Marc Dal Maso : « S’'offrir une finale chez les Saracens »

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    Marc Dal Maso : « S’'offrir une finale chez les Saracens »
Publié le , mis à jour

Entraîneur des avants du RCT parachuté dans un staff qui ne voulait pas de lui, Marc Dal Maso, a connu un début de saison qui aurait fait perdre leurs moyens à de nombreux coachs mais pas lui! Celui qui se considère comme un privilégié revient sur sa collaboration avec Diego Dominguez, l'arrivée de Mike Ford et sur l'évolution de sa maladie.

Marc, peut-on dire que votre aventure avec le RCT est enfin lancée ?
Je ne sais pas, je dois faire mes preuves. Pour l’instant, je n'’ai pas encore emmené l’'équipe là où je le souhaite. Il faut me laisser un peu de temps.

Ça va quand même bientôt faire six mois…...
(il coupe). Août, septembre, octobre, novembre, décembre, ça fait cinq mois. Normalement un coach prend la pleine mesure de son groupe en six mois. Mais avec tout les changements et l’'arrivée tardive de Mike Ford, je pense que Toulon jouera son meilleur rugby à partir du mois de mars. Son arrivée a fait basculé la saison du RCT, il a changé la donne. Ce qui a changé ? La communication. Nous discutons beaucoup depuis qu'’il est arrivé et ce, avant même qu'’il devienne manager.

En français ?
Non en anglais, pourtant je ne le parle pas couramment. Parfois on ne se comprend pas, mais quand on parle de rugby il n'’y a plus de problème (rires). Ça change de ce que j'’ai connu en début de saison.

Justement, racontez-nous vos premiers mois et votre début de collaboration avec Diego Dominguez.
Avec Diego et Jacques, nous n'’échangions pas suffisamment. J'’étais frustré, surtout au tout début. En arrivant à Toulon, j'’imaginais que nous allions bosser comme un staff, avec nos compétences et que nous allions apprendre l'’un de l’'autre. Je ne savais pas si ça allait fonctionner, mais j'’ai rapidement compris. Quand le jeudi on me disait : « Non je n'’ai pas besoin de toi. » et que le vendredi on me disait : « Finalement tu vas bosser avec moi »… Que c'’était-il passé du jeudi au vendredi ? Je ne comprenais pas toujours. Mais c'’est fini et je n’'aurai plus de rapport avec Diego et Jacques.

Quelle position avez-vous adopté pendant cette période ?
J'’aurais pu me braquer, me mettre en colère, mais j'’ai choisi de rester cool. Je n'’ai pas mis le bordel, j'’ai respecté mon engagement et mes collègues. En revanche, quand ils se rassemblaient, j'’allais manger à l'’extérieur de Toulon. Le midi, je ne restais pas avec eux. Ça ne servait à rien, nous n'’avions rien à nous dire.

Et avant leur mise à l'’écart, pensiez-vous finir la saison ensemble ?
C’'est pire que ça. Le soir de la victoire à Sale, je comprends que je vais finir la saison avec Diego et Jacques. J'’étais persuadé que nous allions prolonger l'’aventure. Puis finalement…...

Quelle légitimité aviez-vous par rapport aux joueurs ?
À la fin, je n’'avais plus aucune légitimité. Parce que c'’est simple, du moment où tu fais l'’équipe, tu es légitime aux yeux des joueurs. Mais comme je ne la faisais pas, je n'’étais plus suffisamment important. Je n’'avais pas mon mot à dire, ça se passait entre Jacques et Diego. Mais je les comprends, le manager fonctionne avec la personne en qui il a confiance et visiblement ce n'’était pas moi.

Et malgré tout, avez-vous réussi à mettre certaines choses en place ?
Jamais, ils ne me laissaient pas de place. Plus la saison avançait moins j'’avais d’entraînement. À la fin, je n’'avais plus qu'’une séance par semaine.

Et pourquoi Diego Dominguez ne vous a-t-il pas accordé sa confiance ?
Il aurait fallu du temps pour ça. Mais ça n’'a jamais été le cas. De toute manière, je reste persuadé que s'’il avait voulu bosser avec moi, ça se serait vite arrangé. Je pensais que ça fonctionnerait mais en réalité, avec du recul, je m’'aperçois que c'’était une utopie.

De votre côté auriez-vous voulu collaborer avec Diego Dominguez et Jacques Delmas ?
Bien évidemment. Je trouve ça intéressant de bosser avec plusieurs personnes, même si on n'’est pas toujours d’accord. Le désaccord fait avancer le débat et la discussion permet de trouver des solutions. C’'est dans ce genre de situation que le Japon m'’a beaucoup aidé. J'’ai su prendre du recul, fonctionner à trois-quatre, avec un staff qui pouvait s’'engueuler aussi. Puis Eddie Jones ce n’'était pas un tendre… Mais avec Diego et Jacques ça n'’a pas fonctionné, c’'est dommage.

Doit-on comprendre que vous avez tendu la main à Diego Dominguez, mais qu'’il ne vous a jamais tendu la sienne ?
Ce n'’est pas vraiment ça. En revanche, ce qui est sûr, c'’est que ça ne m’'aurait pas dérangé de travailler avec Diego. Maintenant je me dis qu'’il ne faut pas forcément chercher à comprendre. Ça devait certainement se passer comme ça. C'’était le destin et je n'’ai aucun regret sur ce début de saison.

