[ Dossier XV de France ] Guy Novès : « Je tiens à ma liberté »

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    [ Dossier XV de France ] Guy Novès : « Je tiens à ma liberté »
Publié le , mis à jour

Après le dernier match de la Tournée de novembre, le sélectionneur du XV de France s’est confié sur l’actualité de son équipe et du rugby français. Entretien.

La Tournée

Malgré la défaite, le public est resté au Stade de France, samedi, pour acclamer les joueurs. Est-ce finalement cela, le boulot d’un sélectionneur ?

Ça dépend des contextes, de l’histoire. Ces gens-là méritaient en tout cas de repartir la tête haute en se disant : « c’est bien d’être Français ». En cette année, le public nous attendait là-dessus. S’ils nous applaudissent, c’est que les joueurs qui se sont battus dans l’arène méritaient d’être salués. Ces applaudissements, ce sont bien sûr une part essentielle de notre engagement.

Celle qui vous a animé quand vous avez construit votre projet de jeu, résolument offensif ?

Non, la cible, c’était de gagner. Mais pas n’importe comment. Parce que je suis convaincu que pour gagner face aux meilleures nations, c’est comme ça qu’il faut jouer. Mais la cible, c’est évidemment de gagner.

Ce qui pondère donc les satisfactions de ces tests-matchs…

Nous sommes sur un chemin. Quand vous avancez sur un chemin, pas après pas, il faut regarder où vous mettez les pieds. Si vous fixez la cible, en point de mire, vous commencez à zigzaguer. Je préfère qu’on se concentre sur le chemin plutôt que sur la cible.

Quelle satisfaction retirez-vous de ce bloc de trois matchs ?

La continuité. On peut construire d’un match à l’autre, en s’améliorant. Ce qui est compris et qui a généré de la confiance chez les joueurs, c’est de l’acquis. C’est validé et on peut construire dessus pour avancer sur notre chemin, qui est notre projet.

Quelles sont, à l’inverse, les déceptions ?

Sur l’Australie, nous nous sommes tous rendu compte que le travail dans les rucks avait été infime. Nous n’avons pas été au niveau dans l’engagement physique. C’est dommage mais ça a été rectifié contre la Nouvelle-Zélande, que nous avons marquée physiquement. Face aux All Blacks, mon groupe s’est effectivement approprié notre projet de jeu mais il a aussi été fort sur les basiques, l’engagement physique et les duels. Ce sont des caractéristiques essentielles, qui servent le projet de jeu mais qui n’en sont pas partie intégrante. La prochaine fois, on essaiera d’améliorer la finition.

Le match face à la Nouvelle-Zélande a prouvé que les Bleus pouvaient bien rivaliser avec les meilleures nations. Ce dont on avait un temps douté…

C’était notre défi. Notre rendez-vous de l’homme. Est-ce qu’un homme en vaut un autre ? Ces semaines, les hommes de France ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux hommes d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. Nos joueurs ont compris que le projet de jeu, que j’ai construit avec mon staff, allait permettre de faire émerger leur talent. Cette étape, après un an de travail, elle est acquise. Mon défi, désormais, c’est qu’ils soient capables d’en sortir, sans se perdre. Leur talent s’exprimera alors encore plus.

Les tests finis, quelle est désormais votre urgence ?

Que les joueurs récupèrent. Qu’ils digèrent leur aventure de quatre semaines avec nous et qu’ils reviennent en club pour donner le meilleur. C’est important. Pour jouer avec l’équipe de France, il faut être brillant avec son club. Il faut le servir comme ils ont servi la France.

