Pierre Camou : « Il y a les politiciens et les hommes d’état »

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    Pierre Camou : « Il y a les politiciens et les hommes d’état »
Publié le , mis à jour

Le président de la FFR a défendu son bilan dans les locaux du groupe de la Dépêche du Midi. Découvrez les meilleurs moments de son intervention.

Il est arrivé à onze heures à Toulouse, dans les locaux de "La Dépêche du Midi". Pierre Camou était accompagné de Patrick Battut, son vice-président et Gilles Sicre, président du comité des Pyrénées. Il a répondu aux journalistes présents dans son style habituel, calme, pondéré avec un vocabulaire riche mais aussi quelques petits coups de griffe pour ses adversaires que jamais, il n'a nommé.

 

 

A deux mois et demi du scrutin. Dans quel état d’esprit êtes vous ?

Le même qu’avant, calme. C’est mon tempérament. Je ne suis pas du genre à monter aux arbres toutes les cinq minutes, vous l’avez remarqué.

 

Les clignotants de votre campagne sont-ils au vert ?

Je ne regarde pas les clignotants. Je reste fidèle à mon discours, à ce que nous avons fait, ce que nous voulons faire. Depuis huit ans, la société française a évolué et nous ne sommes que le reflet de la société. Et elle a beaucoup bougé depuis huit ans. En 2008, c’était la faillite de Lehman Brothers,une crise financière sans précédent, avec tout ce que ça comporte.

 

Quelles sont les questions sur lesquelles les clubs vous interpellent ?

Pas des questions de philosophie générale. On m’interroge sur les questions de la vie, les licences blanches, les compétitions de jeunes, l’aide aux clubs, la formation, la simplification administrative. J’essaie d’expliquer que tout rentre dans une vision d’un monde à construire. Notre rugby n’est plus celui des contreforts pyrénéens, mais aussi celui de Lille, de Strasbourg et de Rouen. Il a fallu accompagner cette mutation. Je sais aussi que certaines régions souffrent : ma région, le Pays Basque, mais aussi l’Ariège. Elles subissent un exode rural qui envoie leurs joueurs vers les grandes conurbations qui fondent de nouveaux clubs. J’essaie aussi d’accompagner ce phénomène pour ne laisser personne au bord de la route.

 

Que pensez-vous du rugby d’aujourd’hui ?

Il y a deux rugbys. Celui de la vitrine médiatique et celui des 1800 clubs amateurs français, ce n’est pas la même chose. Je ne suis pas technicien, mais disons que j’estime que le spectacle n’est pas toujours là.

 

Comment arrivez-vous à convaincre la base que le projet de grand stade est bon pour elle ?

Il n’est pas bon, il est essentiel. J’ ai coutume de dire qu’il y a d’un côté les politiciens qui pensent à leur élection et leur réélection et les hommes d’état qui pensent aux générations futures. Si nous n’avons pas la maîtrise de notre outil de production, il faut qu’on m’explique comment nous pourrons accompagner les clubs dans l’avenir. Où sont les ressources ? En France, nous avons tendance à toujours nous tourner vers l’Etat, ou les régions ou les départements. Mais l’Etat et les collectivités territoriales n’ont plus d’argent. Si nous ne secrétons pas de nouvelles ressources, nous nous retrouverons dans un processus de déclin. Les clubs souffrent car les collectivités locales ne peuvent plus les aider. Mais la FFR ne peut pas compenser ce manque à gagner. Il faut donc augmenter nos ressources et le nouveau stade permettra ça. Mais je veux ajouter que le stade n’est pas l’objet de la campagne. C’est peut-être pour certains un écran de fumée car ils n’ont rien à dire à côté. Mais ce sont les clubs qui finalement, se prononceront sur cette question, tel que c’est dans nos statuts.

 

Pensez-vous qu’en vous réélisant, les clubs vous donneront quitus pour la construction de ce Stade ?

Ce stade a fait l’objet de plusieurs réunions publiques depuis 2012 à travers la France. D’ailleurs le secrétaire général de l’époque a servi ce projet en montrant la maquette du stade. Il a expliqué tout le bien qu’il en pensait et je l’en remercie (allusion à Alain Doucet, NDLR). Mais la mémoire n’est pas la qualité première des Français. Ce stade sera fait de façon à ne rien coûter au rugby tel qu’il est aujourd’hui. C’est la base de notre modèle économique. Je fais remarquer que nous avons récemment organisé le championnat du monde des moins de 20 ans, puis la Coupe du Monde féminine et ceci n’a rien coûté aux clubs. Mieux, nous avons maintenu toutes les aides habituelles. C’était pourtant en pleine période de crise financière, toutes les aides baissaient alors que ces deux tournois nous ont coûté environ un million d’euros. Mais nous avons su gérer la FFR pour limiter nos frais. Je crois que d’ autres sports ont demandé des cotisations supplémentaires pour organiser des compétitions internationales. Les recettes d’une fédération viennent du partenariat et des droits télévisuels à hauteur de 60 pour cent. Mais ces recettes plafonnent. Qu’on m’explique comment on fait si on ne secrète pas nos propres ressources.

