Jake White : « On n’est pas encore au niveau que nous visons »

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    Jake White : « On n’est pas encore au niveau que nous visons »
Publié le , mis à jour

L’entraîneur de Montpellier se confie sur les prestations de son groupe avant la réception de Toulon ce vendredi soir.

Comment vivez-vous la probable élimination de votre équipe de la Champions Cup après sa défaite à Castres ?

J’ai pris la probable élimination européenne comme un échec. Si vous voulez remporter la Champions Cup, il est important d’être capable de gagner deux rencontres consécutives contre une équipe comme Castres. Vu le match que nous avons produit à l’aller, ça aurait dû être suffisant pour remporter le second. Et si vous ne parvenez pas à battre Castres chez lui, ce serait se voiler la face de se dire que ce ne sera pas plus difficile de battre le Leinster en Irlande. Il faut être lucide. Néanmoins, bien que j’ai dit que c’était fini, j’ai envie que les joueurs croient possible de gagner là-bas.

Au final, la première défaite à Northampton vous “plombe”-t-elle ?

Nous traînons aussi la défaite à Northampton comme un boulet, en effet. Mais pour être honnête et juste envers les joueurs, ils ne savaient pas forcément à quoi s’attendre là-bas. Northampton est habituellement solide à domicile. Ils ont gagné le Challenge européen il y a quelques années, ils sont performants sur la scène européenne chaque saison. Effectivement, avec du recul et au vu de leurs résultats, c’est un match que nous aurions dû gagner. Mais à l’époque, personne ne pensait que ce serait la plus faible équipe de la poule. Tout le monde en faisait même des favoris à la qualification.

Depuis, le club anglais semble avoir fait l’impasse sur la compétition. A-t-il faussé la compétition et doit-il être sanctionné ?

Tout le monde a l’air de dire que certains clubs anglais ont lâché la compétition. Mais ça a aussi été le cas par le passé avec des clubs français qui ne jouaient pas tous les matchs européens à fond. C’est un scénario qu’on voit un peu tous les ans, dès qu’une équipe voit qu’elle n’est plus vraiment dans la course pour la qualification, il ne sert plus à rien de solliciter les mêmes joueurs. Les saisons en Angleterre et en France sont suffisamment dures. Si nous ne pouvez plus passer, que vous soyez anglais, français, gallois, ou autre, ça ne sert à rien de tirer sur la corde.

On a le sentiment que le MHR ne tourne pas encore à 100%. Partagez-vous cette impression?

Je ne crois pas que nous soyons à 100% de notre niveau. Mais il faut être réaliste, il nous manque Bismarck du Plessis, Jacques du Plessis, Benoît Paillaugue, Paul Willemse revient à peine, Davit Kubriashvili, Jim Nagusa a eu trois mois de retard... Nous voyons les choses en face et nous savons que nous ne sommes pas au niveau que nous visons. Mais nous sommes deuxièmes en Top 14, et au début de la saison européenne, si on nous avait dit que nous prendrions le bonus défensif à Northampton et à Castres, que nous battrions le Leinster et que nous prendrions le bonus offensif contre Castres chez nous, nous aurions signé. Alors certes, ce n’est pas parfait, j’aurais aimé gagner au moins un de ces matchs européens à l’extérieur. Mais la saison sera encore longue, et il peut se passer beaucoup de choses entre maintenant et mai ou juin.

Allez-vous poursuivre votre métamorphose offensive pour monter en puissance ?

Vous avez vu les matchs, nous avons marqué trois essais à Castres, quatre la semaine précédente. En termes de changement, je crois qu’il y en a pas mal par rapport à ce que nous produisions l’an passé. Ce qui ne veut pas dire que nous négligeons ce qui fonctionnait la saison dernière, mais il y a définitivement une progression et une évolution dans notre style. On a Nemani et Jim qui sont performants sur les ailes, mais ça n’enlève rien à la performance des avants dans les mauls et en mêlée la semaine dernière

Avec du recul, l’annonce de votre départ l’an prochain et l’arrivée de Vern Cotter, ont-elles eu des conséquences néfastes sur le groupe ?

Je ne crois pas que l’annonce de mon départ ait cassé l’élan de l’équipe. Il y a des aspects positifs et négatifs. Au moins, les joueurs sont prêts pour les changements à venir. Le recrutement peut aussi être pris en charge plus rapidement. Certains joueurs pourraient ne plus être enclins à se donner à 100% pour un entraîneur sur le départ, mais je ne pense pas que ce soit le cas, je ne l’ai pas ressenti.

Quitter la scène européenne pourrait-elle être une bonne chose pour aider l’équipe à finir en beauté en Top 14 ?

Nous nous sommes fixés des objectifs, nous voulons gagner tous les matchs que nous jouons. Le Top 14 ne devient donc pas plus important depuis notre déconvenue européenne, car nous voulions déjà le gagner. Si nous gagnons chaque match entre maintenant et la fin de saison, on aura remporté les deux compétitions.

Le MHR vise-t-il désormais la deuxième place du Top 14 ?

Avoir une semaine de repos peut être un bonus, mais lors de deux dernières saisons, l’équipe qui a fini barragiste a été championne à la fin. Finir sixième n’est pas rédhibitoire. Idéalement, on peut vouloir cette semaine de repos, mais d’un autre côté certains disent qu’elle peut casser votre dynamique. Donc on ne parle pas vraiment de finir premier, deuxième, ou autre. On veut se qualifier pour les phases finales, et tout reste possible après. Et avoir une semaine de trêve alors que vous n’êtes pas en course sur la scène européenne peut-être encore pire. Donc il est inutile de décider maintenant.

Auriez-vous aimé affronter une dernière fois le Toulon de Bernard Laporte ce soir à l’Altrad Stadium ?

Non, je n’avais pas spécialement envie de faire face à Bernard une dernière fois. Il m’a battu bien trop souvent ! Et je n’aurais pas aimé que cela arrive lors de ce choc très important.

Peut-il être l’homme de la situation pour le rugby français ?

Je ne connaissais pas très bien les autres candidats. Mais je connais bien Bernard en tant qu’entraîneur. Et s’il réalise ne serait-ce qu’une partie des choses dont on a pu discuter quand on se croisait, des choses qu’il pense devoir changer pour que le rugby français redevienne fort, ça ne fait aucun doute à mes yeux que le rugby français redeviendra fort. Nous partageons beaucoup de points de vue sur le rugby, car nous sommes sur le terrain, et nous sommes jugés sur nos résultats. Quand vous êtes dans cette situation, vous avez un regard critique sur les facteurs d’injustice ou d’inégalité dans votre sport. Bernard a parlé de plus que la situation des arbitres, il s’est exprimé sur les JIFF, la visibilité des joueurs, sur la mise à disponibilité des joueurs pour l’équipe nationale... Je suis certain que la FFR va bénéficier de son expérience en tant qu’entraîneur qui comprend les frustrations de la position.

Votre avis sur sa décision de ne plus avoir recours à des joueurs étrangers en équipe de France dans le futur?

Bernard veut s’assurer que les joueurs ne viennent pas juste pour saisir une opportunité de jouer au niveau international. Il veut que le maillot ait une valeur et un sens pour ceux qui le porteront, et il n’y a rien de mal à ça.

Propos recueillis par Julien Louis

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