Fofana : « J’ai trouvé de l’aide »

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    Fofana : « J’ai trouvé de l’aide »
Publié le , mis à jour

Dimanche, le Clermontois, Wesley Fofana, est revenu sur sa performance. Jugée étincelante par beaucoup, il se veut plus modéré. Il revient sur son association avec Lamerat, l’évolution de son jeu et son replacement au centre. En toute franchise, pour un joueur rare dans les média.

Votre performance face aux Samoa a été largement louée. Comment la jugez-vous personnellement ?

Collectivement, oui, c’était plutôt bien. Mais il reste pas mal d’erreurs sur nos fins de mouvements. Des gestes simples et mal assurés qui nous coûtent deux ou trois essais. Moi le premier, j’en ai commis et je regrette ces petites erreurs parce qu’elles viennent au terme de longues actions où nous avions bien déroulé notre jeu. Globalement, je suis plutôt déçu à cause de ce déchet.

Votre passe ratée pour Virimi Vakatawa, en première période, par exemple ?

Ça, c’est un problème plus global. Nous jouons très mal le coup. Mais il y a plein de petites choses. Une fois, près de la ligne, j’essaie d’y aller seul. Si je temporise, on marque certainement en suivant. Il y a eu plusieurs erreurs de ce type.

On a vous a vu trouver beaucoup d’espaces, qui vous échappaient ces dernières saisons. Comment l’expliquez-vous ?

Par beaucoup de facteurs. La première : porter le maillot de l’équipe de France est un honneur et une fierté mais cela demande beaucoup physiquement. Il en découle des blessures. Vous avez moins de temps pour vous, pour votre famille, pour votre tête. Cette accumulation peut expliquer que je n’ai pas été performant tous les week-ends. Cet été, j’ai eu de longues vacances et du temps pour moi, comme je n’en avais plus eu depuis longtemps. Cela m’a fait du bien. J’ai aussi pris de l’expérience sur le terrain et dans ma vie d’homme, avec des rencontres importantes. J’ai enfin fait évoluer mon jeu.

C’est-à-dire ?

Je voulais amener quelque chose de différent, à mon club et à l’équipe de France. Je ne voulais pas passer ma carrière à être un puncheur et rien d’autre. Je voulais plus, faire évoluer ma panoplie. Mais cela prend du temps. Ça ne vient pas si facilement. C’est une période pendant laquelle j’ai entendu, à l’extérieur, que ça ne servait à rien. Que je n’étais plus bon, que j’étais moins prolifique. Mes entraîneurs, eux, ont cru en moi et m’ont encouragé à ne pas lâcher.

Le costume de sauveur, qui vous a vite été collé, était-il été lourd à porter ?

Bien sûr qu’il était lourd. Cela aurait été dur pour n’importe qui, n’importe quel jeune joueur. Très vite, dans ma carrière, on attendait que je traverse le terrain tous les week-ends. Quand je n’y arrivais pas, on disait que je n’étais pas bon. J’ai persisté et on a commencé à dire que je ne faisais jamais de passe. J’ai essayé d’en mettre davantage dans mon jeu et on m’a remis dans la tête que, du coup, je ne traversais plus le terrain. C’est un cercle mais toutes ces choses sont dures à gérer pour un jeune. J’ai trouvé de l’aide autour de moi. Dans mon club et à l’extérieur. Dans mon coin, il y a deux ans, j’ai décidé de faire évoluer mon jeu. Les gens qui m’entourent m’ont dit de me concentrer dessus, de ne pas lâcher. De ne pas écouter ce qui se disait en dehors. Que ça prendrait du temps mais que cela paierait tôt ou tard. J’ai l’impression que je trouve actuellement ce rugby que j’ai envie de donner.

Ce samedi, votre bonne entente avec Rémi Lamerat a été mise en avant : cela pèse-t-il vraiment sur votre performance ?

Oui, énormément. Beaucoup plus qu’on peut le croire. Samedi, j’attaquais avec Rémi (Lamerat, N.D.L.R.) d’un côté et Scott (Spedding) de l’autre. On se connaît bien. Sur le terrain, on gagne du temps : je sais à l’avance où mon coéquipier va venir, quand il va venir et comment il va venir. Je sais ce qu’il aime et tout le monde peut anticiper. Plein de petites passes entre nous, effectuées samedi, on ne les aurait peut-être pas tentées avec un autre joueur.

De notoriété, votre relation avec Rémi Lamerat est également excellente en dehors des terrains. Cela compte-t-il aussi ?

Oui. Énormément, là encore. Vous pouvez faire tous les grands discours, l’affinité entre les joueurs est un critère très important. Si vous avez un bon feeling en dehors du terrain avec un mec, cela se retrouve sur le terrain. Il n’y a rien de mieux parce que le plaisir est totalement partagé. J’adore Gaël (Fickou, N.D.L.R.), j’adore jouer avec lui. Mais quand vous vivez toute l’année avec quelqu’un, vous développez d’autres affinités. Avec Rémi, on se voit tous les jours, on partage énormément de choses. En plus, nous sommes un peu dans le même « délire ». ça compte.

Vous venez aussi de retrouver le centre du terrain, après un passage à l’aile. Un poste que vous ne goûtiez pas vraiment. Un soulagement ?

Non, quand même pas. C’est l’équipe de France et je suis là pour servir l’équipe. Mais individuellement, c’est sûr que je trouvais moins de plaisir et que je partageais moins de choses, parce que je n’apprécie pas le poste.

Avez-vous partagé ces états d’âme ?

Les ressentis en tant que joueur, oui. J’ai eu beaucoup de discussions sur le sujet avec Guy (Novès) et Franck (Azéma). Tout le monde est d’accord sur le fait que je préfère jouer au centre. S’il faut dépanner, je serai toujours là. Mais ils connaissent ma préférence.

Vous êtes-vous un temps braqué sur le sujet ?

Si on juge qu’il y a meilleur que moi au centre, je l’accepte. Je suis même prêt à ne pas être sélectionné et travailler dur, pour revenir à un poste où je veux tout donner pour l’équipe. Plutôt que de jouer à un poste ou j’ai moins de feeling et moins de repères.

C’est une position très tranchée…

Mais je comprends que d’autres mecs puissent être supérieurs à mon poste ! Je dis simplement que, si c’est le cas, je bosserai à fond tout ce qu’on me demande, pour jouer au centre. Je n’ai pas dit qu’il était hors de question de jouer à l’aile. C’est une conversation ouverte que j’ai eue avec Guy, où chacun a pu exprimer ses ressentis. Il a compris ma position.

Léo Faure
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