Florian Cazenave : « Je me sens délesté d’un poids énorme »

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    Florian Cazenave : « Je me sens délesté d’un poids énorme »
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L’ancien Perpignanais, atteint de monophtalmie, peut de nouveau jouer en France grâce à la décision de la FFR. Une véritable libération pour le numéro 9 de 26 ans, expatrié en Italie et lancé dans un combat pour son retour, depuis trois ans. Mercredi soir, quelques heures après l’officialisation du changement du règlement, il s’est confié à nous. Avec pudeur et émotions.

Quelle a été votre réaction en apprenant que vous pourriez de nouveau obtenir une licence en France et ce, dès à présent ?

Je suis tombé sur le cul. Et, depuis, je suis complètement K.-O. (rires). Ça fait deux heures que l’info a paru. Le portable n’arrête pas de sonner, entre les messages et les appels. J’ai eu longuement mes parents au téléphone. Ils étaient euphoriques. Entendre la réaction de mes proches m’a permis de me rendre compte de l’importance de ce qui est en train de se passer. Je prends progressivement conscience mais je n’arrive pas pour autant à mettre de l’ordre dans mes émotions ni de mots sur ce que je ressens. C’est tellement dur à décrire. Pour le moment, je me sens surtout délesté d’un poids énorme. C’est une libération.

 

Tout doit se mélanger dans votre tête après trois ans et demi de souffrances, de travail, d’attente… Qu’est-ce qui domine ?

Avec ma compagne, nous avons tellement imaginé et espéré cet instant, en se demandant ce que pourrait être notre réaction si ça arrivait. Et en fait, on se retrouve tous les deux comme des ploucs sur notre canapé à se regarder dans le blanc des yeux, le sourire aux lèvres (rires). Je me sens désarmé. Je n’avais jamais perdu l’espoir mais il y a eu tellement d’obstacles en route… Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour me retourner sur tout le chemin accompli. Depuis que je suis au courant, je n’ai qu’une envie : aller sur le terrain, mettre des coups de pied dans le ballon, enchaîner les passes… Tout faire en somme pour être le meilleur rugbyman possible. Cette nouvelle représente beaucoup de bonheur. Il ne manque plus qu’un club pour qu’il soit intégral. Je n’ai jamais été aussi prêt et motivé. Je vais mettre les bouchées doubles, je peux vous le garantir.

 

Vous attendiez-vous à cette décision, à ce moment précis ?

J’avais repris confiance en apprenant, au cours de l’été, que l’équipe de Bernard Laporte serait favorable à un changement de réglementation. Mais je m’étais forcé de garder des œillères. Je ne voulais surtout pas m’emballer. À force d’avoir été déçu par le passé, je suis devenu comme Saint-Thomas : je ne crois plus que ce que je vois. Maintenant, c’est bon, enfin. Je tiens vraiment à remercier Marc Caumont (voir encadré). C’est lui qui a réalisé les démarches et qui a amené les dirigeants à prendre cette décision aussi rapidement. Je lui dois énormément. Comme la centaine de joueurs qui se trouve dans notre cas de figure. Je suis d’ailleurs persuadé que beaucoup plus vont se mettre à jouer avec les lunettes protectrices à l’avenir.

 

Administrativement, votre retour est possible. Mais, sportivement, vous sentez-vous capable de redevenir un joueur pro en France ?

Complètement. De toute manière, à partir du moment où j’ai pu revenir sur les terrains, je me suis efforcé de maintenir les exigences du professionnalisme. Même quand je suis arrivé en deuxième division italienne, je me suis imposé un travail rigoureux et régulier. La motivation a toujours été présente. Elle était même décuplée. J’ai pris conscience de beaucoup de choses et j’ai fait davantage d’efforts sur certains aspects de mon jeu. J’ai tout mis en œuvre pour garder mon niveau d’avant, j’ai intérêt à prouver que c’est le cas désormais.

 

Vous évoluez depuis cet été en Eccellenza, l’élite italienne. Quel est le niveau de ce championnat ?

Honnêtement, je pense que ça correspond à la poule élite Fédérale 1. La plupart des équipes sont du calibre de Nevers ou Aix et deux ou trois seraient compétitives en Pro D2. Même si mon contact avec les Zebre n’avait finalement pu aboutir l’été dernier, accéder à la première division m’a permis d’évoluer un cran au-dessus en termes d’intensité, de densité et de précision. Puis au quotidien, si les structures restent précaires et les horaires inhabituels, c’est sérieux : il y a des entraînements tous les jours avec du physique, de la vidéo, du travail technique…

 

Comment appréhendez-vous le port des lunettes en match ?

Cela fait partie de moi désormais. Je m’y suis totalement habitué et je ne ressens aucune gêne. Les lunettes ont été développées et perfectionnées en accord avec World Rugby.

 

Vous êtes de nouveau sur le marché des transferts en France. Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Le but a toujours été de retrouver le plus haut niveau, celui auquel j’évoluais avant, c’est-à-dire le Top 14. Avoir cette perspective en ligne de mire m’a aidé dans mon combat, même si ça pouvait paraître exagéré. Aujourd’hui, je ne me ferme aucune porte. J’étudierai la moindre proposition qui arrivera et je prendrai ce que l’on veut bien me donner. Même si c’est pour être troisième ou quatrième numéro 9, pour prendre part aux entraînements au début… Après, ce sera à moi de montrer ce que je vaux pour bousculer la hiérarchie. Je ne suis pas en position de prétendre à quoi que ce soit pour le moment.

 

Êtes-vous libre, dès à présent, si un contrat de joker médical se présentait, par exemple, dans les semaines à venir ?

Oui. Je ne suis pas sous contrat, j’ai juste une licence qui m’appartient. Je vais continuer ma saison avec Reggio en étant prêt à saisir la moindre opportunité en France. Mon entraîneur actuel est celui qui, avec Jacques Brunel, m’a permis de trouver un club en Italie. Je leur dois beaucoup aussi. Notre but était que je puisse me relancer et éventuellement rebondir en France, un jour. Si je pars, ça se fera dans la joie. Je suis donc dans les starting-blocks dès à présent. Pour l’heure, il n’y a rien de concret. Il faut dire que l’information vient juste de tomber…

Vincent Bissonnet
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