Goze, en état de grâce...

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    Goze, en état de grâce...
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De son mandat, Paul Goze dit qu’il est « globalement positif ». Certes, la LNR ne s’est jamais aussi bien portée sur le plan économique Mais tous les voyants ne sont pas au vert.Certains même inquiètent. Peut-être est-ce le revers d’un mandat trop axé sur le développement économique...

La grande victoire de Paul Goze durant sa première mandature à la tête de la LNR, c’est évidemment l’augmentation des droits TV. En mai dernier, en devançant la fin du précédent contrat, Goze avait obtenu une très large revalorisation des droits du Top 14. Pour conserver les droits de diffusion de la compétition, Canal+ dépensera chaque année en moyenne 97 millions d’euros à partir de 2019. Un record. De 2015 à 2019, la chaîne cryptée déboursait en moyenne 74 millions d’euros. Seulement certains pensent que Paul Goze a cherché, en anticipant cet appel d’offres, à asseoir son pouvoir dans la perspective de l’élection de mardi prochain et à satisfaire une grande partie de son entourage, favorable au maintien du diffuseur Canal +. En agissant ainsi, il avait plus ou moins écarté la possibilité d’un positionnement de SFR Sport (Groupe Altice). Les responsables de SFR avaient d’ailleurs fait savoir en amont du résultat de l’appel d’offres qu’ils n’y participeraient pas, jugeant la précipitation de la Ligue douteuse sur ce dossier. Toujours est-il que Paul Goze a profité d’un contexte hyper-concurrentiel pour permettre au rugby professionnel de s’assurer de juteux revenus. Mais il a aussi permis une plus grande visibilité. En choisissant par exemple de positionner le Pro D2, pour sa plus grande partie, en dehors de toute concurrence du Top 14, il lui a offert une vraie fenêtre médiatique. Pourtant, cela ne s’est pas fait sans heurts. De nombreux présidents de Pro D2 se plaignent encore de jouer le jeudi soir ou même le vendredi en raison d’une baisse des recettes aux guichets et de différents problèmes liés à l’organisation des matchs en semaine. Paul Goze, à qui l’on doit l’immense succès populaire, médiatique et sportif de la dernière finale du Top 14 à Barcelone, semble s’être positionné sur la promotion d’un spectacle plus que d’un sport. Avec une franche réussite sur le plan économique. Le budget de la LNR n’a cessé de grimper ces quatre dernières années. Seulement, certains l’accusent de vendre l’âme du rugby. Dans ce registre, il doit faire face actuellement à une grogne des joueurs de Top 14 qui refusent de jouer le 24 décembre pour le fameux « Boxing day » et menacent d’une grève.

 

Un pacte de non-agression avec la FFR

Paul Goze veut accroître le pouvoir des clubs. Dernièrement, il a lancé un plan stratégique pour l’horizon 2023 qui prévoit la création d’une troisième division professionnelle, la création d’un circuit professionnel à 7 ou encore un accompagnement au développement géographique. Le but, non affiché, est de s’assurer des ressources financières supplémentaires en surfant sur des valeurs qui se meurent dans le monde professionnel. Déjà, en 2013, il avait mené une fronde avec les clubs anglais contre l’ERC, alors dirigée par les fédérations actionnaires, celles des 6 Nations. Sous la pression des ligues française et anglaise, les fédérations avaient finalement cédé. Ainsi, l’EPCR a vu le jour, la Champions Cup a remplacé la Heineken Cup et les clubs ont le pouvoir. Seulement, cette nouvelle compétition peine à s’installer tant sa visibilité est mince. Les nouveaux dirigeants européens, dont les responsables de la LNR, ont fait le choix de l’argent au détriment de la visibilité en confiant à beINSport la quasi-exclusivité des compétitions européennes. Cet épisode européen avait démontré combien Paul Goze pouvait être un fin stratège. D’ailleurs, si ses échanges avec Pierre Camou ont souvent été tendus, pour ne pas dire orageux, durant son mandat, l’ancien patron de l’Usap a su faire preuve d’un sens politique aigu. Les deux hommes ont fait cause commune en cette période électorale. Goze a offert plus de confort au XV de France lors de la dernière renégociation de la convention entre la FFR et la LNR, quand Camou n’a absolument rien dit (officiellement) lorsque Goze a dévoilé son plan stratégique de développement dont les principales mesures empiètent sur des prérogatives fédérales. Il n’empêche. Paul Goze, s’il est réélu, sera vite confronté à la crise identitaire du rugby français. Celle-là même qui, aujourd’hui, amène moins de supporters dans les stades de Top 14 et de Pro D2, moins de téléspectateurs sur Canal + , moins de recettes commerciales dans les clubs. La fin de l’état de grâce en somme.

Arnaud Beurdeley
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