâché. Malgré la déception, Cédric Coll s’est accroché à son rêve. « Il a du talent, c’est indiscutable, alors il a raison de le faire », assure Max Guazzini, qui est resté en très bons termes avec le rugbyman et déjeune avec lui chaque fois que ce dernier vient à Paris. En 2013, l’ancien Perpignanais, Montalbanais et Aixois a monté un groupe avec plusieurs coéquipiers de Colomiers : « The Entertainers ». « Je savais que des joueurs de l’équipe étaient capables de jouer le jeu. Le pilier Thomas Dubois chante et a même sorti un album au lycée, le demi de mêlée Sébastien Inigo joue du piano, l’ailier Clément Lagain de la guitare. Il y avait aussi le deuxième ligne Uili Kolo’ofai, qui composait et qui rappait. Avec deux personnes extérieures, nous avons monté ce groupe pour chanter devant les enfants du club, au départ. Puis nous avons eu notre petit succès. Nous nous sommes produits à la garden-party du club et dans quelques restaurants toulousains. C’était une très belle aventure. » Qui s’est terminée au départ du colosse tonguien, aujourd’hui licencié en deuxième division anglaise, à Jersey. « La question s’était posée de continuer après le départ de Uili mais j’ai préféré qu’on arrête parce que je ne voulais pas que cela puisse nuire aux membres du groupe. Vous savez, les raccourcis sont vite faits et certains pouvaient dire que nous pensions plus à faire de la musique qu’à jouer au rugby. Ce sont des choses qu’on peut entendre. »

Sur les terrains d’abord. Cet été encore, lors d’un match amical à Montauban, un adversaire a intimé à Cédric Coll de repartir chanter alors qu’il se préparait à tenter une pénalité. « Je m’en fiche complètement », sourit-il. Cela n’a pas toujours été le cas : « Je me suis posé la question avant de me lancer. C’était il y a six ou sept ans. Un préparateur physique avec lequel je travaillais (Jean-Guy Pichoustre, N.D.L.R.) possédait des studios d’enregistrement et m’avait proposé de faire de la musique. Mais j’ai eu besoin de réfléchir. Il fallait accepter qu’on me chambre un peu ou qu’on m’appelle Claude François sur le terrain. Aujourd’hui, j’assume complètement. » D’autant que le regard de ses congénères est plus souvent bienveillant : « Mes coéquipiers me soutiennent beaucoup. Cela me touche. J’ai créé un compte Twitter et une page Facebook pour lesquels Damien Neveu m’aide énormément. Sébastien Inigo réalise mes clips. Sans lui, je n’aurais pas pu les faire. Thomas Dubois et Clément Lagain sont toujours là, également. » Ses coéquipiers, aussi, qui entonnent ses chansons dans le bus à la moindre occasion. Même ses adversaires jouent le jeu : « Quand j’ai sorti mon single, Maxime Petitjean a twitté une photo avec le disque et ses coéquipiers. Benjamin Fall ou Guilhem Guirado aussi ont filé un coup de main. C’est sympa et ça me donne du courage. »

Une scène avec Doushka

Il en faut. Car faire de la musique aurait pu aussi heurter en interne, au club. « Alain (Carré, N.D.L.R.) ne m’a jamais fait de reproches par rapport à ça. Fred Boitier, le nouveau directeur général, m’a même proposé de vendre mon album à la boutique du club. Quant à Bernard (Goutta), il me taquine de temps en temps mais si les résultats suivent, il ne dit rien. Il a raison de me remettre les idées à l’endroit, parfois. » Le technicien a pourtant eu besoin d’un peu de temps pour s’y faire : « J’avais des doutes au départ. J’avais peur que Cédric et les autres s’éparpillent. Mais avec le recul et l’expérience, j’ai compris qu’il est important que les joueurs s’épanouissent en dehors du rugby. Ce sont des mecs intelligents, qui ont continué à être performants sur le terrain alors je ne mettrai jamais mon veto à leurs activités. Mon rôle est simplement de les re-sensibiliser sur le rugby à certains moments parce qu’il ne faut pas oublier que cela reste leur gagne-pain. J’ai eu des discussions avec Cédric à ce sujet et il l’a compris. » Goutta connaît bien Cédric Coll pour l’avoir vu débarquer à l’Usap alors que lui-même y était encore joueur. « J’avais vu arriver un minot avec énormément de talent et déjà un peu poète, se remémore-t-il dans un sourire. D’ailleurs, c’est comme ça que je les appelle, lui et tous ceux qui étaient dans le groupe : le cercle des poètes disparus pour le rugby ! »

À la fin du mois, Cédric Coll sortira son premier album. Un disque « en français, aux sonorités funk et soul » qui lui ressemble et dont il a écrit l’ensemble des textes : « Je ne suis pas Bashung mais j’ai essayé d’écrire un album qui raconte une histoire, celle d’un garçon qui rêve des seventies, qui crée un groupe avec ses copains. Ce n’est pas vraiment autobiographique, même si je me suis servi d’expériences que j’ai vécues. J’ai pris énormément de plaisir à faire ce disque. » à le porter, aussi, devant le public. à Toulouse, pour la fête de la musique, ou à Arles-sur-Tech, chez lui, où il a chanté avec Doushka, l’ancienne égérie de Disney, et Houcine, finaliste de la deuxième Star Academy de TF1. Cet album constitue l’aboutissement d’un long cheminement, débuté en janvier et pour lequel il a travaillé une à deux soirées par semaine depuis : « Je me suis dit que je n’avais finalement besoin de personne et j’ai demandé à Lionel Bousquet, qui possède un label toulousain avec Frédéric Michalak (Hook in track), s’il voulait bien me suivre. Nous avons signé pour un album. Il ne reste plus que quelques réglages à effectuer et il sera bientôt disponible sur Itunes, Spotify et Deezer. » Au total, l’aventure lui aura coûté 8 000 à 10 000 €. « J’espère rentrer dans mes frais. ça prendra le temps que ça prendra mais cela aura été une belle aventure humaine, comme celles qu’on vit en rugby. »

Quoi qu’il advienne, Cédric Coll aura gagné. Trois de ses titres sont déjà disponibles sur les plateformes de téléchargement et le clip de sa reprise de « Part Time Lover » de Stevie Wonder a été visionné plus de 175 000 fois sur Youtube. « Cédric a bossé comme un dingue, témoigne Sébastien Inigo. Il a eu des coups durs mais n’a jamais baissé les bras. S’il réussit dans ce milieu, je peux vous dire qu’il sera allé chercher son succès. » Du caractère, en plus d’un incroyable talent.

Digest :

Né le : 8 août 1988 à Céret (Pyrénées-Orientales)

Mensurations : 1,84 m, 86 kg

Poste : Ouvreur, centre, arrière

Clubs successifs : Perpignan (2008-2009), Montauban (2009-2011), Aix-en-Provence (2011-2012), Colomiers (depuis 2012 - fin de contrat en 2017)

Emilie Dudon
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