[ELECTIONS FFR] Laporte : le moment du sacre

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    [ELECTIONS FFR] Laporte : le moment du sacre
Publié le , mis à jour

A 14 h 22, samedi, Bernard Laporte a franchi une nouvelle marche de sa formidable ascension. Il a mis la main sur la FFR en faisant plus de cinquante pour cent des voix.

Entre s'y attendre, sur la foi d'une rumeur impalpable et y assister directement.... L'Histoire retiendra que tout s'est passé sous un chapiteau provisoire dressé dans le parc de Marcoussis. A 14 h 22, une jeune femme dont personne ne connaissait le nom, recrutée pour l'occasion comme scrutatrice est montée à la tribune. Elle a annoncé que le dépouillement était terminé et elle a annoncé les scores des trois listes sans les nommer. 52, 6 ; 35 ; 12. Puis enfin, elle a prononcé le nom fatidique Bernard Laporte. L'ancien sélectionneur du XV de France a donc réussi son pari. Il a été élu à la présidence de la FFR.

Depuis une petite demi-heure, la nouvelle avait transpiré, mais chacun prenait des précautions. Les présidents des clubs avaient sagement pris le chemin des urnes. La procédure était longue mais on disait que le dépouillement serait rapide grâce à une machine hyper moderne capable de lire et de traiter le nom qui apparaissait sur chaque bulletin. La tension montait, certains membres des listes faisaient les malins en jouant avec la curiosité des uns et des autres.... Les trois candidats attendaient stoïquement, Bernard Laporte au milieu de la salle, Pierre Camou sur le côté droit, Alain Doucet debout à l'arrière. De ci de là, on évoquait de sombres histoires de procurations illicites, d'un membre d'une liste soupçonné d'une entourloupe. Un journaliste expérimenté expliquait qu'il faudrait désormais scruter les visages des candidats : une défaite se voit à l'oeil nu. Mais encore fallait-il que les candidats disposent de fuites issues des premiers bulletins sortis des urnes. Etait-ce crédible ?… Les trois démentirent être privilégiés.

Les buffets situés à l'entrée de la salle étaient razziés. Café, pains au chocolat, croissants, moelleux servaient à calmer le stress des uns et des autres. Pas question d'aller manger quelque part et de rater la proclammation des résultats. Quelques journalistes révisaient les derniers points de règlements. Qu'allait-il se passer en cas de score très serré ? (33 ; 32 ; 32). Le premier de la liste arrivée en tête pouvait très bien se faire refouler par l'Assemblée Générale à cause d'une alliance plus ou moins concertée des deux autres.

Il faudrait alors mettre en place un président intérimaire désigné par le Comité Directeur. Mais qui pourrait-il être ? Le plus vieux ? Le plus jeune ? N'importe qui ? Personne ne le savait vraiment. Jusqu'à l'annoncé de 14 h 22 et l'explosion de joie du clan Laporte : Simon, Mury, Atcher et consorts ; embrassades, accolades à n'en plus finir. L'Histoire venait de basculer. Laporte avait fait exploser le sytème là où tant d'autres s'étaient cassé les dents. Il n'avait même pas eu besoin du vote décentralisé pour ça. Il a fait plier le pouvoir sortant à son propre jeu, malgré les fameux gros porteurs de voix, clé de voûte du pourvoir Ferrassien et, on l'oublei parfois, de ses successeurs. Les « Camousiens » s'éclipsaient discrètement. Les Laportiens se frayaient un passage au milieu d'une haie d'honneur.Il fallait désormais constituer le nouveau Comité Directeur avant que le nouveau patron ne revienne face aux clubs pour confirmer son autorité. Mais quand on triomphe avec plus de cinquante pour cent des voix, les risques de coups fourrés sont nuls. Pas la peine de se triturer les méninges. Le deuxième vote de l'AG ne faisait plus le moindre doute. Bernard Laporte l'attendait au pied de la tribune extatique. Un de ses soutiens nous expliqua qu'il savait tout depuis la veille. Qu'on pouvait le déduire de l'analyse des premières procurations déposées. Intox ? Rotomontades d'après coup ?

Puis Laporte prit la parole pour un discours émouvant, avec un mot d'estime pour Pierre Camou et pour Alain Doucet avec des remerciements chaleureux pour Serge Simon, « sans qui rien n'aurait été possible ». Il rendit aussi hommage au courage des quatre présidents de comité qui l'avaient soutenu tout de suite : Mondino, Dullin, Lembeye, Buisson. « Il fallait du courage ». Plus surprenant, il évoqua la mémoire de son mentor : André Moga, l'ancien président de Bègles, décédé en 1992. On sentit soudain, le nouveau Napoléon du Rugby, si sûr de lui et si volontarisme, au bord des larmes. Il prenait conscience de sa fabuleuse ascension : ancien demi de mêlée besogneux dopé par une ambition sans borne et un charisme de prophète : entraîneur de deux clubs de premier plan, sélectionneur du XV de France, secrétaire d'état aux sports…. Il arrachait une dernière victoire à un destin qui n'avait rien de tout tracé. Le rugby français n' a jamais connu un tel self made man. Laporte a fait bien mieux que Jacques Fouroux à qui on le compare parfois. Vingt-cinq ans après son premier coup médiatique : le sacre de Bègles en 1991. Il boucle un quart de siècle totalement sidérant.

Jérôme Prévot
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