[Dossier Technique] Alignement : Premier créateur d’intervalles

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    [Dossier Technique] Alignement : Premier créateur d’intervalles
Publié le , mis à jour

Si l’essence de l’animation offensive consiste à créer des intervalles, celle-ci ne commence pas après la phase de conquête. mais bel et bien pendant, lorsqu’il s’agit du secteur de la touche.

Il est un principe, vieux comme le rugby, qui considère que le ballon doit d’abord être conquis avant d’être attaqué. Logique imparable, nous direz-vous ? Probablement. Sauf qu’à bien y réfléchir, il n’existe aucune raison pour que la phase de conquête en elle-même ne soit pas propice à la création d’intervalles, lorsqu’il s’agit de la touche… Voilà pourquoi, depuis toujours, des équipes cherchent à surprendre leurs adversaires par le biais de combinaisons visant à les amener là où elles ne s’y attendent pas. Une tendance qui s’est encore amplifiée cette saison, autant en vertu de la nouvelle règle de circulation du ballon dans les mauls (qui complique singulièrement la tâche, même si certaines formations parviennent encore à se montrer très efficaces) que de la vigilance des arbitres quant aux « double vitrage », sans oublier des analyses vidéo toujours plus pointues…

Contre en miroir et effets de mode

Voilà pourquoi, si les attaques dans le couloir des cinq mètres conservent une cote de popularité appréciable, ce sont les combinaisons visant à attaquer le cœur de l’alignement qui se retrouvent aujourd’hui de plus en plus à la mode. Hasard ? Évidemment pas. « S’il y a des phénomènes de mode en touche c’est d’abord parce qu’il y a des phénomènes de mode en matière de défense, nous expliquait récemment un prudent entraîneur de Top 14, soucieux de garder l’anonymat. Voilà quelques années, tout le monde défendait surtout en zone, ce qui permettait de placer des mauls plus facilement, à condition de viser les bonnes zones. Puis les défenses se sont adaptées, notamment en délaissant les couloirs, où les combinaisons sont revenues à la mode. Aujourd’hui, ces mêmes couloirs sont beaucoup mieux gardés car en plus du verrouilleur (généralement le demi de mêlée), de nombreuses équipes demandent au premier joueur de l’alignement de garder cette zone. En revanche, les contres en zone sont quelque peu passés de mode, au profit de la défense en miroir. Du coup, comme on se retrouve face à plusieurs blocs qui cherchent à contrer, ceux-ci ne peuvent plus défendre au sol. Cela ouvre de nouveau la voie aux combinaisons en cœur d’alignement… Comme d’habitude, les Néo-Zélandais l’ont compris avant tout le monde mais depuis un an ou deux, tout le monde a des combinaisons en stock, utilisées en fonction de l’observation préalable des adversaires. »

Cruciale ligne des quinze mètres

Des combinaisons qui constituent, finalement, la première des animations offensives, puisque jouées dans le but de ménager des intervalles face à une défense organisée, avec pour nerf de la guerre la ligne des quinze mètres. « Cette zone est cruciale dans la défense sur touche, puisqu’en gros, il y a un intervalle de dix mètres de profondeur entre le dernier joueur de l’alignement et l’ouvreur. C’est cet intervalle que les attaquants ciblent en priorité, et qu’il s’agit de combler le plus vite possible. Voilà pourquoi les défenses cherchent toujours à anticiper leur montée dès que la touche est terminée, pour combler au plus vite cet intervalle. Or, une touche est terminée dès que le ballon est dévié, mais aussi dès qu’un joueur sort du couloir des quinze mètres. Voilà pourquoi la plupart des combinaisons se situent dans cette zone, où il s’agit en réalité de piéger le joueur qui a cherché à anticiper. C’est surtout vrai sur les touches complètes où, de par leur volonté d’anticiper, les défenses ne placent personne dans l’axe de la touche. » Ouvrant d’autant plus la voie à de mauvaises surprises plus au cœur…

Fiche technique

Dévier en haut… ou en bas ?

Essentielles pour dynamiser une attaque après touche, les déviations connaissent depuis quelques mois une évolution. En effet, alors que les joueurs cherchaient encore récemment à rabattre au plus vite le ballon sitôt gagné, ces derniers préfèrent de plus en plus le conserver dans la chute, pour ne le donner à leur demi de mêlée qu’une fois retombé au sol. Le but ? Justement éviter que la ligne de défense puisse anticiper dès la déviation, et gagner certains mètres précieux. En conservant le ballon, le sauteur retarde ainsi la fin de la touche, obligeant les défenseurs à rester à dix mètres le plus longtemps possible, et fixant d’autant plus les avants croyant à la formation d’un maul. C’est simple, mais il fallait y penser…

Nicolas Zanardi
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