[ Technique ] Le « 1-3-3-1 » des Australiens

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    [ Technique ] Le « 1-3-3-1 » des Australiens
Publié le , mis à jour

Alors que toutes les nations du monde (ou presque...) répartissent leurs avants en « 2-4-2 » sur la largeur du terrain, les Wallabies procèdent de manière plus originale. Décryptage.

Qui a dit que le rugby mondial, bien que globalisé, ne répondait qu’à une vaste uniformisation ? Nous les premiers, pour être honnête... Il faut dire que les succès des All Blacks, ainsi que l’influence de leurs techniciens aux quatre coins de la planète ovale (Warren Gatland au pays de Galles, Joe Schmidt en Irlande, Vern Cotter en Écosse, sans oublier le passage de Graham Henry en Argentine ou les nations du Tiers 2, presque toutes coachées par des Kiwis) constituaient autant de facteurs quant à une vaste opération de copiage du rugby néo-zélandais. Opération de copiage qui, soit dit au passage, ne peut amener à rien d’autre que de suivre les maîtres du monde à plus ou moins longue distance... C’est pourquoi on ne peut que saluer la volonté de certains nations, comme l’Australie, de rechercher son propre style. Et plutôt avec succès.

En effet, alors que toutes les équipes du monde utilisent désormais la célèbre répartition de leurs avants en « 2-4-2 » (deux blocs de deux avants dans les couloirs, un autre de quatre au milieu du terrain), les Wallabies utilisent une répartition en 1-3-3-1 sous l’influence de leur coach de l’attaque Stephen Larkham qui utilise également cette stratégie en Super Rugby avec les Brumbies. L’essence de cette formation ? Placer deux troisième ligne dans les couloirs des cinq mètres, tandis que deux autres blocs de trois avants se forment au milieu du terrain. Le but ? Se trouver en mesure d’agresser en permanence la défense et d’attaquer très vite la ligne d’avantage, tout en gardant la possibilité de jouer sur l’extérieur. En effet, le traditionnel reproche fait au « 2-4-2 » réside dans un certain manque de variété. Parfaite pour évoluer dans un schéma de « large-large », cette formation se heurte à un manque de solution, si le bloc des avants effectue le choix de conserver le ballon et passe par le sol. Au contraire, avec deux blocs de trois avants au milieu du terrain, les Wallabies se donnent la possibilité de pouvoir peser deux fois de suite sur la défense au près, tout en conservant la possibilité d’explorer la largeur dans le dos des avants. Forcément un casse-tête pour la défense, que les Bleus ont d’ailleurs eu un mal fou à résoudre...

De l’intérêt du « chesting »

Le revers de la médaille ? Il réside, évidemment, dans le potentiel manque de soutien au sein de la cellule d’avants. En effet, à quatre, la conservation du ballon peut assez facilement être assurée. À trois (et donc avec seulement deux joueurs pour déblayer), beaucoup moins... Ce qui nécessite une technique au sol parfaite. Cela tombe bien, car il s’agit justement d’un des points forts des Wallabies. « On n’est pas meilleur que les autres dans les déblayages, nous confiait pendant la Coupe du monde Mario Ledesma, entraîneur des avants argentins. En revanche, en matière de travail au sol et de présentation du ballon, nos joueurs sont très performants. On appelle cela le chesting : tomber sur le ballon pour le protéger d’un grattage de l’adversaire en attendant que le soutien, puis le libérer dans un second temps en le libérant à bout de bras, si possible en tournant tout le haut du corps dans son camp pour réduire la largeur du « couloir d’entrée » pour les adversaires. »

Des libérations qui passent, in fine, par des attitudes au contact proches du rugby à XIII. « En effet, un attaquant à XIII aura gagné son duel s’il parvient à retomber face au sol après le plaquage, de manière à pouvoir re relever sur les genoux le plus vite possible pour effectuer son tenu. Au contraire, un treiziste perd son duel s’il retombe sur le dos, car il ne peut plus se relever vite. C’est précisément ce que nos adversaires cherchent à réussir face à nous, de façon à perturber nos sorties de balle. » Et précisément ce que les Français n’ont pas réussi à faire, voilà deux semaines, fautes de montées collectives assez agressives...

Nicolas Zanardi
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