[DOSSIER] Camou : « Je mène une campagne de vérité »

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    [DOSSIER] Camou : « Je mène une campagne de vérité »
Publié le , mis à jour

Les trois candidats à la présidence ont répondu chacun leur tour aux mêmes questions. Les réponses de Pierre Camou.

Par-delà le Grand Stade qu’est-ce qui vous différencie de vos adversaires ?

Un certain calme, une volonté de vivre et de construire ensemble. Quels que soient nos différences et nos intérêts parfois divergents, je ne m’inscris pas dans le rejet des uns ou des autres. Je peux construire dans le combat, comme j’ai pu en avoir parfois avec la Ligue par exemple, mais pas dans le rejet. Encore moins quand, juridiquement, on ne peut pas le faire. Si je regarde bien, quand nous avons signé la dernière convention Fédé/Ligue, en 2013, les montants des droits télévisuels du rugby pro s’élevaient à 32 millions d’euros. En cours de mandat, ils sont passés à plus de 70 millions. Tant mieux. Certains affirment aujourd’hui que cette manne est un scandale, mais pourquoi ne l’ont-ils pas dit à ce moment-là ? Ils y étaient, moi non. Dans le comité directeur de la Ligue qui a adopté cet accord, je n’ai pas entendu deux personnes qui portent le même nom (Lucien Simon et Serge Simon, respectivement soutiens d’Alain Doucet et Bernard Laporte, N.D.L.R.)… Ils n’ont rien dit. Je peux travailler avec les gens avec qui je suis ou j’ai été en désaccord. Je vous rappelle que j’ai « pris » un 21-14 quand j’ai présenté au comité directeur de la FFR le projet de réforme de la gouvernance. Ce n’est pas parce que nous étions en désaccord sur des points que je pensais fondamentaux, et je le pense toujours, que je ne travaille plus avec eux ; certains sont même mes adjoints. Ce qui est gênant, c’est la fracture des mots ou la fracture absolue idéologique.

Est-ce qu’il appartient au président de la FFR de limiter le nombre d’étrangers ? Si oui, que comptez-vous faire ?

Le mot étranger par les temps qui courent me hérisse au plus au point. Permettez-moi de rappeler que nous sommes en France et en Europe, avec des textes, accords et arrêts à respecter. Les règles de proportionnalité qui président ne doivent pas faire l’exclusion. Les seuls que nous puissions éventuellement limiter doivent être l’Australie, la Nouvelle-Zélande et éventuellement le Royaume-Uni au bout de son « brexit ». Peut-on me dire qu’il ne faut pas d’étrangers en équipe de France mais qu’il est normal d’en avoir en clubs ? Mais c’est quoi l’équipe de France si ce n’est l’émanation du rugby des clubs ? J’ai le souvenir de finales européennes où il y avait huit Français sur les deux équipes issues du Top 14 et je ne dis même pas que les autres étaient européens en totalité ! Est-ce moi qui les ai choisis ? À nous d’être vigilants sur ce qui se fait dans les centres de formation. Et, aussi, de trouver des niveaux de compétitions où nos jeunes pourront s’exprimer. Enfin, c’est l’argent qui régule. Regardez le modèle anglais : la RFU a les moyens de payer les clubs, de leur distribuer des primes selon certains critères établis. Encore faut-il avoir les moyens et générer ses propres ressources ; c’est la légitimité de notre projet de Grand Stade. L’argent ne peut se combattre que par l’argent.

Notre formation est sujette à polémiques. Comment évoluer ? Que faut-il changer ?

Nous avons tout changé : refait un parcours d’excellence sportif, redéfinit l’organisation et les objectifs des pôles espoirs et les liens sont de plus en plus serrés entre la DTN et les centres de formation. Tout cela pour dire que nous n’avons pas attendu pour bouger et travailler à l’amélioration des choses. Les résultats se feront sentir dans dix ou quinze ans. Permettez-moi une question : nos internationaux actuels avaient quel âge en 2007 ? 15 ou 16 ans, si je ne m’abuse. Et qui était aux commandes à cette époque (Laporte fut sélectionneur du XV de France, de 1998 à 2007), sans rien faire ? Où était l’inquiétude ? Plus globalement, que veut-on dire en parlant de formation ? S’est-elle écroulée en quatre ans ? Je ne crois pas. En 2011, personne n’en parlait alors que nous étions en finale de Coupe du monde. Pendant ce temps, toutes les portes du marché international ont été ouvertes

Sur quoi vont se jouer les élections ?

Le Grand Stade ne doit pas en être puisque, si c’est un sujet central pour demain et après-demain, il fera l’objet d’un vote des clubs en assemblée générale extraordinaire. Ça devient pourtant un écran de fumée et ça me fait penser aux Tambours de Bronze de Jean Larteguy : on fait beaucoup de bruit sur quelque chose pour ne pas laisser voir que tout le reste se passe à côté. Mais nous sommes dans une société en souffrance, plus malheureuse qu’en Afghanistan, dans un climat défaitiste général. Le rugby n’échappe pas à l’ambiance générale… Pour autant, je mènerai jusqu’au bout une campagne de vérité, en expliquant ce que nous avons fait, ce que nous voudrons mettre en place à l’avenir et en accompagnant, surtout, un développement du rugby dans toutes les terres vierges qui se peuplent sans délaisser celles qui se dépeuplent. C’est là mon histoire, celle qui a fourni les hommes. Je veux tendre la main, construire et accompagner, les deux ensembles. C’est notre défi majeur.

Comment financez-vous votre programme ?

Avec l’aide d’un comité de soutien et des dons privés. Je me déplace en voiture et, parfois, je mange en bord d’autoroute… On m’a reproché d’avoir été invité par le comité de Normandie pour un repas de 30 euros. Je ne commenterai pas. Cela s’inscrit dans des relents de campagne électorale interne.

Votre mesure phare pour le rugby amateur ?

Ce qui m’importe c’est d’avoir un ensemble de choses qui concourent et permettent de faire progresser le rugby français. Je ne suis pas l’homme d’une mesure, ou d’une annonce ; je ne suis pas homme politique. Ce n’est pas moi qui vais annoncer « Votez pour moi, je vous dissous demain. ». Article 1 du programme de quelqu’un… Je ne sais pas si c’est un Pronunciamiento ou quoi (procédé par lequel l’armée se déclare contre le gouvernement en place dans le but de le renverser) ! Ma mission est ailleurs, claire et précise. Depuis le début de mon mandant, la FFR a clairement essayé d’accompagner les territoires, selon leur réalité et leurs besoins propres. Mais, en même temps, il y a une France à construire et il est de mon devoir de l’accompagner en fixant des règles communes, qui parlent et s’imposent à tous.

Emmanuel Massicard
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