Palmer, première réussite

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    Palmer, première réussite
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L’Anglais, Tom Palmer, jouait son premier match comme titulaire avec l’UBB. Arrivé comme joker en fin septembre, il va probablement terminer en Gironde une carrière riche et variée qui l’a vu revêtir trois maillots nationaux.

Quand en octobre, nous l’avons vu sortir d’un commerce du centre de Bègles, un costume à la main, il nous sembla aussi colossal et droit que le jour où il brandit la Coupe d’Europe en 2007 avec les Wasps. Même son visage nous sembla aussi juvénile alors que son parcours défilait dans notre tête. Il est des joueurs dont on suit la carrière, comme ça, sans trop savoir pourquoi, au gré des rencontres ou d’une Coupe du monde passée au contact du XV de la Rose. Tom Palmer nous est apparu en 2005 quand il aida Leeds à gagner la Coupe d’Angleterre au détriment de Bath et à rebours des pronostics. On parlait de lui comme d’une valeur montante du rugby anglais, mais il avait déjà 26 ans. Onze ans après, on le retrouve à Bègles, recruté un peu à l’emporte-pièce à la fin septembre en tant que joker du jeune Johan Aliouat, foudroyé pour son premier match de Top 14. Entre-temps, Tom Palmer a poursuivi un cheminement marqué par un certain nomadisme, comme sa vie d’ailleurs. Il a pratiqué le rugby dans cinq pays et il a même porté… trois maillots nationaux. Avant de compter 42 sélections pour l’Angleterre, il avait joué pour les sélections de jeunes écossaises (moins de 19 ans et moins de 21 ans). Il vivait à Édimbourg à ce moment-là avec ses parents et jouait sous les couleurs du collège et du club de Boroughmuir, une pépinière traditionnelle du XV du Chardon. Mais il avait touché ses premiers ballons ovales à Barnet, dans la banlieue nord de Londres, quand il avait 5 ans. Entre-temps, il avait vécu au Kenya où ses parents étaient partis travailler pour le Voluntary Services Overseas, l’équivalent de la coopération.

Mais au milieu de sa période écossaise, il mit carrément le cap sur la Nouvelle-Zélande dans le cadre d’un échange scolaire entre Boroughmuir et un collège de Dunedin. Il se retrouva à la Otago Boys High School, une pépinière des antipodes. Il y joua aux côtés d’un troisième ligne blondinet, actif, intelligent mais pas spécialement costaud : Richie McCaw. L’équipe fut championne de Nouvelle-Zélande et Tom Palmer décrocha le titre de joueur de l’année de l’école au détriment de son prometteur coéquipier. Il fut même appelé en sélection scolaire néo-zélandaise aux côtés de Jerry Collins, Carl Haymann et Aaron Mauger. Richie McCaw était encore jugé un peu court physiquement par les sélectionneurs nationaux pour avoir droit au même privilège. Mais McCaw et Palmer avaient sympathisé et le futur monument des All Blacks invita même son camarade exilé dans la ferme de ses parents dans la vallée de Hakataramea. Puis à 18 ans, Tom Palmer revint en Grande-Bretagne. Il prit la direction de l’université de Leeds pour étudier la physique. Son père signala son existence au club des Leeds Tykes qui accepta de le prendre. Il était encore étudiant quand il fit ses débuts en équipe première en deuxième division à 19 ans. En 2001, l’absence de Martin Johnson et de Danny Grewcock retenus par les Lions, lui permit de débuter dans le XV de la Rose contre les États-Unis alors qu’il évoluait encore en D2, une performance en soi. Pour l’éternité, il restera comme le premier international de l’Histoire de Leeds, qui n’était pas un fief historique du rugby à quinze.

Des liens qui ne peuvent s’effacer

Il découvrit l’élite anglaise dans la foulée mais mit quatre ans et demi avant de retrouver l’équipe nationale. C’est Andy Robinson qui lui offrit ce retour. Entre-temps, Tom Palmer avait revêtu le maillot des Wasps, le club phare du moment. Il y fit connaissance d’un certain Raphaël Ibanez en même temps qu’il découvrait une culture du très haut niveau qu’il vécut comme un vrai choc Dans un univers aussi concurrentiel, il ne bénéficiait pas des mêmes privilèges que dans le club de ses débuts. Il apprit à se faire violence pour donner cent pour cent de son potentiel. Mais perdit sa place en équipe nationale quand Robinsons fut viré. Il prit ensuite la direction du Stade français, il se maria à Vaucresson avec une réception à l’Hôtel Trianon Palace de Versailles. Il posa même pour l’un des fameux calendriers. Sportivement, il ne gagna pas de titre, mais malgré quelques tiraillements avec Jacques Delmas la première année, joua avec assez de constance pour retrouver le XV de la Rose et jouer le Mondial 2011 dans la peau d’un cadre. C’est vrai que la suite de sa carrière fut plus discrète à nos yeux. Il retrouva les Wasps pendant deux ans, le club avait perdu de son lustre, mais il battit quand même son ancien club parisien lors du barrage européen de 2014. Il passait le témoin à un successeur nommé Launchbury. Puis il passa un à Gloucester, puis un de plus à Trévise où il ne joua que quatre matchs. Il était sans club en septembre quand, pris de court par les blessures, Raphaël Ibanez se souvint de celui qui était son capitaine de touche pour la finale de H Cup 2 007 et avec qui il marqua deux essais sur des combinaisons d’anthologie (revisionnez-les sur YouTube). Ça crée des liens qui ne peuvent s’effacer.

Jérôme Prévot
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