Avec la crainte que des joueurs se rangent, de retour en club, en attendant le retour de l’équipe de France…

Je n’ai jamais connu ça au Stade toulousain. Je n’ai jamais eu de joueurs qui trichaient avec le club. Un compétiteur ne peut pas entrer sur un terrain de rugby en se ménageant. Je n’arrive pas à le croire, d’autant que c’est le meilleur moyen de provoquer des blessures. C’est un sport de combat, il faut toujours mieux détruire l’adversaire avant de se faire détruire soi-même. Ceci étant, il peut y avoir d’autres phénomènes. Un excellent joueur se met au rythme de l’équipe dans laquelle il joue. Il y a des équipes de notre championnat qui sont excellentes, qui pratiquent un rugby qui nous correspond pleinement. Je citerai en premier Clermont-Ferrand. D’autres qui évoluent bien, comme La Rochelle. Ce sont des moteurs, qui nous assurent de la continuité.

Les Hommes

Les performances individuelles vous donnent-elles raison sur votre politique de stabilité, depuis l’Argentine ?

C’est-à-dire ?

On a le sentiment que vous ne vous êtes pas trop trompé sur les hommes…

Déjà, je vais dire immédiatement que quand je choisis des hommes, nous sommes en fait trois. Quand je dis « je », c’est plutôt « on », avec Yannick Bru et Jeff Dubois. C’est un travail d’équipe. Moi, je tranche quand il y a un doute, puisque ce sont mes prérogatives. Vous dites qu’on ne s’est pas trompé ? C’est présomptueux. Je n’en suis pas si sûr.

Quels cas vous chagrinent ?

Des garçons comme Noa (Nakaitaci, N.D.L.R.) ou Camille (Lopez, N.D.L.R.) nous ont rejoints sur des blessures. Ils n’étaient donc pas là au départ. Est-ce qu’on s’était trompé sur leurs cas ? La question mérite d’être posée. Est-ce que Brice Dulin, qui n’y était pas, était une erreur ? Je pars du principe qu’on a ce qu’on mérite. Si ces garçons sont revenus, c’est qu’ils le méritaient. J’ai toujours dit que la porte n’était fermée à personne. C’est toujours le cas aujourd’hui. Mais il faut aussi prendre en compte quand les gens déjà présents donnent satisfaction. Au final, avec cette logique et après un an de travail, nous sommes sûrs de 95 % de notre effectif. Nous n’avons pas perdu de temps. Nous pouvons entrer dans une nouvelle étape du point de vue des hommes.

Le cas de Lopez est double. Il est aussi votre quatrième ouvreur en dix matchs. N’est-ce pas trop ?

J’entends partout qu’on cherche un ouvreur. Ça ne m’énerve même pas, ça me fait plutôt sourire. Parce qu’on ne cherche pas ! Nous avons un ouvreur, qui est François Trinh-Duc, qui nous a toujours donné entière satisfaction. Il a été excellent en Argentine, idem sur le temps qu’il a passé sur le terrain face aux Samoa, avant de se blesser. Il menait la danse. À côté de lui, c’est Jules Plisson qui a démarré. Je ne dirais pas qu’on s’est trompé avec Jules. Mais avant de revenir avec nous, il aura un cahier des charges à remplir. On verra s’il s’en donne les moyens. Ensuite, il y avait Jean-Marc (Doussain, N.D.L.R.), capable de faire beaucoup de choses et dont on connaît les qualités. Mais à ses côtés, il nous fallait un deuxième joueur. C’était l’occasion de voir Camille Lopez, aux qualités indéniables. Nous voulions savoir s’il était capable de reproduire avec nous tout l’enthousiasme et les prestations qu’il montre en club. Hier face aux All Blacks et avant-hier face à l’Australie, il nous a montré qu’on pouvait compter sur lui. Avec cette opportunité que nous lui avons donnée, il a mis les deux pieds en plein dans notre projet.

Face aux Néo-Zélandais, un joueur a crevé l’écran…

(il coupe) Kevin Gourdon, non ?

Oui. Au-delà de sa performance, êtes-vous surpris qu’un joueur de ce physique modeste puisse exploser à l’international ?

