On l’appelait « ROG »

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    On l’appelait « ROG »
Publié le , mis à jour

Né à San Diego aux États-Unis, Ronan O’Gara est pourtant un enfant du Munster. Pour ses retrouvailles avec l’armée rouge, ses vieux frères le racontent...

On l’oublie volontiers, mais c’est un monstre qui se cache à l’ombre des deux Laurent, Travers et Labit. Ronan O’Gara n’est rien d’autre que le cauchemar de nos après-midi d’enfance, l’insupportable pied droit qui sévissait sur les terrains d’Europe, à l’époque où le Munster, l’armée de soiffards qui enrichissait les bars de nos bonnes cités et les pick and go de la bande à O’Connell régnaient sur le vieux continent. Ronan O’Gara, c’est 240 matchs avec la province irlandaise, 2625 points sous le maillot rouge des Munstermen, le record de points marqués en coupe d’Europe (1365) et, accessoirement, deux H Cup (2006 et 2008), un Grand Chelem, deux victoires dans le Tournoi et quatre Triple Couronne. Né à San Diego, l’entraîneur de la défense du Racing 92 a pourtant passé seize ans de sa vie au Munster. Et, si l’on en croit Laurent Labit, aurait payé cher pour éviter de croiser la route de l’armée rouge en Coupe d’Europe…

L’hommage de Doug Howlett

Au sujet des retrouvailles, « ROG » s’en est donc tenu à une simple phrase, lâchée la semaine dernière dans les colonnes de l’Irish Independent : « S’il y a une équipe en plein renouveau actuellement, c’est bien le Munster. Je connais leur courage et leur fierté mieux que quiconque. C’est du 50/50. » Plus mollasse, tu meurs.

Pour évoquer ce que représente Ronan O’Gara à Cork et Limerick, il faut donc frapper à la porte de ses plus proches amis. Doug Howlett, l’ancien ailier des All Blacks, en fait partie : « Ronan est le joueur le plus courageux qu’il m’ait été donné de voir sur un terrain. J’insiste bien sur le terme « courageux » parce que « ROG » fut pendant quinze ans l’ouvreur le plus ciblé d’Europe. Il a pris dans les dents les plus gros trois-quarts centre et numéros 8 de la planète mais il ne s’est jamais échappé. »

Si ses plaquages ne laisseront toutefois pas une trace indélébile dans la mémoire des supporters du Munster, les coups de pied du maître appartiendront à jamais à la mémoire collective irlandaise. Garrett Fitzgerald, le directeur exécutif du Munster, raconte : « Quand je suis arrivé au club, en 1999, j’ai le souvenir d’un gamin de 20 ans qui demandait qu’on allume les lumières du stade en semaine. Il passait ses soirées à taper des coups de pied. » Jusqu’à s’effondrer de fatigue, les soirs où les séances étaient trop intenses. à l’époque, Ronna O’Gara était le visage du Munster et le capitaine des rois d’Europe. « En ce temps-là, racontait le mois dernier Paul O’Connell à l’Irish Examiner, nous n’annoncions jamais de lancements de jeu. « ROG » décidait seulement au moment où Peter (Stringer) lui envoyait la balle. Tout allait très vite. Sa compréhension du jeu était supérieure à celle de tous ses grands rivaux. »

Souvenirs de campagne

Ronan O’Gara estime aujourd’hui avoir fait le deuil de sa province. L’unique fois où il consentit à nous parler des années Thomond Park, son émotion fut pourtant palpable : « Le Munster des années 2000, confiait-il en mars dernier, c’était avant tout une bande de frères. Nous nous connaissions depuis toujours ; nous avions tous grandi ensemble. Au pays, nous avons choisi de prendre le rugby dans nos bras et on a donné à ce sport une audience nouvelle. Les gens l’oublient trop souvent mais, en 1999, les matchs du Munster se jouaient devant 300 personnes dans l’enceinte du petit stade de Dooradoyle. Six plus tard, lorsqu’une équipe anglaise débarquait à Thomond Park, il y avait plus d’ambiance que pour n’importe quel autre match international. Le rugby avait tout écrasé. Il était devenu le maître. » Ce fut par la force de la Coupe d’Europe et des voyages de la Red Army…

Pour le moment, le recordman de sélections en équipe d’Irlande (128) se complaît dans l’ombre des deux Laurent. Viendra pourtant un jour où le costume d’adjoint sera pour lui trop petit. Le jour où il revendiquera le rôle de patron auquel il s’est toujours destiné…

Marc Duzan
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