Le Munster pleure « Axel »

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    Le Munster pleure « Axel »
Publié le , mis à jour

Quelques heures avant que ne soit donné le coup d’envoi de ce Racing - Munster, le coach de la province irlandaise Anthony Foley perdait la vie. celui que l’armée rouge avait surnommé « Axel » était une icône du rugby irlandais.

La veille au soir, Anthony Foley (42 ans) avait reçu Ronan O’Gara et Casey Laulala au Novotel de Suresnes, sur les quais de Seine. Après avoir évoqué les « good old days » de Thomond Park, après avoir ressassé les souvenirs qui les liaient à jamais à la province du Munster, les trois hommes s’étaient quittés peu avant minuit, persuadés qu’ils se retrouveraient le lendemain à Colombes, sitôt le match terminé. Quelques heures plus tard, juste avant le déjeuner, le « head coach » du Munster perdait pourtant la vie, emporté par ce qui semblerait être une crise cardiaque. Sitôt la nouvelle diffusée via les réseaux sociaux, une fois l’annulation prononcée, la police nationale investissait le hall du Novotel pour procéder à une enquête de routine. Aux abords de 15 h 30 heures, Ronan O’Gara arrivait en toute hâte à l’hôtel en tenue ciel et blanc, escorté de sa mère, le visage ravagé par la peine, afin de lancer un dernier adieu à son vieux frère du Munster, aux côtés duquel il avait joué onze ans. Trente minutes plus tard, les services funéraires de la ville de Paris investissaient le Novotel, écartaient un photographe de l’AFP et évacuaient la dépouille de l’entraîneur en chef du Munster vers l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. « C’est horrible, nous confiait alors Sam, un supporter de la province irlandaise. Axel (le surnom de Foley, N.D.L.R.) n’était pas seulement un joueur du Munster. Il était le Munster lui-même. »

Sélectionné à 62 reprises avec la sélection irlandaise et 202 fois sous le maillot rouge de sa région, Foley avait été le premier joueur irlandais à soulever la Coupe d’Europe. « Je n’oublierai jamais cette image, poursuivait Sam, un quadra natif de Limerick. Axel était le capitaine du grand Munster de 2006. À l’époque, on le pensait indestructible. » Dans le hall du Novotel, les joueurs irlandais, tous dévastés, comblaient l’ennui comme ils le pouvaient, attendant qu’un avion pour l’aéroport de Shannon soit enfin affrêté. Les yeux rougis par le chagrin, Johan Erasmus - le directeur de rugby de la province - préférait, quant à lui, s’isoler dans sa chambre. « On nous a demandé de faire comme si de rien n’était, confiait un serveur de l’hôtel. Mais ce n’est pas facile. Que peut-on leur dire, franchement ? Ces garçons du Munster auraient juste envie de rentrer chez eux et serrer dans les bras les gens qu’ils aiment. »

Il était le visage du Munster

Brendan Foley, le père du défunt, se trouvait dans le train pour Colombes lorsque les dirigeants de la province lui annoncèrent le décès de son fils. Autre figure de la province irlandaise, le rugueux Brendan était ainsi le trois-quarts aile des « héros d’octobre 1978 » puisqu’à ce jour, le Munster reste la seule équipe irlandaise à n’avoir jamais vaincu les All Blacks (12-0, à Thomond Park). Né à Limerick cinq ans plus tôt, Anthony Foley avait ce soir-là rejoint son glorieux paternel dans les vestiaires, histoire d’y célébrer, à la manière d’un enfant de cinq ans, le triomphe du pater familias face aux invincibles de Graham Mourie. « Anthony est un peu l’âme de notre région, nous confiait Gerry Thornley, un confrère de l’Irish Times. Il a grandi avec cette équipe et a fait partie, avec ROG, John Hayes et Paul O’Connell, des mecs qui jouaient devant cent personnes à Dooradoyle, au début des années 2000. Les Foley représentent beaucoup dans notre petit pays. Rosie, la petite sœur d’Anthony, a elle-aussi été internationale. » Lorsqu’il évoque le souvenir Anthony Foley, le reporter de l’Irish Times revoit maintenant le numéro 8 des Diables verts à Lansdowne Road, figé dans ses propres cinq mètres à la vue du pack tricolore : « Fabien Pelous, alors au sommet de sa carrière, chargeait pour marquer l’essai français. Mais ce jour-là, il a croisé la route d’Axel et a reculé de deux mètres. Lansdowne avait hurlé de plaisir ! »

Dimanche après-midi, les supporters du Munster sont restés plusieurs heures devant les grilles du stade Yves du Manoir, à Colombes. Effondrés, cherchant en vain du réconfort dans les bras des uns et des autres, ils souhaitaient d’abord saluer la mémoire du défunt par une longue minute d’applaudissements. Le silence revenu, un vieil homme entonnait Fields of Athenry, avant que l’hymne de la province ne soit repris par tous. La Red Army, réduite à une cinquantaine de bougres, était alors moins impressionnante qu’elle ne le fut aux plus grandes heures du Munster. Jamais, avant cette version à cappella improvisée devant le froid squelette de Colombes, elle n’avait pourtant dégagé autant d’humanité. Et ce matin, alors que le monde du rugby salue la mémoire d’un de ses plus grands numéro 8, l’armée rouge pleure, quant à elle, la mort d’un des siens, époux d’Olive, père de Dan et Tony.

Marc Duzan
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