 

Au delà de cette question du Stade de France. Qu’est ce qui vous différencie de vos adversaires ?

Je ne cherche pas à me différencier de qui que ce soit. Je poursuis mon chemin. Après, c’est vrai, je ne suis pas un grand communicant, je vous l’accorde. Mais je pense que mon bilan n’est pas si nul. Les licenciés masculins sont à plus de 24 pour cent, les féminines à plus trente pour cent. Les arbitres sont à plus soixante pour cent, ils sont désormais 3000, dont quatre dans le panel international. C’est un travail de longue haleine. Je crois que nous avons su prendre des décisions et parfois très difficiles : la convention LNR-FFR, le déménagement de la Rue de Liège vers Marcoussis. Croyez moi, ce n’était pas facile de faire abandonner aux gens leurs habitudes parisiennes. Sur le rugby à sept, nous avons su monter un projet olympique et nous avons qualifié les garçons et les filles à Rio et pourtant, Dieu sait que nous avons été critiqués sur ce dossier.

 

De quelle réalisation êtes vous le plus fier personnellement ?

D’abord,je ne dirais par « personnellement » car j’entends parfois dire que je suis un dictateur, que la FFR c’est la Corée du Nord, et caetera. On dirait que je génère un culte de la personnalité extraordinaire, comme si on voyait mon image partout et que je prononcais des discours à tout bout de champ. En fait, je suis plutôt fier d’avoir fait avancer des choses en équipe. Mais je ne cache pas que j’ai loupé quelque chose. Nous avons loupé la réforme de la gouvernance de la FFR. Je voulais mettre sur pied un Comité Exécutif, des Conseils de Surveillance et un Sénat. Car pour moi, la démocratie, ce sont aussi aussi des contre-pouvoirs. Je suis heureux, mais surpris de voir que certains le demandent aujourd’hui après l’avoir dénigré et voté contre. Je suis content que les esprits mûrissent (allusion à Alain Doucet).

 

Vous ne nommez jamais de Bernard Laporte...

Je suis mon chemin. Je ne suis pas Monsieur Trump.

 

Beaucoup de clubs se plaignent de l’afflux des joueurs étrangers, même au niveau amateur. Pouvez-vous y faire quelque chose ?

C’est une question très compliquée. Je voudrais dire en préambule qu’il faut s’entendre sur la définition des étrangers. Est ce qu’un jeune Marocain né sur le sol Français est un étranger ? Est ce qu’un jeune Sénégalais né sur le sol français est un étranger ? Je n’oublie pas qu’un sélectionné en partance pour une tournée en Afrique du Sud a dû faire demi-tour car il avait un passeport sénégalais et ne pouvait avoir un visa. Je fais attention à ce mot, surtout dans la société actuelle qui est dans le rejet de l’autre et ça me hérisse sur le plan privé. Ensuite, je rappelle que nous sommes soumis aux textes européens, on ne peut pas exclure sur la base de la nationalité. Ceci dit, à peine élus, nous avons créée les licences blanches. Elles disent qu’il faut dans les clubs un certain nombre de joueurs qui sont sur place depuis un certain nombres d’années. Mais quand nous faisons ça, nous sommes aussi critiqués car nous gênerions des recrutements. Difficiel de saisir la cohérence intellectuelle.

 

Et au niveau des équipes professionnelles ?

Là nous sommes soumis à des gens qui pratiquent un métier. Il y a les accords de Cotonou ; l’arrêt Maleja. Les Fidji, les Tonga, l’Afrique du Sud sont concernés. Je suis quand même bien obligé de respecter les accords internationaux. A la limite, nous pourrions barrer la route aux Australiens et aux Néo-Zélandais et peut-être demain aux Britanniques, à cause du brexit. Mais à ce propos, quand je vois certains rouspéter à cause des étrangers. Je pense qu’ils ont dû souffrir pendant des années à gagner des trophées avec seulement quatre Français sur le terrain (allusion à Bernard Laporte, NDLR).

 

Y a-t-il une mesure phare que vous avez envie de citer ?

Je pourrais parler de la convention FFR-LNR, assurément. Elle s’est construite petit à petit. En 2008, nous avons ajouté un volet sportif, pas très satisfaisant, mais il existait, Marc Lièvremont n’était pas content quand même. En 2013, nous l’avons amélioré mais Philippe Saint-André n’était pas très content non plus. Cette fois, nous sommes allés beaucoup plus loin et j’ai l’impression que le staff du XV de France pourra travailler dans de bonnes conditions. Mais les résultats ne s’amélioreront peut-être pas tout de suite.

Jérôme Prévot
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