Je ne sais pas si le terme « surprendre » est le bon. Je suis en admiration devant sa capacité d’adaptation intelligente. Je sais que les joueurs les moins costauds sont les plus intelligents sur le terrain. C’est logique, ils se sont développés en s’appuyant sur leur capacité à comprendre. Leur muscle le plus important, c’est la tête. Je savais Kevin brillant dans certains secteurs mais pour répondre aux contraintes du niveau international, il fallait qu’il me démontre aussi une capacité de joueur de rugby basique, combattant. Qu’il exprime un peu plus ce tempérament, qui n’est pas sa première qualité. Je voulais qu’il relève le défi physique imposé par les Blacks. Il l’a fait, tout en conservant cette dose d’intelligence, de finesse technique. C’est quelqu’un qui se construit un bel avenir avec nous.

Les Élections

Votre année n’est pas finie, avec les élections fédérales qui arrivent samedi prochain. Aussi votre combat ?

Ce n’est pas mon combat. Le mien, c’était de donner une belle image de ma Fédération, samedi sur le terrain. Voir tous nos dirigeants, de la tête à la base, fiers de nos joueurs, c’était leur rendre la confiance qu’ils m’ont donnée. Qu’ils soient fiers de m’avoir choisi. Ce sont des contextes de travail où des affinités peuvent se créer. Ou pas. Dans le cas présent, il y a beaucoup d’affinités qui se sont créées. Je sais que pour bien faire les choses, il faut aimer les gens.

En cas de changement de direction, continuerez-vous votre mission à la tête du XV de France ?

J’ai ma façon de travailler. J’attends de voir. J’ai passé l’âge de décider les choses à l’avance, de manière impulsive. Ce qui va se passer (aux élections, N.D.L.R.) va peut-être me dépasser. Selon comment les choses se présentent, je ferai mes choix. S’il y a un changement de direction, je regarderai comment ça se passe. J’observerai.

Vous n’êtes fermé à aucune éventualité, dont celle de rester en cas de défaite de Pierre Camou ?

J’écouterai alors ce qu’on aura à me dire. (il réfléchit) Je suis quelqu’un d’un peu particulier, ceux qui ont bossé avec moi le savent. Je n’exprime mon potentiel que lorsque j’ai une grande liberté et je tiens à ma liberté.

Toujours là pour l’Angleterre ?

Dimanche soir, Bernard Laporte s’est voulu catégorique : « Il n’y a aucune raison pour que Guy Novès ne soit plus en place pour Angleterre - France et l’ouverture du Tournoi. À partir du moment où lui et son équipe acceptent de travailler avec et pour moi si je suis élu, je ne me vois pas changer pour changer. » Virage à 90° de la part du candidat Laporte ? Changement de cap à des fins politiques ? L’ex-sélectionneur en était même à balayer d’un revers de main la rumeur selon laquelle Guy Novès soutiendrait de manière appuyée Pierre Camou. « On en discutera le moment venu, tous les deux », coupait-il. Pour le moment, Bernard Laporte ne veut surtout pas interférer dans le quotidien du XV de France. Une chose est sûre, en cas de victoire de Laporte, il y aura une grande explication entre Novès et lui. Les deux hommes se respectent professionnellement, dit-on, à défaut de s’apprécier humainement. Mais faut-il croire à un arrangement soudain ? Laporte n’a jamais caché qu’il verrait bien Fabien Galthié - aujourd’hui libre de tout engagement contractuel - à la tête des Bleus. Il avait même glissé en catimini qu’il le verrait bien associé à Raphaël Ibanez. Sur le staff actuel, il prétend ne pas connaître Jean-Frédéric Dubois, mais dit tenir en haute estime l’entraîneur des avants Yannick Bru. « Quand il était joueur avec le XV de France, je voyais bien qu’il était un éducateur né ». Sera-ce suffisant pour poursuivre l’aventure en bleu ? À chacun sa réponse…

Léo Faure
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