Battut : « Fier de ce que nous avons accompli »

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    Battut : « Fier de ce que nous avons accompli »
Publié le , mis à jour

Jeudi dernier, Patrick Battut est sorti de sa réserve pour dénoncer la tonalité d’une campagne électorale politisée à l’extrême. L’ancien président du comité Midi-Pyrénées, qui a laissé son fauteuil à Gilles Sicre, pointe ici du doigt les menaces, insultes et mensonges. Le vice-président de la FFR, soutien de Pierre Camou regrette que le projet de Grand Stade ait été utilisé comme un épouvantail, et défend avec force et détails le bilan du président Camou.

Quel regard portez-vous sur la campagne ?

Je me suis réjoui de la pluralité du débat d’idées, qui devait être véritable force pour nous tous. Mais je constate que la campagne a très vite sombré, parsemée de coups bas, d’invectives et d’enfumages. Elle n’a pas été à la hauteur des enjeux qui devaient présider à cette élection, et cela ne fait pas honneur au rugby français.

On sent chez vous une vraie déception…

Disons que je suis interloqué par le comportement de l’ancien entraîneur de l’équipe de France (Bernard Laporte, N.D.L.R.) et son entourage. On ne peut pas avoir occupé des fonctions au plus haut niveau de l’État et se comporter de la sorte. Pour moi, les invectives et insultes proférées, entre autres à l’encontre d’un arbitre du Top 14, président de la Ligue nationale de rugby, de la Fédération et de ses dirigeants, ne sont pas dignes d’une personne qui prétend représenter l’ensemble du rugby français (Laporte avait traité un arbitre de « Pipasse », comparé la FFR à la Corée du Nord et avait surnommé Paul Goze « Ali Bongoze », en référence grossière à Ali Bongo, président du Gabon).

Mais pourquoi sortir du silence seulement aujourd’hui ?

Parce qu’on ne peut pas tout accepter et laisser dire sans réagir. Parce que je pensais que l’on en viendrait un jour aux contenus des programmes mais, visiblement, je me suis trompé. Les choses volent toujours aussi bas, cantonnées autour du vote décentralisé et du Grand Stade. À ce sujet, il faut arrêter de faire croire que l’avenir de ce projet est lié à l’élection. C’est totalement faux puisque la décision reviendra aux clubs, dans quelques mois, lors d’un vote en assemblée générale extraordinaire. Ils seront les seuls décideurs et, vous en conviendrez, on ne fait pas plus démocratique. Certains candidats s’en saisissent comme d’un épouvantail pour apeurer les clubs… Ne soyons pas dupes.

D’un point de vue personnel, comment jugez-vous ce projet ?

Comment peut-on reprocher à une fédération de vouloir augmenter ses ressources, comme toute entreprise le ferait, en ayant recours à l’investissement pour rester compétitive sportivement et indépendante financièrement ? On ne pourra plus se reposer, demain, sur les seules subventions et/ou le sponsoring en vendant par exemple un maillot (Bernard Laporte veut y apposer le nom d’un sponsor pour 5 à 10 millions d’euros par saison) au risque de diminuer l’apport des actuels partenaires de l’équipe de France… C’est facile de dire : « Je vais piquer l’argent du rugby pro », promettre des millions comme s’ils en pleuvaient et des cadres techniques supplémentaires quand on fut le secrétaire d’État qui a baissé le montant de la Convention d’objectif État/FFR (elle a baissé d’un million d’euros en 2008) et supprimé quatre postes de cadres techniques… Il dit aujourd’hui vouloir recruter des cadres techniques mais pourquoi ne l’a-t-il pas permis à l’époque ! On fait mieux en termes de crédibilité.

Franchement, le Grand Stade vous semble-t-il indispensable au rugby français ?

Oui. Le stade et tout ce qui l’accompagne doivent nous permettre de construire le rugby de demain. Car nous serions de sérieux incompétents si nous ne pensions pas à l’avenir. Je m’étonne d’ailleurs que Bernard Laporte, qui fut l’entraîneur d’un président qui a transformé Toulon (Mourad Boudjellal), n’adhère pas à cette idée qui améliorera les finances de la FFR, offrira de nouveaux moyens à l’ensemble du rugby français. Ce n’est pas un projet pour l’équipe de France ou le rugby pro, c’est un projet qui permettra d’aider l’ensemble des clubs français.

