Thomas Savare : « On va dans le mur en klaxonnant »

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    Thomas Savare : « On va dans le mur en klaxonnant »
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Après avoir été contraint de démentir une vente du club, Thomas Savare, le Président du Stade Français, expose ici les grandes lignes du projet qu’il veut mettre en place. Et met en garde la LNR sur les dérives du rugby pro !

Les dernières semaines ont été agitées au Stade français. Comment les avez-vous vécues ?

C’est quand même plus calme depuis quelque temps. Je m’étais préparé à certains départs de joueurs mais pas tous. Je pensais que nous pourrions retenir certains d’entre eux. Maintenant, nous sommes sur une fin de cycle. Beaucoup de jeunes joueurs issus de la formation du club sont devenus des joueurs confirmés, pour certains internationaux. Et pour l’équilibre financier, on se doit de respecter un équilibre au sein de l’effectif entre les joueurs confirmés, les joueurs dits « de club » et les jeunes. Cet équilibre des trois-tiers, j’y tiens. D’autant plus en raison de l’effet inflationniste dû au durcissement de la réglementation sur les Jiff.

 

Avez-vous senti votre équipe déstabilisée ces dernières semaines ?

La perspective d’un changement du directeur sportif peut être déstabilisante pour les joueurs. C’est un moment un peu délicat car le « head coach » est le point central de la politique sportive du club. Mais nous avons la chance d’être dans la continuité puisque Greg Cooper, qui prendra la succession de Gonzalo (Quesada, N.D.L.R.), est déjà présent depuis l’été dernier. Et nous travaillons à la mise en place d’un nouveau projet, d’un nouveau cycle. C’est un cycle de respiration pour le club qui fait peut-être des vagues, mais nous sommes dans un sport où il y a de l’affect et quand on voit partir des joueurs qui ont grandi chez nous, qui ont une partie de leur vie chez nous, qui ont imprimé leur marque grâce à ce titre de 2015, je comprends l’émotion que cela suscite. Même si c’est l’histoire naturelle d’un club.

 

Pouvez-vous détailler ce nouveau projet ?

Le projet se construit autour de trois points forts. Le premier sera le recrutement de joueurs de caractère. On doit trouver ces joueurs qui ont cette capacité à se dépasser, à se faire mal pour les autres. On ne doit pas se tromper sur ce critère-là. Le second sera de travailler plus sur le développement individuel, essayer de faire progresser les jeunes. Nous allons créer une cellule de développement individuel que je souhaite mettre en place sur l’ensemble de nos équipes. Et le troisième sera de consentir un effort supplémentaire sur la formation des jeunes joueurs. Voilà les trois piliers de ce projet autour d’un équilibre rétabli, peut-être plus cohérent avec ce qui se faisait il y a trois ou quatre ans.

 

Avez-vous le sentiment que vous êtes finalement victime du succès de votre formation quand vous voyez partir des garçons comme Rabah Slimani ou Hugo Bonneval ?

On ne va pas se plaindre mais beaucoup de nos jeunes joueurs sont devenus internationaux, ont un statut différent aujourd’hui. L’inflation naturelle des salaires a créé un déséquilibre dans notre effectif. Après, il est normal dans la carrière d’un joueur qu’il y ait des cycles au niveau des salaires.

 

Regrettez-vous cette inflation salariale ?

Il y a une inflation naturelle qui suit le développement du potentiel du joueur. Ça, c’est normal. Après, il y a évidemment quelques dérapages, accentués par le problème des Jiff. Certains salaires sont aujourd’hui déraisonnables. Est-ce une tendance lourde ? On verra bien. Le garde-fou, c’est le Salary Cap. Mais les dernières nouvelles ne sont pas très bonnes.

 

C’est-à-dire ?

Le RC Toulon condamné deux fois, mais qui gagne en appel car les preuves d’un certain nombre de modifications de salaires font défaut, ce n’est pas un bon signal. Ce jugement d’appel affaiblit la LNR dans sa capacité à faire respecter le Salary Cap. Si nous ne sommes pas capables de faire appliquer cette mesure, peut-être faut-il la supprimer. Aujourd’hui, ceux qui sont punis sont ceux qui respectent le règlement. Moralement, ce n’est pas acceptable.

 

Le fait de perdre des joueurs comme Lakafia, Doumayrou, Sinzelle, Slimani ou encore Bonneval vous oblige-t-il à recruter des Jiff ?

Je sais que je dois remplacer ces joueurs. Ce sera avec des Jiff ou non. Jusque-là, le Stade français a toujours fait partie des bons élèves, mais nous avons aussi toujours eu dans l’effectif beaucoup de Sud-Africains, de Fidjiens ou d’Australiens. Le durcissement du règlement sur les Jiff sera compliqué à gérer. Ma priorité sera d’avoir une équipe compétitive. Et si nous ne parvenons pas à avoir 14 Jiff présents en moyenne sur la feuille de match l’an prochain, tant pis, nous prendrons des pénalités financières ou une sanction au niveau des points.

 

Êtes-vous prêts à aller jusque-là ?

Oui, bien sûr. Si les salaires des Jiff s’envolent de façon déraisonnable, on se débrouillera autrement. Peut-être faudra-t-il se poser les bonnes questions. La contrainte des Jiff si on n’est pas capable d’appliquer le Salary Cap, est extrêmement dangereuse pour l’équilibre économique du rugby. Pourquoi ? Parce que, de fait, cette réglementation a un effet inflationniste important.

 

Avez-vous le sentiment que cette inflation est aussi le résultat du comportement de certains présidents ?

Le rugby est effectivement victime aujourd’hui de quelques présidents qui dérégulent totalement le marché. Et on va dans le mur en klaxonnant. 

Arnaud Beurdeley
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