Lille, de l’espoir à la désillusion

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    Lille, de l’espoir à la désillusion
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En six mois, le Lille Métropole Rugby est passé du rêve au cauchemar. Le rêve, avec la montée en Pro D2 acquise sur le terrain, le cauchemar avec le dépôt de bilan dû à une gestion des comptes catastrophique. Et pourtant, nombreux ont été ses soutiens…

Au terme d’une épopée folle, et après plusieurs échecs dans les saisons passées, le club de Lille Métropole Rugby avait validé sa montée en Pro D2 au terme de la saison 2014-2015. Seulement la DNACG - organe de contrôle financier du rugby professionnel - ne la validait pas en raison de problèmes financiers à hauteur de plus d’un million d’euros le 23 juin. L’instance de contrôle avait mis au jour des dettes d’environ 800 000 euros datant de la période 2011-2014, soit le double de ce qu’avait révélé le propre audit de la nouvelle direction du club nordiste à son arrivée à l’été 2014. Première désillusion… Le club décidait de faire appel de cette décision et lançait les grandes manœuvres pour réunir des fonds dans l’urgence. Bénévole au LMR depuis plusieurs saisons, Christelle Franquart eut l’idée de lancer un appel aux dons via les réseaux sociaux dès la décision négative de la DNACG. Et moins d’une semaine après son initiative, la réalité dépassait déjà toutes ses espérances. « On en est à 16 517 euros de dons de particuliers. Les gens nous envoient de l’argent depuis toutes les régions de France. Je ne voulais pas que les joueurs soient privés de cette montée gagnée sur le terrain. Je souhaitais mettre en place quelque chose pour aider le club à garder sa place en Pro D2 », expliquait cette mère de famille à 20 minutes, elle qui n’avait pas hésité à organiser une permanence au Stadium Lille Métropole pour recevoir ces dons. Ils en récoltèrent pour près de 70 000 euros…

Lancement de la campagne de financement participatif

Outre cette mobilisation de ses supporters, le club lillois pouvait aussi compter sur l’aide de parrains de renom. Sous l’impulsion de Sylvain Marconnet, ancien international du XV de France, une plate-forme de financement participatif était mise en place par le club. Quelques jours après son lancement sur le site sponsorise.me, l’initiative avait déjà permis de récolter 20 000 euros en moins de 24 heures… Et plus de 40 000 euros en trois jours. « Dans le crowdfunding, les quatre, cinq premiers jours sont importants pour instaurer la dynamique, expliquait Sylvain Marconnet. On a besoin de la mobilisation, même au-delà du Nord. La diaspora « ch’ti », elle va bien au-delà de Lille. Il faut aller toucher toutes ces personnes pour qu’elles aillent sur la plateforme. Ça commence à 10 euros. Si quelqu’un veut donner 10 000 euros, il est bien évidemment le bienvenu. Bien sûr, plus on met, plus on a une contrepartie importante. Mais l’idée est de rassembler le maximum de personnes. » Les généreux donateurs se seraient vus offrir de nombreux cadeaux allant des photos de l’équipe, des maillots dédicacés, des écharpes ChtiRugby jusqu’à des invitations à des matchs de Pro D2… Et tous auraient eu leur nom apposé sur le tableau des donateurs à l’entrée du stade. « Je reste persuadé qu’on ne sera pas loin de l’objectif », concluait Sylvain Marconnet. Il ne pensait pas si bien dire : l’objectif initial de 100 000 euros, grâce à l’incroyable mobilisation autour du club et des dons venus de partout en France était atteint en trois semaines. Un rassemblement populaire qui permettait au club de retrouver de l’espoir et d’envisager beaucoup plus sereinement son passage devant la commission d’appel. Et si la montée en Pro D2 était devenue cause régionale ? « Ça fait chaud au cœur, c’est un soutien évident pour aller devant la DNACG, déclarait le président du LMR Jean-Paul Luciani. C’est toute une région, tout le monde du rugby qui nous a soutenus. » En plus de ce soutien populaire, il assurait avoir reçu un soutien fort des autorités locales et des figures politiques de la région, qui ont apporté une large partie de la somme manquante pour effacer le déficit du club.

De mal en pis

Le 10 août, le CNOSF rendait un avis défavorable concernant la montée du club. Après un ultime recours dans le tribunal administratif de Versailles, le club de la ville de Lille n’était pas autorisé à évoluer en Pro D2. L’US Dax était donc repêché pour la saison 2015-2016 et les espoirs de nos amis lillois d’évoluer en Pro D2 s’envolaient. Pire encore, le club entrait en crise lorsqu’au mois d’août 2015, la presse publiait des extraits bancaires laissant sous-entendre une éventuelle dissimulation plus ou moins volontaire des dettes du club par ses dirigeants actuels et passés… L’incompréhension fut totale chez les supporters. Et alors que le club repartait pour une saison en Fédérale 1, où il y faisait bonne figure malgré ses problèmes extra-sportifs, ses deux actionnaires majoritaires quittaient le navire le 21 décembre 2015. Jonathan Stauber, docteur en médecine, était élu président de la SAS, alors à la tête d’un pool d’investisseurs de la région. Le capital du club augmentait de 400 000 euros tandis qu’ils travaillaient à un nouveau plan de sauvetage. Mais le passif financier du club était trop important… Nouveau passage devant la DNACG et nouvelle interdiction de monter en Pro D2 pour la saison suivante… Avant la catastrophe, en mars 2016.

Dépôt de bilan

Lundi 14 mars, Jonathan Stauber annonçait la triste nouvelle : le dépôt de bilan du club lillois. Il s’était rendu compte que les dettes annoncées par l’ancienne direction étaient en fait beaucoup plus importantes que prévues. Estimées à 1,2 million d’euros en décembre, elles s’élevaient en vérité à 1,5 million. Impossible de trouver de nouveaux actionnaires pour combler le déficit, et aucune autre alternative possible. Placée en liquidation judiciaire, l’équipe du LMR ne se déplaçait pas le dimanche 27 mars pour jouer contre Langon. Et le 6 avril, l’association était officiellement liquidée et n’existait plus… En six mois, le rugby nordiste est donc passé du rêve au cauchemar. Alors que le Nord pensait avoir enfin sa locomotive capable de faire définitivement décoller la pratique du rugby dans la région - en témoignent les dons accumulés sur la plateforme de financement participatif à une vitesse incroyable - il va falloir encore attendre. La création d’une nouvelle équipe ? Car derrière le LMR, le meilleur club de la région est Arras qui évolue en Fédérale 2. Adieu, rêves de grandeur… Pour les nordistes amoureux de rugby, il va falloir se montrer patients.

Guillaume Verdier

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