[FRANCE - NOUVELLE-ZELANDE] Aux armes !

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Publié le , mis à jour

Un an après l’humiliation vécue en Coupe du monde, l’équipe de France de Novès est contrainte d’assumer le devoir de revanche face à la crème du rugby mondial. Un drôle de défi...

Papé décolle dans le ciel du Millennium avant de s’écrouler au sol, tel un pantin désarticulé et désanimé. Balayé d’un raffût banal de la main droite du magicien Dan Carter, une bonne vingtaine de kilos en moins sur la balance, qui s’ouvre l’espace et ridiculise le deuxième ligne parisien devenu premier rôle d’une comédie dramatique qui dura quatre-vingts minutes et 9 essais… Les Blacks ont marché sur les Bleus. C’était l’an dernier, le 17 octobre précisément, en quart de finale de Coupe du monde et Philippe Saint-André terminait son mandat en laissant l’équipe de France aux portes du néant. 62-13. Nous n’avions rien oublié de Papé ainsi humilié, ni même de Frédéric Michalak contré par Retallick, blessé et envoyé directement à la retraite sans autre forme de célébration quand Julian Savea, fusée à réaction, signe un triplé sans jamais relâcher l’étreinte.

Rarement joueurs néo-zélandais nous étaient apparus aussi froids, impavides, sans pitié ni considération pour leurs adversaires gisant au sol. Ils tenaient leur revanche et, vous l’aviez compris, nous feraient payer toutes les humiliations subies depuis tant d’années. Auckland 1979, le doublé de 1994, Twickenham 1999 et, enfin, Cardiff 2007… En revenant sur les lieux du « crime », ils ont chassé les fantômes et ont rétabli l’honneur de Carter et McCaw, battus dans ce même stade, déjà en quart de finale, dans un Mondial qui leur tendait les bras. Et parce qu’ils avaient certainement encore un peu motivation dans le réservoir, z’ont aussi recollé la mâchoire déglinguée d’Ali Williams et remis sur pied Chris Masoe, victime de Chabal en 2007… Z’ont enfin vengé Wayne Shelford, victime de l’édit de Nantes signé Fouroux en 1986… Ce jour-là, le troisième ligne black avait eu quatre dents cassées, le scrotum déchiré et un testicule pendant, avant de sortir définitivement en seconde période, victime d’une commotion cérébrale. L’un des plus beaux morceaux de la boucherie d’ovalie ! 405 jours plus tard, les rôles sont inversés même si les retrouvailles ne s’écriront pas sur fond de Mondial. Il faudra attendre 2019 - et peut-être un peu plus - pour que la légende reprenne véritablement son cours.

Irlande ou Argentine, choisissez vos modèles

Pour l’heure ? Un drôle de match de rugby nous attend, entre la plus grande des équipes et un XV de France en totale reconstruction. Affirmer une telle évidence ne suffit pas à rassurer Julian Savea, qui déclarait cette semaine : « Le fait de les avoir battus l’an passé, ils vont vouloir laver l’affront… On sait qu’ils ont envie de prendre leur revanche, comme nous la semaine dernière face aux Irlandais. » Guirado, Maestri, Picamoles, Nakaitaci et Dulin, les rescapés du naufrage, ne diront pas le contraire. Contraint d’assumer l’héritage et devenu, malgré lui, laveur d’affront, Guy Novès tempère malgré tout : « Je vois surtout ce rendez-vous comme un match dur pour nous. Excitant ? Je ne sais pas. Non, franchement je ne pense pas. C’est un match de devoir. On vient de jouer les finalistes, maintenant on va jouer les champions du monde, double champions du monde en titre même. Ils sont les meilleurs, tout simplement. Au-dessus, il n’y a plus rien. Après ça, on aura fait le tour de la question. Alors oui, l’équipe de France termine en apothéose. Mais moi, cela ne m’excite pas du tout. Je préfère garder mon sang-froid et j’aimerais que mes joueurs en fassent autant. »

