• Sonia Zaghdoudi : «Nous nous sentons trahies !»
    Sonia Zaghdoudi : «Nous nous sentons trahies !»
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Rugby à XIII

Sonia Zaghdoudi : «Nous nous sentons trahies !»

La troisième ligne et vice-capitaine de France féminines à XIII est révoltée de la décision fédérale de ne pas envoyer d’équipe féminine au prochain mondial australien. La toulousaine s’insurge.

Quelles sont les raisons de votre colère ?

On nous a annoncé, il y a deux semaines, que la Fédération française n’enverrait pas d’équipe féminine à XIII au prochain Mondial qui se tiendra en Australie. Ce qui est révoltant, c’est qu’on nous a menti jusqu’ici, en nous disant que l’on avait gagné notre ticket.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour le comprendre, il faut revenir quelques années en arrière. En 2008, pour pouvoir faire sa première apparition en Coupe du monde, les joueuses de l’équipe de France féminine à XIII ont trouvé les fonds et les sponsors pour financer le voyage en Australie. Cinq ans plus tard, en 2008, ce fut la même chose pour le Mondial en Angleterre car l’enveloppe allouée par la Fédération était largement en dessous du coût total. Dès le Mondial anglais terminé, nous avons basculé sur la préparation du suivant, prévu pour 2017 en Australie. Il y a un an, nous avons disputé deux tests contre l’Angleterre, troisième nation mondiale et unique concurrente en Europe. Ces matchs nous ont été présentés comme préparatoires au Mondial. Nous perdons le premier test, mais accrochons le match nul (14-14, N.D.L.R.) sur le second. Et là, on nous fait croire que nous avons gagné notre billet.

Et ensuite ?

Ensuite, la Fédération australienne a commencé à communiquer sur le Mondial, en annonçant au fur et à mesure les équipes. La France y apparaissait, mais seulement l’équipe masculine. C’est là que nous avons commencé à nous interroger, d’autant que les Australiens avaient décidé de communiquer énormément sur XIII féminin.

Pourquoi ?

Parce que le XIII féminin australien a connu un essor considérable ces deux dernières années, au point que plusieurs joueuses sont devenues professionnelles. C’est historique. Et la Fédé australienne a voulu marquer le coup en plaçant un match féminin en lever de rideau de chaque match des garçons, si possible en faisant la même affiche. À travers leur communication, le XIII féminin français aurait connu une diffusion sans précédent.

Que s’est-il ensuite passé ?

En août, nous avons reçu nos programmes de préparation physique. En septembre, nous nous sommes rassemblées à Toulouse pour préparer un nouveau test contre l’Angleterre. Là, on interroge notre staff. Réponse : « Déjà l’Angleterre, ensuite on verra. » C’est finalement début décembre que la nouvelle va tomber. Lors d’un stage à Carcassonne, le nouveau président Marc Palanques s’est déplacé pour nous annoncer qu’il n’y aurait pas de féminines françaises en Australie.

Quelles raisons ont été invoquées ?

La première est celle du budget. La seconde, c’est que les délais d’inscription auraient expiré. Mais cela faisait plus d’un an que nous posions la question ! Si l’on nous avait répondu, nous nous serions mobilisées pour trouver les fonds, comme par le passé. Mais là, on nous a menti, nous nous sentons trahies. En plus, on nous demande de nous taire ! De ne pas communiquer sur les réseaux sociaux ni ailleurs, car pour eux l’affaire est close ! La participation des hommes, en revanche, n’est pas remise en cause, car la Fédération a prétexté que cette défection nuirait au bon déroulement des échanges internationaux. Franchement, quand on pense à tous les sacrifices que nous faisons pour porter et défendre ce maillot… Certaines coéquipières vivaient à l’étranger, et ont tout quitté pour revenir en France préparer au mieux ce Mondial. En tant qu’internationales, nous avons un contrat moral et nous devons montrer l’exemple. Mais quel exemple nous montre notre Fédération ?

Avez-vous songé à un recours, à des actions ?

Nous sommes encore sous le coup de cette annonce. Nous ne l’avons toujours pas digérée. Vous êtes le premier à nous écouter. En tant qu’entraîneure-joueuse du Toulouse Ovalie XIII, équipe qui fournit principalement le XIII tricolore féminin, je peux vous dire que les joueuses sont abattues. Personnellement, j’ai boycotté le stage à Carcassonne. Je ne voulais pas entendre ce discours inadmissible, ce baratin. Pour faire passer la pilule, la Fédération nous a promis d’organiser une Coupe d’Europe… Mais comment vont-ils le faire ? Il n’existe que deux équipes en Europe : les Anglaises et nous ! Vous comprenez bien qu’il s’agit encore d’une promesse plus qu’hypothétique… en attendant, on nous demande de nous préparer pour une revanche face à l’Angleterre, en juin prochain. Mais nous sommes tellement déçues que nous traînons les pieds à l’entraînement. Nous nous sentons trahies.

Simon Valzer
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