Garcès : «L’arbitre doit accompagner les attitudes positives»

L’arbitre international Jérôme Garcès s’exprime sur l’arbitrage de la mêlée, ces nouveautés et tout ce qui l’implique.

Depuis le début de la saison, les arbitres adoptent des directives très strictes vis-à-vis des mêlées, qui suscitent certaines incompréhensions. Pourquoi cette nouvelle forme d’arbitrage ?

Nous sommes tout simplement partis dans l’idée de faire respecter strictement les règles existantes, puisque hormis celle de la ligne de hors-jeu pour le demi de mêlée, il n’y a pas eu de modification concernant l’affrontement en mêlée. Ces consignes ont été données devant un état de fait : moins de 40 % des mêlées permettent de jouer le ballon en Top 14. On ne pouvait pas continuer comme ça, il fallait réagir. Les directives sont strictes, qui consistent à ne plus faire refaire de mêlée. À chaque fois qu’une mêlée tombe, une décision doit être prise. Cela correspond aussi à l’objectif de la sécurité des joueurs : lorsque vingt mêlées tombent par match, cela ne peut pas être sans conséquence pour les première ligne.

À titre personnel, on vous a souvent observé en train de parler à l’oreille des première ligne pendant leur poussée. L’arbitre a-t-il vocation à se muer en pédagogue, pour ne pas dire en entraîneur ?

Il y a plusieurs choses : soit les joueurs trichent et font tomber la mêlée parce qu’ils ne veulent pas subir, auquel cas il faut sanctionner. Mais lorsque l’on voit que les première ligne adoptent d’excellentes postures, leur parler pendant que la mêlée se joue peut les aider à les conserver, et à faire en sorte que celle-ci se joue proprement. Lorsqu’il pousse, un pilier ne sait pas où est le ballon, et le fait de leur parler peut les aider. Mais on ne peut le faire que lorsque leur attitude est positive.

Depuis le début de saison, les arbitres surveillent également de plus en plus la rectitude des introductions en mêlée, ce qui débouche sur des temps de poussée plus longs, les talonneurs ayant du mal à lever le pied. On aboutit donc fatalement à des risques d’effondrement accrus… N’est-ce pas paradoxal ?

C’est toujours pareil : ce que l’on veut, c’est retrouver de l’équité dans la lutte pour le gain du ballon. Un lancer en touche pas droit est sanctionné, ce doit être la même chose avec les introductions en mêlée. On ne peut pas demander aux première ligne d’observer des attitudes propres si on permet au demi de mêlée d’introduire en deuxième ligne. C’est cela qui serait paradoxal.

 

Il y a tout de même une nouvelle règle en vigueur, celle de laisser le ballon à l’équipe qui introduisait après une mêlée tournée. Comment jugez-vous son effet?

Plutôt bon. Le but, c’est évidemment d’éviter que certaines équipes trichent en cherchant volontairement à tourner la mêlée pour récupérer le ballon. Cela va dans le bon sens puisque bizarrement, depuis le début de la saison, on a constaté très peu de mêlées tournées…

Vous avez évoqué la nouvelle ligne de hors-jeu du demi de mêlée. En quoi cela impacte-t-il le jeu ?

La ligne de hors-jeu du demi de mêlée n’est plus le ballon, mais les pieds du troisième ligne aile, jusqu’à ce que la mêlée se termine. J’ai par exemple eu un cas particulier à gérer le week-end dernier lors de Toulouse-Toulon, où le numéro huit a changé sa position dans la mêlée, ce qui met automatiquement fin à celle-ci et a permis au demi de mêlée adverse de lui disputer le ballon. Mais globalement, cette nouvelle règle va encore plus dans le sens de permettre aux équipes de lancer le jeu après mêlée.

Comment jugez-vous l’effet des nouvelles directives quant au déroulement des mêlées ?

Pour l’instant, c’est difficile à dire. Il y a eu des matchs où l’affrontement s’est avéré très propre, d’autres au contraire où il a donné lieu à beaucoup de coups de sifflet. Nous n’avons pas encore les statistiques à ce sujet, nous les aborderons lors de notre stage le mois prochain. Mais à mon sens, il faudra prendre encore un peu de temps avant que tout le monde y trouve son compte.