Diagonales au pied, « inspirations » programmées

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    Diagonales au pied, « inspirations » programmées
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Souvent décisives pour exploiter rapidement les espaces laissés libres par la défense dans les couloirs extérieurs, les passes au pied reposent surune mécanique bien huilée, savante alchimie entre jeu «en lecture» et programmation.

Coups de génie, ou planification totale ? Inspirations individuelles ou travail éminemment collectif ? C’est justement la beauté des passes au pied d’être un peu tout cela à la fois… Toujours utilisées pour forcer la décision près des lignes d’en-but, lorsque la défense ne présente plus trois mais un seul rideau, les transmissions au pied se retrouvent de plus en plus fréquemment «loin » de la ligne d’en-but, dans les trente derniers mètres. La raison? Elle est tout simplement que, face à des défenses toujours plus solides, le jeu au pied constitue le meilleur moyen pour faire passer très vite le ballon d’un côté à l’autre du terrain, et surtout le seul pour l’envoyer vers l’avant. Un double avantage qui nécessite pour, pour être utilisé avec efficacité, une organisation particulière…

 

Communication de l’extérieur vers l’intérieur

En effet, chargé de mener le jeu et donc de servir ses partenaires dans les meilleures conditions possibles, le demi d’ouverture ne peut nécessairement observer tout ce qui se passe sur un terrain, en particulier le positionnement du troisième rideau sur les extérieurs. D’où la nécessité, pour les attaquants, de mettre en place des schémas précis de communication entre partenaires, afin de décharger le numéro 10 d’une partie des responsabilités en matière de lecture du jeu. L’exemple de l’essai inscrit par Pau à Grenoble la semaine dernière est à ce titre éloquent, où les Béarnais avaient totalement intégré la possibilité d’utiliser les passes au pied à leur plan de jeu, ainsi que l’expliquait l’ouvreur Colin Slade. « Nous avions repéré avant le match que la défense de nos adversaires libérait parfois des espaces dans le dos des ailiers. C’était donc une situation que me partenaires recherchaient, et ce sont leurs appels qui ont rendu mon jeu au pied facile. » Explications de l’arrière Charly Malié, auteur dudit essai après la récupération de balle de son ailier Dupichot. «Sur le terrain, nous essayons de jouer au maximum en lecture. L’information va de l’extérieur vers l’intérieur : si un ailier voit quelque chose, il appelle. Là, à plusieurs reprises, nous avons décelé des espaces. Et Colin a su réaliser les bons gestes… » Plus facile à improviser, vous l’avouerez, lorsque l’ouvreur est parfaitement ambidextre et peut déposer le ballon sur l’aile droite aussi facilement que sur l’aile gauche, ce qui n’est pas le cas pour 90 % des équipes du Top 14…

 

Planification partielle…ou totale

Mais comment font ces dernières, alors, pour trouver des espaces? Soit en espérant, tout simplement que la connexion entre l’arrière et l’ailier situé sur le «bon pied » connaisse un raté. Soit en profitant de failles « structurelles » et en programmant carrément la diagonale sur un lancement de jeu… Une tactique qui vaut surtout lorsque, sur mêlée, les défenses cherchent à défendre à quatre sur la même ligne, l’ailier négligeant de prendre la profondeur. Mais qui peut également se retrouver sur touche, lorsqu’une équipe décide froidement de viser l’aile d’un joueur en fonction de ses lacunes dans le placement ou le jeu aérien…

Couloir des cinq mètres et synchronisation

À ce titre, l’exemple de l’essai marqué par La Rochelle est ici criant puisque, sur une touche où l’ailier briviste commet en plus l’erreur d’être placé en profondeur, Brock James parvient néanmoins à trouver en première main, sur le lancement de jeu, les bras de son partenaire Rattez… Une erreur qui fit évidemment râler le manager corrézien Nicolas Godignon en tribune, au vu de la négligence de son troisième rideau… Quoiqu’il serait évidemment une erreur de résumer la réussite du mouvement rochelais à la «planification » de l’erreur d’un adversaire! En effet, tous les premiers critères de réussite d’une passe au pied, à savoir la zone visée (le couloir des cinq mètres) et la synchronisation entre le botteur et son ailier (qui permet à ce dernier de se saisir de la balle à pleine vitesse, et d’être en mesure de remporter son duel sur l’arrière) sont ici plus que validés, qui auraient sûrement placé la défense en mauvaise posture même en cas de bon placement. Et après tout, le jeu demande faute.Sans quoi on n’assisterait jamais à des essais les week-ends…

Nicolas Zanardi
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