Psychologiquement, ça n’a pas été trop difficile ?
Pas du tout. Certes, à certains moments, j'’aurais préféré ne pas être là, mais quand ça arrivait je me disais : « T'’es dans une belle région, il ne peut rien t’'arriver, alors profite. »

Avez-vous pensé à quitter le RCT ?
J'’y ai pensé une ou deux fois mais je me rétractais immédiatement. Je me disais que ça ne servait à rien. Mais je suis pragmatique…. Je pense que ça devait se passer comme ça. Nous ne sommes pas arrivés à construire une histoire commune, c’'est la vie.

Puis finalement, le 24 octobre, Diego Dominguez est mis à l’écart, au profit de Mike Ford…...
Depuis son arrivée, Mike apporte autre chose au groupe. Je pense que les joueurs aiment l’organisation qu'’il met en place et si en plus les résultats suivent, c'’est que du bonheur.

Depuis son arrivée, Mike Ford affirme qu'’il prend du plaisir comme rarement il en avait pris dans sa carrière. Est-ce votre cas ?
C'’est une évidence. Depuis son arrivée, nous communiquons énormément et c'’est un plaisir de se rendre à Berg tous les matins. Tout le monde est souriant, ça change.

Vous semblez insister sur la communication. C'’est, selon vous, un élément indispensable du coaching ?
C'’est surtout comme ça que j’'envisage un staff. Ça fonctionnait de la même manière avec le Japon et ça semble avoir fait ses preuves. C’'est cet aspect très britannique que partagent Eddie et Mike. Leur manière d'’aborder le rugby est très structurée.

Et avec les joueurs ?
C'’est pareil, j'’ai l'’impression que même avec les joueurs il n'’y avait pas beaucoup de communication avant. Aujourd'’hui je les trouve plus libres. Ils viennent me parler, me donner leur avis, c'’est beaucoup plus naturel. Par exemple, j'’ai découvert un mec comme Juandre (Kruger, N.D.L.R.). Il adore la touche et on échange énormément tous les deux.

Et est-ce que c'est cette communication qui explique la bonne forme de la conquête, qui a notamment fait 100 % face aux Scarlets ?
Personnellement je m'’étais résigné à m'’occuper de la mêlée toute la saison, alors ça a été une belle surprise de prendre la touche. En revanche, il faut relativiser la performance des Scarlets. C'’était un adversaire plus faible. J’'espère simplement que l’'on réussira la même performance dimanche. Une victoire à Llanelli, puis face à Sale en janvier nous offrirait une finale chez les Saracens. Je pense qu'’on peut le faire, car tout le monde pousse dans la même direction. Depuis quelque temps on bosse un peu différemment. Jacques avait sa méthode, j’'ai la mienne. J'’échange beaucoup avec les joueurs. On s’'appuie sur l'’existant, sur ce qu'’ils travaillent depuis 3-4 ans et j'’apporte des détails. Une bonne touche selon moi ? C'’est le mélange entre vitesse et alternance, que l'’adversaire n’'ait jamais idée de ce qui va se passer.

Vous croyez en le potentiel de votre alignement ?
C’'est même plus que ça. J'’ai compris avec le Japon que tu pouvais faire ce que tu voulais avec n'’importe quel joueur. Les mecs qui au départ n'’étaient pas forcément bons en touche, sont devenus des avions, par le travail, la vitesse, la répétition.

Il y a un an, jour pour jour (interview réalisée le 14 décembre), vous révéliez dans nos colonnes qui vous étiez atteint de la maladie de Parkinson. Comment évolue-t-elle ?
Bah toi, comment me trouves-tu ? Non honnêtement je suis serein. Lorsque j'’ai décidé de l'’annoncer officiellement, je ne pensais plus pouvoir entraîner. Mais c’'est là où l'’homme est particulier. J’'ai su rebondir et aujourd'’hui on me demande de venir dans des conférences avec d'’autres victimes de la maladie pour qu'’ils voient que l’'on peut parfaitement vivre avec. Je suis hyper positif.

Qu'’est-ce qui a changé au quotidien ?
Pour faire simple : ma vie ! Je mange différemment, je me lève tôt. Tous les matins, à six heures je suis réveillé. J'’ai mal au dos, mal partout, mais j'’arrive à vivre avec. Est-ce un combat quotidien ? Non, il faut que je me lève c’'est tout. Je ne parlerais même pas de force de caractère. Soit tu te lèves, soit tu restes allongé. Et si tu restes allongé, tu ne vis plus.

Donc vous faites le choix de vous lever tous les matins…...
Il faut bien comprendre que, grâce à ma maladie, je suis un privilégié dans la vie. Sans elle, je ne serai pas ici. Sans elle je ne serais pas allé me cacher au Japon et sans elle je n’'aurais pas participé à la Coupe du monde en Angleterre. Je ne la supporte pas mais elle est là et il faut faire avec. La différence, c'’est qu’'avant, elle était devant moi, maintenant elle est à côté. Aujourd’'hui nous sommes à égalité elle et moi.

Et à quel moment avez-vous perçu ce basculement ?
Au moment où j’'en ai parlé. Ça a été une forme de libération. Est-ce qu’elle progresse ? Ils ne savent pas réellement mais je pense que la progression est assez lente. (il prend une cuillère du bout des doigts et tend le bras). Par exemple, je ne tremble pas. Puis la maladie m'’a appris à relativiser. Auparavant sur un banc de touche, j'’étais excité, j'’invectivais les arbitres, je m'’en prenais à la terre entière. Alors qu'’aujourd'’hui j'’ai compris que ça ne changerait rien. J'’ai appris à me canaliser.

 

Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti

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