Serin : « Il faut avoir un peu de gueule »

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    Serin : « Il faut avoir un peu de gueule »
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Demi de mêlée du XV de France , la nouvelle vedette du rugby français évoque les spécificités de son poste.

Vous êtes la nouvelle coqueluche du rugby français. Comment le vivez-vous ?

Je préfère relativiser. À mes yeux, je n’ai encore rien fait et à Bordeaux, Raphaël (Ibanez, N.D.L.R.) est d’ailleurs là pour me remettre en place quand le besoin s’en fait sentir. Même si je suis sorti grandi de la tournée en Argentine, même si pour moi tout a changé d’un point de vue médiatique, j’ai essayé de repartir de zéro.

Vous avez toujours été considéré comme un grand espoir du rugby français… Étiez-vous programmé pour gagner ?

(Soupir) Je ne suis pas à l’abri des blessures, des trous noirs, des contre-performances… Vous savez, on peut rapidement devenir un espoir mais on peut aussi rapidement incarner un désespoir. Je préfère rester dans ma logique du travail. Le risque serait de s’emballer, de se croire arrivé. Combien de joueurs sont passés par là…

Avez-vous des exemples à l’esprit ?

Oui mais je les garde pour moi.

Qui vous aide à garder les pieds sur terre ?

Mon entourage est assez costaud. Il regarde le négatif avant de mettre en avant le positif. Ça m’aide… […] J’ai croisé, au Creps de Talence, des sportifs qui se sentaient pousser des ailes. Certains ont perdu le fil, d’autres pas.

Vous avez été ajouté à la liste Élite du XV de France après seulement deux matchs en Bleu. Avez-vous été surpris ?

Oui, ça m’a étonné. Les deux matchs de la tournée en Argentine avaient mis un collectif en avant, pas un seul individu. À Tucuman, un groupe s’était créé. Tous les joueurs sont d’ailleurs sortis de cette tournée plus forts.

Quels sont vos axes de travail ?

Je dois d’abord améliorer ma gestion du jeu. Pour cela, je m’appuie beaucoup sur Heini Adams (l’ancien demi de mêlée de l’UBB) à Bordeaux. Je suis également en contacts très réguliers avec Dimitri Yachvili. Eux me donnent des avis techniques sur le poste de demi de mêlée.

Où et quand retrouvez-vous Yachvili ?

On se rejoint en général une fois par semaine, à Parentis-en-Born (le village natal de Baptiste Serin) pour travailler le jeu au pied, les passes… Dimitri m’aide également à debriefer les matchs du week-end.

Vous entraînez-vous à buter ?

Oui, beaucoup. Je ne suis pas buteur numéro 1 en club parce que Ian Madigan et Lionel Beauxis ont des taux de réussite assez élevés mais je travaille énormément ce secteur de jeu, notamment aux côtés de Dimitri (Yachvili). Le tir au but doit être une corde à mon arc.

Comment avez-vous rencontré Dimitri Yachvili ?

C’est assez bizarre, en fait. Nous avions en commun une amie journaliste. Un jour, peu après que je sois rentré de la tournée en Argentine, nous avons décidé de déjeuner ensemble et le feeling est immédiatement passé. La semaine d’après, on se rappelait. La suivante, on commençait à travailler ensemble.

Les Néo-Zélandais, invaincus depuis dix-huit matchs, vous font-ils peur ?

Déjà, il faut négocier les Samoa et l’Australie avant de penser aux Blacks… Mais la Nouvelle-Zélande est impressionnante en ce moment, c’est certain.

Un de vos tatouages, sur la jambe, représente une fougère. Est-ce le rêve absolu, pour vous, d’affronter les Blacks ?

(Il sourit) Je crois que c’est le rêve de tout joueur de rugby. Ce tatouage, il est ancré en moi. Camille Chat et Arthur Ithurria ont d’ailleurs le même. On l’avait réalisé lors du Mondial des moins 20 ans en Nouvelle-Zélande. C’était en juin 2014. Nous voulions avoir cette génération gravée dans la peau.

Comment expliquez-vous l’actuelle profusion de numéros 9 français ?

Bonne question. Le week-end dernier, à Castres (33-27), nous sommes tombés sur Rory Kockott et Antoine Dupont, qui ont réalisé de superbes performances. Chez nous, Yann Lesgourgues avait également fait une superbe entrée de jeu. C’est difficile à expliquer. Tant mieux pour le rugby français ! […] Il faut avoir un peu de gueule, comme on dit. Les jeunes doivent aimer ça !

Marc Duzan
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