Lamerat : « Pour suivre Wesley, il faut anticiper »

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    Lamerat : « Pour suivre Wesley, il faut anticiper »
Publié le , mis à jour

Le trois-quarts évoque ses progrès à Clermont, son association avec Wesley Fofana et son expérience avec les Bleus.

En arrivant à Clermont, vous annonciez vouloir vous mettre un coup de pied aux fesses. Satisfait ?

Oui, ça va (il sourit). Sur tous les points que j’étais venu chercher, je suis satisfait. Il y a seulement un objectif pour lequel il faut attendre : celui de gagner des titres. Je sais, cela peut faire rire de dire qu’on vient à Clermont pour gagner des titres.

Disons que c’est cocasse…

Cela a fait rire tout le monde autour de moi, quand j’ai annoncé mon choix. Mais je suis persuadé qu’il y a tout ce qu’il faut, ici, pour réussir. En attendant de savoir si on y arrivera, j’ai déjà trouvé le contexte d’un très grand club, qui m’a forcé à me remettre en question par rapport au petit confort que j’avais au Castres Olympique. J’ai trouvé les exigences qu’il me fallait pour être plus régulier.

Est-ce sur la préparation physique que vous avez le plus perçu ces exigences ?

Par exemple. Mais ce n’est pas tant une question de qualité que de quantité. Nous disposons d’excellents préparateurs et kinés à l’ASM, mais c’était déjà le cas à Castres, où les mecs faisaient aussi du très bon boulot. La différence, c’est l’effectif. À Clermont, nous profitons de quatre kinés à temps pleins, uniquement là pour s’occuper de vous. Il y en a toujours un de disponible pour vos soins, pour vous donner quelques exercices de récupération. C’est un immense luxe. Pareil pour les préparateurs physiques : ils sont trois à temps plein, souvent rejoints par ceux des équipes de jeunes. Cela permet d’individualiser tout le travail, ce qui est primordial. Toutes ces compétences, additionnées aux infrastructures et à la culture du travail qui règne à l’ASM, font qu’on vit en plein dans le très haut niveau.

Rugbystiquement, comment pensez-vous avoir évolué depuis votre arrivée ?

À la base, je voyais cette équipe de Clermont, très offensive depuis de nombreuses saisons. Ça m’a donné envie de participer à ce rugby. Je pensais que m’inscrire dans ce collectif m’obligerait à évoluer, personnellement. À sortir de cette image de joueur uniquement fait pour casser la ligne. Je voulais être aussi moins prévisible et pouvoir jouer devant la défense.

Que vous demandent vos entraîneurs ?

On ne me demande pas d’évoluer dans un système précis. Cela peut paraître bizarre mais je l’analyse plutôt comme une stratégie de management de Franck Azéma. Il aime bien que les joueurs aient les clés, qu’ils prennent leurs responsabilités.

Quels sont, alors, vos axes de travail ?

Pas mal d’ateliers de passes, répétés au quotidien, avec Xavier Sadourny. Avec Wesley (Fofana, N.D.L.R.), nous bossons beaucoup la vision, la lecture et nous essayons de construire nos timings. Ça ne marche pas à tous les coups mais je me sens de plus en plus à l’aise.

Quand, samedi dernier, en Ulster, vous délivrez une passe sur un pas parfaite pour l’essai de Spedding, la satisfaction est-elle aussi personnelle ?

Sur le coup, je suis surtout content parce que l’équipe marque. Quand on fait nos bilans, dans l’après-match, on s’arrête un peu plus sur les actions individuelles. Ma satisfaction, c’est plutôt cette réflexion : s’il y a quatre ans, on m’avait dit qu’un jour, je réussirais une telle passe sur un pas, j’aurais sûrement répondu « menteur ». Parce qu’à l’époque, j’aurais sûrement mis le ballon sous le bras pour essayer de marquer tout seul.

Vous évoluez dans les souliers d’Aurélien Rougerie. Ce n’est pas rien…

Non, pas vraiment.

Quel est son comportement vis-à-vis de vous ?

Aurélien, ce n’est que du positif. Pour moi, pour toute l’équipe, pour tout le club. C’est le patriarche, celui qui harangue l’équipe d’un côté, quand elle en a besoin, et qui aide les plus jeunes à progresser de l’autre. Prendre le temps de la transmission, c’est la marque des plus grands.

Mais vous concernant…

Personnellement, je le connaissais avant d’être ici. J’avais fait sa connaissance aux Barbarians. J’avais aussi discuté avec lui, quand il avait anticipé un peu son après-carrière…

C’est-à-dire ?

Il m’avait appelé pour échanger sur Clermont. Pour me parler du club et me dire de les rejoindre. Son discours, son message avaient pesé. Il avait fini de me séduire, même si le boulot avait déjà été bien fait par Franck Azéma et son staff. Aujourd’hui, il n’y a pas de concurrence avec Aurélien. On s’entre-aide. C’est un de ceux avec qui je rigole le plus.

Vous jouez aussi, souvent, aux côtés de Wesley Fofana. Le plus fort avec qui vous ayez évolué ?

Il est impressionnant. C’est un joueur que j’adorais regarder jouer. Je préfère tout de même l’avoir à mes côtés. Mais ça va vite. On le voit partir. Sur un appui, il crochète intérieur un premier défenseur, raffûte un second et une demi-seconde plus tard, il a déjà traversé la défense et cherche à qui faire la passe. Tout va tellement vite… Pour suivre Wesley, il faut anticiper. Il faut donc apprendre à le lire pour ne plus se faire soi-même surprendre. L’autre aspect où il m’étonne, c’est son professionnalisme. On ne met jamais en avant cet aspect de sa personne. Pourtant, quand je le vois travailler au quotidien, je comprends mieux. Il est obsédé par l’idée de progresser. Avec le niveau qu’il a depuis plusieurs saisons, beaucoup s’en seraient contentés. Lui, il est toujours à la recherche d’un détail à corriger. Le Wesley Fofana d’aujourd’hui est beaucoup plus complet que celui qu’on a connu à ses débuts. Ce n’est pas un hasard. Il a travaillé et, désormais, il peut prendre l’intervalle mais aussi faire une passe sautée.

Vous vous installez à ses côtés en équipe de France…

(Il coupe) Oula, je ne suis pas installé !

Vous venez d’enchaîner trois titularisations en trois test-matchs, non ?

Par le passé, beaucoup se sont crus installés et ils ont disparu des radars. Je ne suis pas installé, non.

Au moins, ces trois matchs se sont bien passés vous concernant. Le fait d’être à ses côtés a-t-il joué ?

Si quelqu’un d’autre que Wesley avait été à mes côtés, aurais-je fait les mêmes matchs ? J’aimerais penser que oui. Notre association a beaucoup été mise en avant. Nous aligner, avec nos repères communs, était une marque de confiance. C’est aussi du confort pour nous. Wesley, c’est un joueur et un homme que j’apprécie. Cela aide à trouver de la confiance. Cette complicité est un plus, mais pas une garantie. Je ne veux pas oublier les autres. Si Gaël (Fickou) avait débuté les trois matchs, son association avec Wesley aurait certainement fait des étincelles.

Léo Faure
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