Bernard Laporte : « On n’est pas fabriqués pour se dire je t’aime »

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    Bernard Laporte : « On n’est pas fabriqués pour se dire je t’aime »
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Bernard Laporte était l’invité de la rédaction de Midi Olympique il y a plus d’une semaine. Ouvert, engagé, fermement décidé à aller au bout de son programme, le nouveau président de la FFR, n’a esquivé aucune question. Extraits.

La Fédération et Camou

Comment se déroule votre début de mandat ?

C’est beaucoup de boulot pour répondre aux courriers et surtout mettre en place la nouvelle organisation que l’on souhaite. À ce titre, en plus de l’audit financier qui me semblait nécessaire lors de la reprise d’une telle entreprise qui fait plus de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires, nous avons lancé un audit « ressources humaines » afin de savoir si les gens sont aux bonnes places, ou s’il convient de renforcer certains domaines.

 

Le rugby amateur

Qu’est-ce qui vous est remonté des réalités du monde amateur ?

En 2014, nous étions dans un restaurant du côté de Carqueiranne avec Serge Simon et Christian Dullin. Je leur ai dit, sans prétention : « Pendant mes cinq ans à Toulon, je n’ai entendu que du mécontentement de la part des dirigeants du monde amateur et n’ai vu que des gens en colère. Si ce que j’entends ici est vrai partout, alors je suis sûr que l’on va gagner parce que les clubs ont le sentiment d’un abandon total. » Je ne dis pas que le président Camou n’allait pas dans les clubs amateurs, mais les clubs ont été abandonnés par la Fédération. Elle a gardé l’argent pour le projet Grand Stade, elle a donné moins d’argent aux comités. Et qu’ont fait les comités ? L’argent qui ne venait pas d’en haut, ils sont allés le chercher en bas, dans les clubs. Il faut savoir qu’il y avait des présidents de comités qui fixaient 20 % du budget constitués par les amendes aux clubs.

 

La formation

Est-ce que permettre au rugby de rentrer à l’école demeure un levier incontournable ?

On va signer prochainement une convention avec le ministère de l’Éducation Nationale pour entrer dans le milieu scolaire. Cela facilitera les choses mais cela ne permettra pas tout, car chaque chef d’établissement est souverain dans son collège, dans son lycée. Naturellement qu’il faut y entrer pour initier, expliquer ce qu’est le rugby. Il n’est pas question de plaquer ou de se déboîter une épaule mais donner le goût du décalage, de la passe, de l’évitement. Comment font-ils en Nouvelle-Zélande ? Ils ne se plaquent pas à la récréation, ils jouent. C’est un travail considérable à faire également dans les territoires où le rugby n’est pas le sport majeur. Ce sera aussi le rôle des cadres techniques. Et puis, c’est aussi vers les filles qu’il va falloir se tourner.

 

Les joueurs étrangers

Un des grands axes de votre campagne était la valorisation du joueur formé en France. Y a-t-il tant de choses à faire ?

Les choses ont bien avancé, disons-le, mais on n’a pas été assez loin. Aujourd’hui, il y a 41 % de joueurs étrangers en Fédérale 1, grosso modo 50 % en Top 14 et Pro D2. L’horizon est bouché pour nombre de gosses qui partent vers d’autres sports. Ce n’est pas normal. Au niveau du monde professionnel, nous prenons l’exemple de l’Irlande qui a imposé quatre joueurs non sélectionnables sur le terrain, et un sur le banc de touche. Il y a un droit du travail, des joueurs sous contrat, et on ne pourra pas le faire l’année prochaine mais j’espère bien que nous y serons parvenus à la fin du mandat.

 

Lui et la LNR

Est-il normal d’avoir des doublons équipe de France/Top 14 avec des matchs quasiment aux mêmes heures ?

Vu le calendrier, il est difficile de supprimer les doublons. Ça ne me gêne pas, pour peu qu’il y ait du temps entre les matchs… Tout cela est indissociable de la problématique du calendrier et tout autant de la formule de compétition. Quand j’étais compétiteur, je pensais que le Top 12 était la meilleure solution. Aujourd’hui, au regard de notre déploiement géographique, je serai plus favorable au Top 16 pour une représentation qui me paraît plus logique. C’est mon avis, il appartient à la Ligue de faire son travail sur ce point. Mais faisons attention à ne pas perdre de bastions où, ne nous voilons pas la face, nous avons de plus en plus de mal à recruter des jeunes. La dynamique est totalement inversée ailleurs, dans des territoires de conquête comme à Vannes où les résultats sportifs attirent beaucoup de monde.

 

Lui et Novès

Qu’en est-il de votre inimitié ?

On ne peut dire que l’on partira en vacances ensemble. Mais c’est le cas avec beaucoup de monde ; les amis, on en a peu… Ceci dit, je suis content de travailler avec lui. Je le dis sincèrement car ce n’est plus un match Laporte/Novès. Maintenant, on porte le même maillot et j’espère qu’on sera un binôme qui fonctionne. Je saurai rester à ma place, c’est clair. Je ne le gênerai pas sur la technique ou les compositions d’équipe, ce serait ridicule de ma part. Je lui dirai lorsque nous nous verrons : je serai ton premier supporter et si ça ne va pas ton premier paratonnerre. Je serai avec lui, avec eux. Et il n’est pas question d’ultimatum lié aux résultats alors que nous sommes en année impaire avec deux déplacements chez des adversaires majeurs…

 

Lui et les autres

D’où vient le fait que vous vous appuyez sur les Béglais, champions de France 1991 ?

Tu joues avec beaucoup de mecs au rugby mais ceux avec qui tu gagnes, il reste un truc particulier même si par moments on peut se fâcher, s’éloigner, ne plus être d’accord. C’est ce qui s’est passé avec Serge. Nos parcours furent chaotiques. Mais je savais que sans lui je ne gagnerai pas ces élections, il amène tant de force. Il m’a téléphoné lundi matin pour me dire qu’il avait passé le plus beau des Noël et m’a confié que du moment où il s’était éloigné de moi, il avait toujours cherché à savoir comment il pourrait se rapprocher, parce que, dit-il, je gagne et que je fais des choses qu’il ne sait pas faire… C’est fort d’avouer ça, d’autant plus fort qu’on n’est pas fabriqués pour se dire je t’aime… Voilà, pourquoi Serge et les Béglais, sachant aussi que je voulais une fédération dirigée par des joueurs de rugby. D’où Sébastien Conchy qui sera notre futur directeur général.

 

Le projet 2023

Pour terminer, la Coupe du monde 2023 est un dossier important pour vous.

Oui, nous allons tout mettre en œuvre pour construire un projet gagnant, qui permette à la France d’accueillir ce Mondial. Ce sera formidable pour notre pays. D’autant plus formidable si Paris obtient également l’organisation des JO 2024.

 

Retrouvez l’intégralité de l’entretien accordé par Bernard Laporte à la rédaction de Midi Olympique dans votre journal actuellement en kiosque.

Cédric Cathala
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