Le sélectionneur ne rêve pas. Il sait combien le défi qui attend ses hommes relève de l’impossible : les Blacks ont broyé tous leurs adversaires depuis deux ans, en dehors des Irlandais qui ont fait déjouer les Néo-Zélandais en début de tournée. Une première en cent onze ans et vingt-huit confrontations, grâce à un plan de jeu extrêmement fermé et une discipline rigoureuse (quatre pénalités). « Contre les Blacks, plus tu joues, plus tu as des chances de perdre » résumait l’entraîneur irlandais de Grenoble, Bernard Jackman. Les Verts, impériaux en conquête, ont fait la différence en début de rencontre grâce à deux ballons portés pour signer deux essais à zéro passe. Ils se sont souvent appuyés sur du jeu au pied de pression et, ultime secret irlandais, les « chokes tackles » ont empêché les Kiwis d’enchaîner à pleine vitesse. Une source d’inspiration pour les Bleus ? Il faut l’espérer… Toutes les équipes qui ont osé tenir tête aux Blacks en attaquant sans cesse ont explosé. Dont les Argentins, battus 57-22 en septembre (8 essais pour les Blacks) après avoir encaissé un 33 à 0 dans la dernière demi-heure. Pourtant, Novès jure qu’il ne fera pas machine arrière. « Ce serait perdre du temps sur notre construction. Est-ce que nous allons tout jouer ? Je ne dis pas cela. Il y aura forcément de l’adaptation à l’adversaire, des secteurs ciblés où nous espérons pour rivaliser. Mais nous ne contenterons pas du minimum. On ne se reniera pas. »

Les lois du haut niveau

Des paroles aux actes, les Français ont revisité leurs classiques cette semaine. Mettant entre autres l’accent sur les rucks et la qualité des nettoyages pour gagner au grattage, ce qu’ils n’ont pas su faire face à l’Australie. Atonio, Ollivon et Picamoles doivent rendre une copie autrement plus sérieuse pour épauler Maestri et Vahaamahina. Le pack tricolore ne pourra se contenter de regarder jouer ses trois-quarts, qui ont prouvé leur capacité à s’inscrire dans un projet au plus haut niveau. Samedi, le GPS d’un attaquant tricolore indiquait plus de neuf kilomètres parcourus quand, en Top 14, il flirte avec les cinq bornes. Du simple au double, sans exploser. Forcément encourageant avant d’affronter les Blacks. Mais toujours inquiétant : notre championnat d’élite ne prépare pas ses meilleurs joueurs aux joutes internationales. Novès commente : « Le très haut niveau, ce sont des enchaînements de temps de jeu, des initiatives et des prises de risque. Le rugby de conquête-défense-jeu au pied peut permettre de gagner, je l’ai parfois fait au Stade toulousain. Mais il ne suffit plus pour affronter les meilleurs. Il faut rouler sur le fil rouge à fond, le cœur à 180 pulsations, au point de rupture, obliger l’adversaire à venir avec vous sur ce précipice et espérer qu’il tombe en premier. »

Un message pour l’avenir… Le présent, lui, s’écrira sur un mode plus mesuré : les Bleus ne maîtrisent pas encore totalement les données techniques d’un jeu ambitieux qui ne supporte aucune faiblesse. Alors Novès crochète : « Les Blacks, c’est le col le plus haut. Cette génération de joueurs ne l’a jamais franchi. Nous verrons si nous en sommes capables ou si, au moins, on peut se rapprocher un peu du sommet… Nous avons rendu coup pour coup aux Australiens et nous aurions pu l’emporter si le dernier drop passe. Nous avons rivalisé, je pense, en ne perdant que de deux points. Le problème, c’est que ces Australiens ont joué trois fois les Blacks cet été et qu’ils ont pris trois fois trente points. Si on perd de trente-deux points, on sera peut-être proche de la réalité. » Par-delà le résultat, le destin de Novès, celui des élections fédérales, reste l’essentiel à cette heure : le rugby lui-même. Les Bleus ont rallumé la flamme. Qu’ils la gardent donc vive !

Emmanuel Massicard
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