[IMMERSION] McKee : « Cette médaille a été un déclic »

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    [IMMERSION] McKee : « Cette médaille a été un déclic »
Publié le , mis à jour

A la tête de la sélection fidjienne depuis trois ans, le néo-zélandais, John McKee, nous livre sa réflexion sur l’évolution rapide du rugby fidjien, et mesure l’impact que la médaille d’or olympique a eu sur la nation.

Il y a deux ans, vous étiez déjà à Blagnac pour un stage de préparation des tests de novembre. Que s’est-il passé depuis ?

Nous avons vécu une Coupe du monde particulièrement frustrante. En tombant dans la poule composée du pays de Galles, de l’Angleterre et de l’Australie, nous avons eu à faire à une forte concurrence. Nous avons plutôt bien joué face à elles, mais nos moindres erreurs nous ont coûté très cher. Il faut prendre conscience de l’écart qui nous sépare de ces équipes, et élever notre niveau. Il sera aussi important de faire évoluer notre jeu.

Dans quelle direction ?

Ah ça… je ne peux pas vous le dire ! Il ne s’agira pas d’une révolution, mais deux ou trois choses doivent évoluer, notamment par rapport à notre future confrontation face à l’Angleterre qui fait partie des meilleures défenses du monde. Si nous ne parvenons pas à déplacer très rapidement le ballon, ils nous mettront sous pression. Nous devrons aussi surprendre nos adversaires, avec des choses nouvelles et gagner en précision et en efficacité sur les zones de rucks pour avoir un maximum de libérations rapides. Aujourd’hui, les défenses sont si organisées qu’il est impossible de déstabiliser une défense sans des libérations rapides.

Vous allez rencontrer les Barbarians britanniques à Belfast et l’Angleterre à Twickenham, deux équipes prestigieuses. Est-ce le signe que les Fidji sont aujourd’hui pris au sérieux ?

Oui, c’est un indicateur fort de la qualité du rugby fidjien. Car même si World Rugby gère le calendrier global, c’est l’Angleterre qui nous a choisis. C’est une marque de respect pour nous, et cela vient de l’une des meilleures équipes du Nord.

Qu’a changé la médaille d’or remportée aux jeux Olympiques de Rio ?

Ce fut quelque chose de fantastique pour le rugby fidjien et le pays dans sa globalité. La nation entière a suivi l’équipe, et cette médaille a apporté une immense fierté à tout un peuple. Certes, les Fidjiens ont toujours évolué au plus haut niveau en rugby à 7, mais cette victoire leur prouve qu’ils peuvent réaliser de grandes choses, et vaincre n’importe qui. Nous comptons deux médaillés Olympiques qui sont aujourd’hui dans le groupe (Nakarawa et Ravuvu, N.D.L.R.), et leur simple présence aide les autres à avoir confiance en eux, à prendre conscience qu’ils sont capables de remporter des grands matchs. Nous en parlons déjà entre nous, mais nous allons encore nous en servir encore, surtout avant de défier l’Angleterre. Les joueurs ont besoin de croire en eux-mêmes. Les joueurs à VII ont provoqué un déclic chez les autres.

Dans le même temps, le VII fidjien ne deviendrait-il pas une menace pour le XV ?

Non, au contraire. Ce succès va avoir des répercussions énormes sur le rugby à XV. Le VII a toujours été majoritaire au Fidji et quoi qu’on en dise, les deux formes de rugby partagent nombre de points communs. Ils commencent donc logiquement par jouer à VII, mais même après avoir intégré la sélection à VII ils continuent à jouer à XV dans leurs clubs domestiques. Ils se font donc un nom dans le VII, mais intègrent les clubs pros à XV car c’est là qu’ils trouvent les opportunités, comme Leone Nakarawa, Niko Matawalu, ou encore Semi Kunatani ici à Toulouse. La popularité du VII n’a jamais été un problème.

Des joueurs comme Nemani Nadolo ou Leone Nakarawa sont devenus des véritables stars du rugby mondial, qu’est ce que cela change dans votre gestion de l’équipe ?

C’est fantastique car ces joueurs sont des leaders pour les autres. Mais de façon générale, les joueurs fidjiens ont changé de statut dans leurs clubs. En trois ans, j’ai vu ce changement et aujourd’hui bon nombre d’entre eux sont des cadres dans leurs équipes de Top 14 : je pense à Dominiko Waqaniburotu à Brive ou Akapusi Qera à Montpellier… Avant, ce n’était pas le cas. En sélection, ces joueurs sont des leaders, et se comportent en tant que tels. C’est donc très positif pour nous.

Il y a quelques mois, l’ailier Patrick Osborne a décidé de jouer pour les Fidji et non la Nouvelle-Zélande. Est-ce un signe fort ?

Oui, cela montre que les joueurs ont de la fierté à représenter leur pays, car je peux vous dire qu’ils ne viennent pas pour l’argent ! Bien sûr, d’autres ne font pas ce choix, comme Nathan Hughes qui est fidjien mais qui vient d’être sélectionné avec le XV de la Rose. Financièrement, les Anglais ont des arguments que nous n’avons pas. Je vais compenser ceci par une présence accrue en Europe l’année prochaine, pour sensibiliser les jeunes joueurs fidjiens sur leur possible avenir international. Au moins 35 de nos meilleurs joueurs sont dans le Nord.

Le talent des joueurs fidjiens attire également des individus malfaisants, qui les exploitent. Êtes-vous conscient de ces situations et que faites-vous pour lutter contre ?

C’est un vrai problème en effet, d’autant que le simple fait de partir pour l’Europe constitue déjà une véritable épreuve en soi, surtout pour les jeunes joueurs. Mais la Fédération française nous offre une aide précieuse en recensant tous les joueurs fidjiens évoluant en France, jusque dans les divisions amateurs. De cette façon nous savons qui se trouve où et pouvons les contacter facilement. De notre côté, nous avons recruté une personne pour préparer les joueurs à ce voyage et faire office d’interlocuteur une fois qu’ils sont en Europe. Enfin, nous travaillons à établir une liste d’agents « officiels » pour ainsi dire, qui présentent un certain nombre de garanties sur leurs compétences et leurs méthodes.

Comment faites-vous pour rester en contact avec les membres de cette diaspora fidjienne ?

Facebook, cher ami ! Notre analyste vidéo passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux pour échanger avec les joueurs. C’est le meilleur moyen, car ils ne répondent pas toujours aux mails. Là, en moins de deux heures nous avons une réponse ! Nous avons également créé un groupe fermé sur Facebook via lequel nous faisons passer beaucoup d’informations. Cela fonctionne très bien !

Simon Valzer
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