Guy Novès : « Une totale liberté d’action »

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    Guy Novès : « Une totale liberté d’action »
Publié le , mis à jour

En balance après l’élection de Bernard Laporte à la tête de la FFR, le Toulousain a été confirmé à son poste, il y a plus d’une semaine. Un premier repas avec Serge Simon lui aura permis de lever quelques doutes sur le maintien de sa mission. Il raconte.

Votre déjeuner avec Serge Simon, lundi dernier, a-t-il été tendu ?

Tendu, non, absolument pas. Jamais. Du début à la fin, ce fut un déjeuner normal, entre deux personnes consentantes qui étaient venues pour exposer leur vision des choses. Serge Simon était venu dans cet esprit, pour porter le message de Bernard Laporte, je l’ai écouté attentivement. Ensuite, ce fut un dialogue. Serge avait besoin de sentir comment je vivais les choses. Il a aussi pu entendre ce que j’attendais de cette nouvelle direction. Il m’a rassuré sur tous les points. Tout cela s’est déroulé naturellement, sans round d’observation ou aucune tension. Déjà, parce qu’il a commencé par me dire qu’ils étaient là pour travailler avec moi et mon staff.

Il a levé ce voile en préambule ?

Bien sûr. Il m’a confirmé qu’ils sont prêts à travailler avec moi et ils voulaient savoir si, moi, j’étais prêt à travailler avec eux. C’est la première fois qu’on se rencontrait et qu’on communiquait, hormis les messages envoyés par voie de presse. Bernard Laporte avait dit publiquement qu’il voulait garder Guy Novès et l’ensemble de son staff. C’est ce que Serge Simon m’a réaffirmé.

Le fait que ce ne soit pas Bernard Laporte qui se soit déplacé vous a-t-il dérangé ?

Je me suis fait la réflexion, au départ. Quand vous n’êtes pas bien moralement, que vous vous posez des questions, vous avez toujours tendance à durcir le trait. Mais assez vite, je me suis calmé. C’est mon épouse qui m’a ramené à la raison. « Vous vous prenez la tête pour rien. Il n’y a rien d’anormal. Surtout, te rappelles-tu comment ça s’était passé la fois précédente ? » Elle a raison. Sous la direction de Pierre Camou, c’est avec Jean Dunyach que j’ai eu, à chaque fois, les premiers contacts. Je n’avais pas trouvé ça anormal, à l’époque. Pourquoi cela devrait-il être interprété différemment aujourd’hui ? J’ai ouvert les yeux. Serge Simon est le bras droit de Bernard Laporte. Il porte son message. ça ne me pose aucun problème.

Hormis votre maintien en poste, quel était le message que portait Serge Simon ?

Il m’a exposé leurs projets de campagne qui pouvaient être novateurs, par rapport à ce que j’avais vécu jusqu’à présent. Notamment l’ouverture de l’équipe de France à ses supporters et à des régions où elle est méconnue. C’est à ce moment-là qu’il m’a parlé de la tournée en Afrique du Sud et de la possibilité de s’arrêter dans les Dom-Tom, à la Réunion en particulier. Sur ce sujet, ce qui a fait « tilt » chez moi, c’est qu’il me questionnait. Il ne me l’a pas présenté comme une obligation. Serge voulait partager sa vision et savoir si ça n’entraverait pas le travail de l’équipe de France. C’est cette approche qui m’a paru intéressante. Il ne m’imposait rien.

Vous parliez de vos attentes, que vous avez pu lui exposer. Quelles sont-elles ?

De pouvoir travailler tel que je le fais aujourd’hui. Avec une totale liberté d’action, sans ingérence dans mon travail. Qu’il y ait de la confiance de la part de ces nouveaux dirigeants. Quand on est coach et que la direction change, on est conscient que nous n’avons pas été choisis par cette dernière. Effectivement, je n’ai pas choisi Bernard Laporte et Serge Simon. Mais ils ne m’ont pas choisi non plus. Est-ce qu’on peut travailler ensemble ? À l’issue de cet entretien, qui s’est vraiment très bien passé, je me rends compte que oui.

Cette liberté préservée a-t-elle fait l’objet d’une négociation ?

ça n’a même pas fait l’objet d’un débat. J’ai ressenti une main tendue franche de leur part et l’envie d’avancer. Ce que je n’aurais pas aimé, c’est qu’ils imposent des changements, sans discussion. Mais ce sont des personnes lucides et intelligentes. Ils ont leurs idées, mais ils sont aussi conscients de ma façon de bosser. Dans ce milieu, on se connaît tous par cœur. Ils savent comment je fonctionne et ils sont prêts à avancer avec nous, moi et mon staff dont je porte le message. De notre côté, nous sommes aussi prêts à bosser avec eux. Tant mieux. Nous allons poursuivre le travail avec le même investissement, pour rajouter une ligne de briques supplémentaire aux fondations déjà construites.

On sent une forme d’apaisement…

Je suis de nouveau tendu, mais par mon travail. Ce n’est plus la situation qui me tend. C’est important. On ne peut pas faire ce genre de métier avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Aviez-vous des craintes en vous présentant à cette entrevue ?