Mais vous ne pouvez pas nier le risque financier.

Il y a un risque, comme pour n’importe quel investissement. Mais il serait encore plus dangereux de ne rien faire. Les 1 800 clubs auront à se prononcer sur le projet avec tous les éléments mis à leur disposition. L’avenir se construira ensemble et, je le répète, le pouvoir appartient aux clubs.

Passons au…

(Il coupe) Arrêtons la désinformation et la manipulation en liant le Grand Stade et l’élection fédérale ! Je suis quand même étonné du positionnement de l’ancien secrétaire général de la FFR (Alain Doucet) qui a utilisé le Grand Stade pour justifier sa candidature et ses différences avec Pierre Camou. Je rappelle qu’il a fait le tour des comités pour porter ce projet et présenter la maquette du Grand Stade. Il a aussi joué un rôle actif dans la commission mise en place pour choisir le constructeur. Enfin, je m’interroge sur ses propositions de candidat qu’il n’aurait pas pu mettre en œuvre durant ses quatre mandats.

Vous visez les adversaires de Pierre Camou mais son bilan est loin d’être satisfaisant si l’on considère les résultats sous Saint-André.

Le bilan de Pierre Camou est pour moi très positif : la convention FFR-LNR est un vrai succès. Grâce à lui, la Fédération a évolué comme jamais avec le déménagement à Marcoussis et la création d’un véritable club France. L’institution s’est aussi professionnalisée et les licenciés sont très largement en hausse : +25 % chez les hommes, +60 % chez les arbitres et +100 % chez les filles. Enfin, outre la préservation de la santé des joueurs, il a su accompagner le développement du rugby dans de nouveaux territoires qui ont largement contribué à impulser une nouvelle dynamique au sein de nos fiefs historiques.

N’empêche, nous sommes toujours à la traîne concernant le rugby à VII.

C’est typiquement français de voir le verre à moitié vide. La FFR est l’une des rares fédérations françaises à avoir qualifié deux équipes, filles et garçons, pour les JO. Au final, les résultats légitiment les moyens mis en place. À l’avenir, les efforts devront être portés en conséquence. Pour cela, je fais confiance au président. C’est un homme dévoué corps et âme au service de l’institution. Je ne peux pas me résigner à accepter l’improbable discours populiste qui détruit systématiquement son bilan. C’est tellement loin du respect, du droit à la différence et du partage qui sont indispensables à l’équilibre du rugby français. Notre culture n’est pas ailleurs.

Mais vous ne pouvez pas nier les difficultés du monde amateur. Bernard Laporte en fait même son cheval de bataille.

Pierre Camou a hérité d’une situation il y a huit ans et il s’est battu pour l’améliorer. Il a fait preuve d’un sens du devoir pour protéger les clubs en faisant systématiquement prévaloir l’intérêt général avec l’adoption de mesures qui furent impopulaires. Qui peut se targuer de pareils engagements ? J’ai personnellement été dirigeant d’un comité territorial pendant 24 ans, et je sais combien les clubs sont confrontés à des problèmes au quotidien. Pour autant, il convient toujours d’adopter une vision d’ensemble, d’être attentif aux autres et de toujours se placer au service de l’intérêt général. Je suis fier de ce que nous avons accompli.

Allez-vous poursuivre votre engagement ?

Je le souhaite sincèrement. Je pense encore avoir assez d’énergie. C’est ma passion et je veux rester au service des autres.

Vous ne vous êtes pas représenté à la présidence du comité Midi-Pyrénées et, dès lors, se pose la question de votre présence sur la liste de Pierre Camou… Qu’en est-il ?

Cette réponse appartient au Président (les listes des différents candidats à l’élection fédérale doivent être déposées avant dimanche soir minuit).

Emmanuel Massicard
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