[FRANCE - NOUVELLE-ZELANDE] Vahaamahina, l’homme heureux

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    [FRANCE - NOUVELLE-ZELANDE] Vahaamahina, l’homme heureux
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Souvent intermittent de l’équipe de France, longtemps renfermé sur lui-même, le Clermontois, Sébastien Vahaamahina, a appris à aimer le contact de l’autre et les longues semaines au CNR de Marcoussis. Il se confie désormais volontiers. Et parfois, ça décape.

En début d’année, nous posions cette question, si simple et si complexe à la fois, à Sébastien Vahaamahina : « Êtes-vous désormais un homme heureux ? » « Pourquoi dites-vous ça, parce que je parle plus ? » Vahaa s’en rendait donc déjà compte. Il parle plus ou plutôt, il parle. Ce qui est déjà un énorme progrès. Il parle à ses coéquipiers, à ses entraîneurs, aux supporters qu’il croise et donc à ces journalistes, qui l’avaient vite catalogué d’antipathique, à son époque perpignanaise. Beaucoup de ses partenaires catalans également. « C’était partiellement de ma faute, aussi. Je ne me sentais pas bien et je me suis renfermé sur moi-même. Je me suis mis à l’écart, j’ai arrêté de vivre avec le groupe. Les gens ne m’ont pas compris. » Ce constat, qu’il dressait après son arrivée à Clermont, valait aussi pour l’équipe de France. À Marcoussis, le Néo-Calédonien s’est longtemps senti mal à l’aise. Mis à l’écart, autant de son propre chef que par la défiance de ses coéquipiers. Comme invité à une table qui n’était pas de son rang, à laquelle il ne comprenait ni les codes, ni les enjeux. « Je n’ai pas toujours été bien à Marcoussis, confirmait-il cette semaine. Pas souvent même. C’était dû à tous ceux qui étaient autour de moi, certains coéquipiers, le staff. Ma façon de penser ne correspondait pas à certains et je me suis renfermé. Mais aujourd’hui, c’est différent. Je me sens beaucoup plus libre. Et j’ai changé. J’arrive à être beaucoup plus ouvert. »

« On m’a pris pour un arrogant »

Pas totalement détendu non plus, Vahaamahina se triturait encore les mains, mardi à Marcoussis, au moment de se confier face aux micros. Mais il affichait un grand sourire. Quelque chose de doux, d’apaisant, à l’opposé de ce sourire parfois jugé narquois, quand il l’opposait en seule réponse à des questions qu’il jugeait inutiles. « Quand je suis embarrassé, quand je me sens mal, je souris. Je souris tout le temps, en fait ! On m’a pris pour un arrogant parce qu’il n’y avait que le sourire, pas les mots qui allaient avec. Il faut aussi savoir mes origines pour me comprendre. D’où je viens, on ne parle pas beaucoup. Un sourire peut suffire. Pas comme ici, en métropole. Quand je suis arrivé, à Brive, le rapport à ceux qui m’entouraient était totalement différent de ce que je connaissais. Il m’a fallu du temps pour me sentir bien. »

À l’opposé de ses débuts renfermés et sauvages, Vahaa décroche aujourd’hui une large empathie chez ceux qui le côtoient. Il fuit moins, et séduit. Le résultat d’un important travail sur lui-même, que le colosse a entrepris dès son arrivée à Clermont. « Sébastien a débarqué chez nous avec une image très négative accrochée dans le dos, et qui ne correspondait absolument pas au garçon que nous côtoyions, au quotidien, se souvient Vincent Duvivier, responsable communicaton-presse à l’ASMCA. C’est un garçon très simple, toujours poli et extrêmement attachant. Mais cette image négative à l’extérieur était un problème. Il a fallu lui faire comprendre que, pour lui autant que pour nous, la communication était importante. Qu’il devait s’ouvrir, accepter de se confier et de faire confiance. Qu’il se dévoile un peu. » À Clermont, le mauvais mec présumé est devenu une mascotte du vestiaire. D’abord appelé « Le grand », puis « Denver » ou « Dino » en référence à ce physique gigantesque. Puis rapidement chapeauté par quelques anciens du groupe. « Le Grand, quand il est arrivé, il ne disait pas un mot. Maintenant, on ne peut plus l’arrêter ! », se marrait Morgan Parra, observant il y a peu son deuxième ligne face aux micros, après un match de l’ASMCA.

Communication sans filtre

Il a toutefois conservé un style direct. Parfois explosif, toujours honnête. « Je suis dans mon coin, je ne dis rien. Et d’un coup, ça explose. Je sais que je suis trop cash. Je n’ai pas vraiment d’étape intermédiaire dans ma manière de m’exprimer. Si un truc m’énerve, je le balance très simplement mais directement, sans préparer le terrain. » Relancé à plusieurs reprises sur la suprématie All Black, cette semaine, Vahaa a d’abord baissé la tête et répondu quelques banalités. « C’est une belle équipe, oui. […] Ils jouent très bien, c’est vrai. » Puis il a soufflé. Nouvelle relance : « ça vous agace qu’on en fasse autant sur les Blacks ? » « Oui. Nous sommes là aussi. Les Blacks ne sont pas seuls dans le monde du rugby. Ils sont comme tout le monde, deux bras et deux jambes. Ils écrasent tout le monde ? Pour nous, on verra samedi. Mais je peux vous dire qu’il y a un sentiment de revanche. Certains veulent leur mettre la misère. » Direct, on vous dit.

Vahaamahina aura l’occasion d’assumer ces propos puisqu’il jouera, samedi. Une logique sportive aujourd’hui, pas hier. Même pour le joueur, qui s’avoue désormais mieux dans ses pompes quand il franchit les grilles du CNR. Il lui reste à rendre tout cela face aux All Blacks, sur le terrain. Pas seulement à grands coups de sourires mais aussi dans le combat du sol, pour ralentir au maximum la belle machine all black. Une perspective sur laquelle insiste le sélectionneur. « Sébastien donne parfois la sensation d’une joie de vivre permanente. Il y a chez lui toujours plus de sourires que de haine, raconte Guy Novès. C’est un garçon qui entre sur le terrain pour prendre du plaisir avec ses copains, sans cette idée qu’il part à la guerre. Le problème, qu’on joue dans la cour des grands, c’est justement qu’on ne joue pas. On bataille. » La réponse du joueur est attendue pour samedi, 21 heures.

Léo Faure
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