Affaires des corticoïdes : les joueurs réagissent

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    Affaires des corticoïdes : les joueurs réagissent
Publié le , mis à jour

Dans l'affaire des corticoïdes, des anciens et actuels joueurs de rugby professionnel se sont exprimés dans les colonnes du Midi-Olympique. Voilà leurs réactions.

Laurent Baluc-Rittener

Ex-joueur de Narbonne, Bourgoin, Albi, Colomiers, Castanet. Aujourd’hui au FCTT. Membre du comité directeur de Provale.

« Je sais que la prise de corticoïdes est courante dans un but thérapeutique. En aucun cas je n’ai vu des joueurs prendre ce genre de produit dans un but d’amélioration de la performance. Moi même, quand j’étais professionnel, il m’arrivait d’en faire usage lorsque j’étais en vacances -jamais en compétition- le plus souvent après une saison usante et plutôt sur ma fin de carrière. J’avais des douleurs récurrentes qui parfois m’empêchaient de trouver le sommeil et je me soignais avec des corticoïdes pour pouvoir profiter de mes congés. À mon humble avis, il est très clair dans la tête de tous les joueurs professionnels que l’usage des corticoïdes en compétition est interdite. Pour autant, le dopage est un fléau contre lequel nous devons lutter. Le rugby professionnel est un sport qui génère de plus en plus d’argent et de business. Inévitablement, le sujet du dopage va devenir plus sensible. Provale travaille en ce sens auprès des clubs et des joueurs avec des campagnes de sensibilisation. Je conçois la dangerosité qu’il y a à autoriser les joueurs à peine remis d’un K.O à évoluer sous infiltrations. Mais jamais un joueur ne dira qu’il ne veut pas jouer à cause d’un K.-O. ou d’un petit bobo. Car à ce jeu, si on ne se fait pas un peu violence et que l’on s’écoute trop, on ne joue vraiment pas souvent ! C’est le serpent qui se mord la queue ...»

 

Julien Raynaud

Capitaine d’Albi

Les corticoïdes dans le rugby sont-ils un faux problème ? Nombre de joueurs de rugby se traitent avec des corticoïdes à des fins thérapeutiques en ciblant la visée anti-inflammatoire de ces produits. Dans mon cas, j’ai subi l’année dernière des injections par voie cutanée de corticoïdes de type Altim mais cela est purement autorisé. La FFR recommande seulement au médecin du club de lui signaler que cela a été pratiqué pour parer à toute éventualité. On est dans le cadre réglementaire. Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas sur des produits tels que l’EPO ou les anabolisants. Les corticoïdes n’apportent rien en termes d’amélioration de la performance. J’ai l’impression que l’on a voulu faire le buzz. Pour autant la question de savoir si on se dope en dissimulant la douleur, par une prise de corticoïdes ? C’est « limite », je l’avoue. Mais où commence le dopage? En extrapolant cette théorie, le joueur qui prend un cachet de Paracétamol pour s’ôter une migraine peut-être considéré comme dopé ! Selon moi, il faudrait que l’agence mondiale antidopage fixe une législation beaucoup plus claire autour des corticoïdes qui sont, à ma connaissance, la seule catégorie de produits dont le statut est ambigu. Il faudrait soit les autoriser complètement, soit les bannir totalement en interdisant à tout joueur traité par corticoïdes -sous quelque forme que ce soit- de prendre part à une compétition officielle. Je suis bien évidemment à cent pour cent pour la lutte contre le dopage. Je suis pour un suivi très pointu des joueurs afin que les tricheurs soient tous débusqués et que notre sport soit reconnu comme sain. Mais là, très honnêtement, je pense que l’on se trompe de guerre.

 

Romain Loursac

Arrière de Lyon et futur médecin du sport

Vous jouez au Lou et êtes étudiant en médecine. Que pensez-vous du débat qui agite l’ovalie ?

Je termine ma dernière année d’internat et dispute ma dernière saison de rugbyman. Je passe ma thèse en début d’année 2017. Pour le reste, le dopage répond à des règles claires et bien définies. Les infiltrations intra-articulaires de produits contenant des corticoïdes ne sont pas considérées comme du dopage si l’indication est bonne. Mais tout ce bruit me semble excessif. Si on devait enlever tous les week-ends les joueurs qui ont été piqués dans les semaines précédentes ou qu’on devait écrire un article dénonçant ces joueurs, il y en aurait souvent.

C’est une pratique commune ?

Malheureusement, notre sport abîme les genoux et toutes les articulations. Ce n’est pas systématique mais, parfois, certains joueurs ont besoin d’avoir une infiltration.

Il n’y pas de danger pour la santé de jouer sous infiltrations ?

C’est un autre débat. Il y a deux débats en fait. Le premier est de savoir si tout est fait dans les règles. Si c’est le cas, il n’y a aucun souci. Leurs noms, normalement, n’auraient pas dû apparaître. Je serais Carter, Rokococo ou Imhoff, ça me gonflerait que mon nom soit apparu ! Pour la petite histoire, je fais de l’asthme. Je suis sous corticoïdes inhalés. Je m’en suis aperçu par hasard l’année dernière. Je suis dans un service de pneumo-physio du sport et on fait passer les tests aux asthmatiques. En montrant comment passer les tests aux étudiants, j’ai soufflé dans l’appareil et j’étais obstructif ! J’ai pris de la ventoline, j’ai soufflé à nouveau et cela s’était amélioré. ça voulait dire que je jouais à 70% de ma capacité. Ce n’est pas triché. S’il y a un contrôle anti-dopage, on trouvera des corticoïdes dans mon corps. Ensuite, on prouvera que j’ai fait des examens et que j’avais de l’asthme. Mais il n’y pas de dopage, pas de triche. Au sujet de ces injections, il faut comprendre que le staff médical ne s’est pas dit : «Chouette, on va pouvoir les piquer pour qu’ils soient à 120% de leur capacité !» Au mieux, si le traitement fonctionne bien, cela ramène le joueur à 100% de sa capacité. Nous ne sommes pas donc pas sur une pratique de dopage, qui est censé améliorer les performances. Nous sommes dans le fait de restaurer les performances. Le deuxième débat, différent, est de savoir si c’est dangereux pour la santé. Dans les injections intra-articulaires, il y a quand même une diffusion dans le sang de corticoïdes mais elle est faible. Ce n’est pas comme un traitement per os, par la bouche. Là, effectivement, il y a un vrai risque de faire jouer les joueurs sous corticoïdes. Les injections intra-articulaires sont tolérées. Il est recommandé de manière empirique de ne pas dépasser quatre injections par an sur une même articulation. Jouer de manière régulière après infiltration a un effet délétère sur l’articulation. Une infiltration bien pratiquée au bon moment, dans les règles, ne l’est pas. C’est démontré.

Par voie orale, en revanche, les corticoïdes sont un produit dopant ?

S’il n’y a pas d’indications, prendre du Solupred, des corticoïdes par la bouche, est clairement interdit, sauf en cas de problèmes de santé particulier. Jouer avec des corticoïdes pris par la bouche, avec des doses bien plus importantes, avec un vrai passage dans le corps, cela a un effet dopant. C’est pour ça qu’il y a confusion des genres. Mais cette histoire me fait bouillir. Par exemple, tout le monde y va de sa petite phrase, pour savoir s’il y a besoin d’AUT. Il n’y a pas besoin d’AUT pour les injections intra-articulaires ou pour inhaler.

Propos recueillis par David Bourniquel et Sébastien Fiatte

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