Des craintes, non. Aucune. J’avais besoin d’entendre certaines choses et je les ai entendues. Cet entretien était important, nous avons pu échanger entre quatre yeux. C’est primordial. Ensuite, s’il m’avait exposé le futur travail d’une manière différente, cela aurait traduit leur volonté de m’écarter. Je m’étais préparé à ce scénario. Je n’aurais d’ailleurs pas trouvé ça anormal ou incroyable. Ils arrivent avec leurs idées, qui auraient pu être complètement différentes des miennes. Je l’aurais admis. Mais ça ne générait pas de craintes. Il y a des choses bien plus graves dans la vie que d’être écarté par une nouvelle équipe dirigeante. Mais comme je le pensais, les choses ont été emprises de courtoisie, de sincérité et avec la volonté d’avancer. Serge va bosser avec nous, sera disponible chaque fois que je lui demanderai quelque chose. Idem pour Bernard Viviès, qui va aussi rejoindre notre équipe. Ce seront des éléments importants de notre projet, des accoudoirs sur lesquels nous pourrons nous reposer pour travailler dans les meilleures conditions. C’était le souhait de l’ancienne équipe dirigeante, il aurait été dommage de le laisser tomber. Il se prolonge. Tant mieux.

Sur la nomination de Bernard Viviès auprès du XV de France, avez-vous été concerté ?

Non mais sa nomination est un plaisir pour moi. Bernard, c’est ma génération. Nous avons joué l’un contre l’autre, nous avons joué ensemble avec le XV de France. Je l’ai eu dernièrement au téléphone et il m’a rappelé que je l’avais bizuté au bataillon de Joinville ! Autant dire que je le connais très bien et que je l’apprécie.

Sa nomination a-t-elle aussi pesé dans l’apaisement des relations ?

Le fait de savoir que Bernard ferait partie de notre groupe pour les prochains mois, peut-être les prochaines années si tout se passe bien, a effectivement été important pour moi. Je sais que je vais travailler en confiance.

L’obligation de résultat a été très fortement mise en avant, dans la communication de Bernard Laporte…

(il coupe) Franchement, ça me fait sourire de me dire, tout d’un coup : « Il y a une obligation de résultat. » J’ai passé quarante ans dans un club. Quand j’en étais l’entraîneur, je n’ai jamais entendu René Bouscatel me rappeler que nous avions une obligation de résultat, qu’il fallait tout donner sur le terrain. C’est évident. Un président arrive dans une nouvelle Fédération et rappelle l’obligation de résultat ? C’est sa façon de communiquer. C’est sa personnalité. Je ne vois pas pourquoi je ne le respecterais pas, du moment qu’il respecte la mienne. Pour moi, c’est un faux problème. Bernard Laporte sait très bien que j’en suis conscient, que la victoire est importante pour moi. Autrement, je n’aurais pas choisi ce métier et cette fonction.

Mais cela vous place face à une forme d’urgence, que n’imposait pas Pierre Camou…

C’est son urgence à lui. Je ne me suis jamais posé cette question en vingt-trois ans à Toulouse, je ne vais pas me la poser aujourd’hui. L’obligation de résultat, c’est surtout l’obligation de faire de très bons entraînements et de très bons matchs, dans leur contenu. Je ne parle jamais de résultat, parce que c’est la cible évidente de tous les entraîneurs du monde. Je parle du contenu pour atteindre ces résultats. Que des personnes souhaitent, elles, annoncer des objectifs de résultat, ça ne me pose aucun problème.

Vous ont-ils donné un objectif chiffré de victoires dans le prochain Tournoi des 6 Nations ?

Absolument pas. Mais Nous discuterons, nous réglerons les dossiers et je prendrai du recul. J’ai accepté de travailler avec eux et je le fais en toute sincérité, sans arrière-pensée. Si demain, je ne leur conviens plus, ils prendront leurs responsabilités et les décisions qu’ils jugeront utiles.

Pendant sa campagne, Bernard Laporte a plusieurs fois évoqué la fin de la sélection de joueurs étrangers dans le XV de France. Qu’en est-il ?

Serge Simon me l’a effectivement présenté. Désormais, tous les joueurs qui ne sont pas ressortissants français ne pourront plus jouer en équipe de France. Tout simplement. Il faudra disposer du passeport français pour être sélectionné.

Ce sont des profils de joueurs que vous avez appelés lors de votre première année de mandat. Ce revirement vous choque-t-il ?

Absolument pas. Cela va de pair avec leur politique de formation. Cela va de pair avec leur volonté de limiter le nombre d’étrangers dans les clubs. C’est assez logique, finalement. C’est cohérent. Et ce n’est pas moi, ancien éducateur et professeur pendant 21 ans, qui vais dire le contraire.

Quid des quatre joueurs que vous avez déjà appelés (Atonio, Nakaitaci, Vakatawa, Spedding) ?

Les joueurs sélectionnés jusqu’à aujourd’hui ne repartiront pas. Ils restent sélectionnables. Ils ont déjà porté le maillot de l’équipe de France, ils restent éligibles. Scott Spedding, Virimi Vakatawa, Noa Nakaitaci et Uini Atonio sont pleinement intégrés dans le projet du XV de France. Et ils continuent l’aventure.

Laporte invite Novès

Le président de la FFR, Bernard Laporte, a décidé de faire le premier pas vers son sélectionneur, Guy Novès. Le week-end dernier, il a invité ce dernier à une rencontre informelle sur Toulouse, jeudi ou vendredi prochain, en fonction de l’emploi du temps de Novès. Laporte a prévu de passer les fêtes de Noël, chez lui, à Gaillac auprès de ses proches. Seulement, avant de couper 48 heures avec les affaires fédérales, il a proposé à Guy Novès une entrevue pour discuter en face-à-face. Dans un premier temps, Laporte souhaitait le recevoir chez lui, à Gaillac, mais les deux hommes se verront finalement sur Toulouse. Il a perçu l’attente de son sélectionneur pour un tel entretien et l’a donc personnellement appelé pour convenir du rendez-vous. Bernard Laporte démontre ainsi sa volonté de travailler au moins durant la période du Tournoi aux côtés de Guy Novès. Il devrait lui réaffirmer qu’il bénéficiera d’une totale liberté et que le président de la Fédération ne s’immiscera pas dans le sportif. P.-L. G.

Léo Faure
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